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CHAPITRE IV

LE SYNDROME HUMORAL

L’intoxication provoque dans l'organisme des réactions humorales importantes qui ont fait récemment l’objet de nombreux et intéressants travaux de la part des médecins du monde entier.

Le syndrome humoral est déterminé par de multiples altérations qui se produisent dans le sang et dans les urines.

A. — Le sang.

La brûlure provoque au niveau de la plaie une exsudation massive de plasma qui a pour conséquence la concentration sanguine et la diminution de la masse de sang circulant.

Les médecins connaissent la difficulté de la saignée chez un brûlé. Le sang est épais et visqueux; sa densité est augmentée. Schlesinger a montré qu’une viscosité dépassant 125 % de la valeur normale est incompatible avec la survie.

La vitesse de sédimentation est considérablement augmentée. La concentration sanguine peut être facilement mesurée par des méthodes courantes de laboratoire :

a) La recherche du nombre des hématies montre une hyperglobulie qui atteint les chiffres de 6 à 10 millons (Locke et Tappeiner). Elle est également causée par une chasse splénique qui représente une des réactions de défense de l'organisme contre l’intoxication. Les globules rouges subissent parfois des modifications morphologiques. Au micrsocope, on voit des hématies nucléées (Dohrn) ou renfermant des corpuscules de

Jolly.

Ro

b) La mesure du taux de lhémoglobine donne des valeurs élevées qui sont proportionnelles à la gravité des brûlures (Underhill, Davidson, Schievers). Dès que l’hémoglobinémie dépasse 40 %, du chiffre normal, le pronostic est mauvais.

c) P. Duval et Rudler ont étudié l'indice réfractométrique du sang qui est en général accru dans de notables proportions. Mais cette mesure, dosant seulement les alburiines du sérum, risque d’être modifiée par la présence élevée des polypeptides du sang (Rudler),

La brûlure produit aussi des changements de la formule sanguine de la série blanche. On constate une hyperleucocytose immédiate, mais transitoire ne dépassant pas quatre jours.

Selon Nicolau et Poincloux, la formule leucocytaire est caractérisée par, ce qu'ils appellent, une « méganucléose ». Celle-ci est constituée par la multiplication des grands monocytes, par Papparition de cellules jeunes primordiales à cytoplasme granuleux, de myélocytes, de cellules de Rieder et de Türck.

Cette réaction serait précoce, intense, durable et proportionnelle à l'intensité et à l'étendue des brûlures. On observe quelquefois des leucocytes monstrueux, binuciéés dans lesquels les divisions du noyau semblent se faire par amitose. Welti et Frenckel ont noté une augmentation considérable des plaquettes sanguines, |

La toxémie s'accompagne d’une décharge importante de substances protéidiques dans le courant circulatoire.

Il en résulte des perturbations dans le métabolisme azoté se traduisant par une hyperazotémie. Celle-ci atteint les chiffres les plus élevés 24 à 48 heures après la brûlure. Elle retombe à la normale vers le & ou 10° jour; mais dans les cas défavorables elle reste élevée. Dans nos observations, nous citerons un malade que nous avons examiné pendant notre externat dans le Service de notre Professeur Leriche. Chez ce blessé l’urée sanguine monte progressivement jusqu'à la mort.

On a constaté une diminution de la sérine dans le sang et une augmentation simultanée de sa teneur en globuline; il s’en suit une inversion du rapport sérine/globuline.

Rudler a étudié, dans sa thèse de 1935, le comportement des

polypeptides du sang en cas de brûlure étendue, Il a conclu à la suite de ses nombreuses recherches que l’hyperpolypeptidémie était précoce et que la réaction mesurée par l'indice tyrosine de R. Goïffon était déjà sensible 5 à 6 heures après la brûlure. La quantité des poiypeptides est encore accrue chez les sujets qui souffraient antérieurement de troubles hépatiques ou rénaux. La désintégration des nucléoprotéides provoque une augmentation du taux de lacide urique (normal 0,05 gr.). L’uricémie peut atteindre des chiffres de 0,06 à 0,12 gr.

O. Lambert et J. Driessens ont constaté une hyperadrénalinémie passagère d’origine réflexe, rapidement suivie d’une période de déficience due aux lésions des surrénales.

Les mêmes auteurs ont noté une augmentation de la cholestérine du sang. Le dosage du glucose sanguin montre une hyperglycémie précoce qui serait due à un hyperfonctionnement transitoire des surrénales et à la protéolyse des substances albumineuses résorbées au niveau de la plaie.

Les modifications humorales les plus intéressantes se rapportent à la recherche de la chlorurémie et de lacidose. Davidson a observé la diminution des chlorures sanguins à partir de la 12° heure; elle concerne à la fois le CI globulaire et le CI plasmatique. Parallèlement l'élimination urinaire des chlorures est abaissée. Ceux-ci se fixent sur les tissus brûlés et même sur la peau saine pour neutraliser les produits toxiques. Cette rétention chlorée tissulaire persiste pendant trois jours et ne décroît que lentement, pour revenir à la normale au bout d’une semaine. Ces phénomènes constituent une des formes de défense de lorganisme contre l’intoxication. L’hypochlorurémie détermine une baisse de la tension osmotique du sang qui favorise l’exsudation de plasma,

Récemment certains auteurs (Rudler, Lambert et Driessens, Christophe) ont trouvé des modifications du taux du glutathion qui est augmenté dans le sang, diminué dans les organes (foie, surrénales). Ces réactions prouvent lexistence de variations nettes de l'équilibre oxydo-réducteur du sang. Enfin le taux de l'acide ascorbique est considérablement diminué,

B. —— Les urines.

En cas de brûlure étendue, le blessé a de l’oligurie, mais une diurèse normale n’est pas exclue.

Souvent vers le 4° jour, l'analyse des urines montre la présence d’albumine, de cylindres granuleux et de globules rouges. Ces faits prouvent l'existence de la glomérulo-néphrite toxique. Les troubles humoraux modifient l'élimination des substances normalement présentes dans les urines.

L’excrétion de l’urée et de l’acide urique est accrue. L’hypochlorurie est importante et constante. La polypeptidurie et Pamino-acidurie sont augmentées; mais il ne semble pas que Île rein ait pour ces corps une concentration maxima comme pour l'urée. La qualité de l’excrétion urinaire est aussi modifiée; on trouve dans l’urine des substances étrangères.

L’hémoglobinurie est fréquente; la glycosurie est par contre souvent absente, en tous les cas passagère. Lorsque le blessé présente de larges destructions musculaires où un amaigrissement rapide, la créatine apparaît dans les urines. Enfin Goiffon a noté vers le 3° jour une décharge urinaire explosive de bicarbonate de soude. L’étude du syndrome clinique et humoral nous a montré les perturbations et les lésions multiples que subit l'organisme dans les brûlures étendues.

La connaissance exacte des réactions humorales et surtout des altérations sanguines a fait accomplir d'immenses progrès dans la thérapeutique générale des accidents précoces.

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