II. —— Traitement locai
Nous avons déjà stigmatisé les soins intempestiis et peu qualifiés prodigués au blessé immédiatement après laccident. Mourgue-Molines dit que « moins on touche à un grand brûlé dans les instants qui suivent l’accident, moins on risque de lui être nuisible ». Il faut proscrire définitivement l'application sur la brûlure de corps gras qui compromettent les possibilités de traitement ultérieur.
Une excellente prophylaxie consisterait à remanier les manuels d’intirmières et les nombreux ouvrages de vulgarisation médicale où leur emploi est encore recommandé. De plus, il serait désirable que tous les établissements industriels fussent pourvus de mercurochrome ou d'acide tannique en poudre qui remplacerait avantageusement les corps gras dans leur réserve pharmaceutique.
Avant le transport du blessé dans une clinique chirurgicale, on peut appliquer sur la plaie un pansement provisoire d’urgence : compresses de solution novocaïne-adrénaline ou bandes de Bardeleben à action absorbante, calmante et légèrement antiseptique. Ces procédés ont le grand avantage de laisser la voie ouverte à tous les modes de thérapeutique locale, Celle-ci doit être mise en train à Phôpital, dès que le shock initial est dissipé. La brûlure étendue doit être considérée comme une plaie infectée et traitée en conséquence.
Le malade est soumis aux effets d’une piqûre de morphine qui l’empêche de souffrir.
La désinfection minutieuse et le nettoyage chirugical de la plaie constituent l'acte primordial du chirurgien.
On ouvre toutes les phlyctènes, on excise leur couvercle épidermique, puis on enlève tous les lambeaux de peau détachés et les tissus nécrosés. La toilette des surfaces brûlées est faite avec douceur en s’aidant de pulvérisations de sérum physiologique tiède ou de savon liquide. Certains chirurgiens utilisent le lipolysol qui procure au blessé une sensation agréable de fraîcheur. La peau saine environnante est nettoyée au savon ou à l’éther, Si la plaie a été préalablement lubrifiée de corps gras, il est indispensable de la dégraisser à la benzine ou à léther. Le décapage long et douloureux nécessite une anesthésie générale au protoxyde d'azote. La narcose à l’éther est contre-indiquée, car eile a un effet nocif sur le foie déjà surchargé et favorise les complications pulmonaires. Cette pénible opération compromet souvent le résultat du tannage ou le rend impraticable.
Un traitement local rationnel doit remplir trois conditions apaiser la douleur, prévenir l'infection et réduire au minimum es phénomènes d'intoxication.
Le bain tiède continu de Hebra, « Wasserbett», est très employé en Allemagne et en Autriche. L’eau maintenue à une température voisine de 30°, dilue les sécrétions et les toxines. Ce bain facilite l'expulsion des détritus organiques et l’élimination des escarres; il réalise un draînage constant de la plaie et hâte l’apparition des granulations qui favorisent l’épidermisation. Son effet détergent et désodorisant est remarquable. Son grand avantage est de calmer rapidement la douleur en mettant la lésion à l’abri de l'air et en supprimant tout pansement. Il procure au blessé une sensation de bien-être et de repos. Il à pourtant l’inconvénient d’avoir une action dépressive sur le cœur et de ne pas lutter efficacement contre les phénomènes
d'intoxication.
Ne 1) Le tannage
Depuis des siècles, les Chinois se servent d'infusions concentrées de feuilles de thé pour guérir les brûlures. Belaubre (1893) préconise l'emploi de l’acide pyrogallique qui est depuis longtemps le remède des indigènes des Iles Philippines sous forme d'encre noire (pyrogallate de fer),
Kalt, en 1851, obtient de beaux résultats avec une solution de nitrate d'argent. Ces procédés empiriques qui réalisaient déjà un tannage, n’attiraient pas l'attention des médecins.
Certains chirurgiens déshydratent la plaie avec de Palcool qui empêche ainsi les résorptions toxiques.
En 1924, Davidson, chirurgien à l'Hôpital Henri-Ford, à Détroit (Etats-Unis), employa pour la première fois l'acide tannique qui produit la coagulation des tissus dévitalisés. La méthode de Davidson connut un immense succès en Amérique et constitue aujourd’hui le traitement de choix des brûlures étendues.
L’acide tannique ou tannin officinal est une poudre amorphe de couleur blanc jaunâtre et de saveur astringente qui se conserve indéfiniment. Elle se dissout facilement dans l’eau en donnant une solution trouble de teinte jaune. Au contact de l’air, le liquide brunit et se transforme par oxydation en acide gallique. La solution a perdu toutes ses propriétés thérapeutiques. Il est donc nécessaire d'utiliser toujours une solution fraîche, préparée extemporanément,
Davidson se sert de lacide tannique à 2,5 % et l’applique sur la brûlure au moyen de compresses maintenues par du coton hydrophile et des bandes de toile. Durant 24 heures il arrose le pansement toutes les 30 minutes. Cette technique peu pratique est abandonnée aujourd’hui.
Beck et Powers coagulent la brûlure à Pair libre en pulvérisant sur elle une solution de tannin à 5 % avec un pulvérisateur chromé ou en verre. Les jets doivent être abondants et répétés jusqu'au ruissellement de la plaie, Au bout de 12 à 16 heures, les surfaces cruentées prennent la teinte recherchée, brun acajou clair, qui indique un tannage suffisant.
Elles sont laissées sans pansement sous un cadre protecteur
Menen
recouvert de champs stérilisés et muni d’un chauffage desséchant par des ampoules électriques. On évite ainsi le refroidissement du malade, causé par l’évaporation du tannin.
La croûte qui se forme devient noire, dure, sèche et insensible; elle est lisse comme du cuir. On désinfecte une fois par jour ses bords à l’alcool ou à la teinture d’iode dédoublée. Son ramollissement peut être évité en soumettant la blessure à des courants d'air chaud et en changeant toutes les deux heures la position du blessé. Si la couche protectrice présente des craquelures précoces, on la tanne à nouveau.
Vers le 10° jour, la croûte se soulève sur les bords; elle se gonîle et se fendille vers le centre. Elle finit par se détacher par lambeaux dont on coupe quotidiennement les bords au ras des surfaces adhérentes. Sous la croûte, la cicatrisation se poursuit normalement et on voit apparaître une peau rosée, lisse et souple.
Dans les brûlures du 3° degré, la chute de la croûte est beaucoup plus tardive et se fait mal.
Aujourd’hui on emploie le tannin à des concentrations variables selon le but à atteindre.
Les soiutions concentrées (20 %) donnent une coagulation superficielle, mais immédiate, On les recommande pour éviter lexsudation de plasma et pour protéger rapidement les extrémités nerveuses dénudées.
Les solutions faibles de 2,5 à 5 % sont utilisées pour assurer la pénétration du tannin dans les couches profondes. Le tannage est lent; le coagulum épais forme une carapace rigide qui se fendille et se craquelle facilement. Les risques d'infection sont presque inévitables. Cette coagulation massive et profonde détruit des nids d’épiderme intact qui sont capables de hâter la cicatrisation.
Certains médecins ayant remarqué que les solutions de faible concentration ne protégeaient pas la plaie contre l'infection, eurent l’idée de leur adjoindre des antiseptiques.
Mitchiner associa la solution de tannin à 2 % avec du sublimé à 0,50 %,,. Wilson ajoute 1 % d’acriflavine ou 0,25 %, d’oxycyanure de mercure à de l’acide tannique à 5 %. Le même au-