‹ Etude des Brulures Etendues: Leurs Traitement Actuel Par Les Methodes NouvellesChapitre 14 sur 26 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Historique du traitement.

Autrefois les médecins s’intéressaient surtout au traitement local des brûlures. Un nombre considérable de produits les plus divers constituait leur arsenal thérapeutique.

Jadis, les guérisseurs employaient des plantes usuelles : l’oseille, la joubarbe, la morelle et la laitue. Des bonnes femmes vantaient les bons effets des cataplasmes de pulpe de pomme de terre ou d'oignons au sel; la haute société se servait d'huile de rose et de lin.

On soignait les brûlures avec des onguents variés à la litharge, à la céruse et au styrax. Dans certaines régions on avait coutume de faire des applications de blanc et de jaune d'œuf. Les produits les plus sales et les plus originaux étaient d'usage courant : les boues des chemins, le lard et la « fiente de cheval fricassée dans l'huile de noix », formule d’Amboise Paré.

Dans les pays de l'Orient, on admettait que l'urine de femme fraîchement émise était un excellent topique des brûlures. Les Arabes préféraient l'emplâtre au henné, le beurre de mouton ou un mélange de goudron et d'huile.

Dans le Soudan le brûlé devait placer son membre dans un bain de sable, puis l’envelopper de terre glaise, En produisant des traumatismes continuels sur la plaie dénudée, les petits grains de sable faisaient atrocement souffrir ces malheureux.

Les poudres absorbantes et les substances astringentes comme l’alun ou l’encre étaient souvent prescrites,

Ces remèdes sont restés pour une bonne part l’aparage des bonnes femmes, des guérisseurs occultes et des charlatans de

foire. Il faut remonter jusqu'au xvur siècle pour trouver un mode de traitement, dont le but essentiel est de calmer la douleur. Le brûlé était plongé dans un bain d’eau fraîche; la plaie était lavée avec des teintures d’opium. Kentisch ordonnait le nettoyage de Ja brûlure avec des toniques, du quinquina ou de lalcool.

Au xix° siècle Anderson emploie des lotions à l'essence de térébenthine et recouvre la brûlure d’épaisses couches d’ouate laissées en place pendant deux à trois semaines. En 1865, l'illustre chirurgien Poncet soutient sa thèse de doctorat sur « Le traitement des brûlures par la fleur de balsamine ». Vers cette époque, Hebra installe dans sa Clinique dermatologique à Vienne une véritable section d’hydrothérapie. Les brûlures étendues sont traitées par les grands bains chauds, encore utilisés à l’heure actuelle par les médecins allemands, grâce à leurs effets analgésiques et à la sensation de bien-être qu'ils procurent au blessé. Dans tous les pays on les recommande dans les cas désespérés (traitement des moribonds).

Vers la fin du xx° siècle, les méthodes pastoriennes apportent de profonds changements dans la thérapeutique usuelle et dès iors la vogue des antiseptiques se généralise dans tous les pays.

Les médecins se servent d'une série de topiques à action antiseptique et kératoplastique, c’est-à-dire, favorisant la régénération de l’épiderme. L’huile de lin, le tale, l'acide pyrogallique se partagent la faveur du corps médical. Reclus (1892) recommande la pommade à l’iodoforme. Bidder prétend avoir obtenu de bons résultats avec une solution de thiol ou d’ichtyol. Ces substances se sont avérées irritantes pour la peau. Bardeleben imprègne des bandes de tarlatane avec un mélange à parties égales de sous-nitrate de bismuth et de talc. Ce pansement, appelé «bandes de Bardeleben », est encore actuellement une excellente méthode pour les premiers soins locaux de la brûlure.

L’acide picrique, en solution aqueuse ou éthérée, fut préconisé par Thierry. Cette médication a connu jusqu'à ces dernières années un énorme succès, ainsi que les solutions saturées d'acide borique. L'emploi d’antiseptiques a sans doute fait regresser le nombre d'infections graves; mais les brûlures profondes continuaient de suppurer et donnaient des cicatrices

vicieuses.

Mes

M Nageotte a le grand mérite d’avoir insisté sur Pimportance de la désinfection systématique des brûlures. Elle nettoie la plaie avec de l’eau savonneuse et une solution antiseptique

d'acide phénique à 2 ° ou bien une solution boriquée laudanisée,

Il y a quelques années, les chirurgiens recommandaient d’enduire la surface de brûlure avec des corps gras pour éviter la douleur des décollements lors du renouvellement des pansements. Ils prescrivaient des compresses antiseptiques recouvertes d’une épaisse couche de vaseline stérile et de baume du Pérou. D’autres auteurs préféraient le liniment oléocalcaire, l’huile goménolée ou le pansement cireux paraffiné à l’ambrine.

Ces méthodes largement vulgarisées avaient le louable but de soulager la souffrance atroce des grandes brûlures. Elles présentent cependant de sérieux inconvénients décrits par Heyde et Vogt dans les termes suivants : « L'application d'huiles ou pommades ne sert le plus souvent qu'à enfermer le loup dans la bergerie en isolant soigneusement les germes de l'extérieur, mais en maintenant non moins soigneusement dans les plaies ceux qui se trouvaient d'emblée à leur contact; en outre, elle maintient en place tous les ilots de peau brûlée éminemment toxique. »

En somme, le pansement gras augmente les risques d’infection; il favorise l’exsudation de plasma au niveau de la lésion et gêne l'écoulement des sécrétions et l'élimination des tissus mortifiés. Son emploi expose le malade aux graves accidents de la toxémie, En facilitant la macération de la plaie et en détruisant les nids d'épiderme sains, cette méthode rend la cicatrisation longue et pénible,

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