I. FALSIFICATIONS DE LA RACINE DE L ’ I P É C A C U A N H A
Dès son apparition en Europe, cette substance s’est présentée sous plusieurs formes. Ainsi que nous l’avons vu en faisantl’historique,ripécacuanhaofficinal a été, dès l’abord, mêlé avec le strié, l’ondulé et des racines de Violariées ou d’Asclépiadées. Lorsqu’on voulut faire l’identification botanique de ce produit, les résultats obtenus furent si variés et si contradictoires qu’on en vint à regarder comme Ipécas toutes les racines exotiques qui avaient la propriété de faire vomir, et, comme on ne connaissait pas les caractères de ripécacuanha vrai, il se fit dans le commerce un mélange tellement considérable que le médicament passa
pour infidèle. Plus tard, à la suite des nombreux travaux faits par les botanistes et les chimistes de cette époque, les falsifications devinrent plus rares. On dilférencia l’Ipéca du commerce en plusieurs sortes officinales, et celui que l’on appela brun ou annelé mineur fut bientôt exclusivement employé. Ges adultérations sont encore plus rares aujourd’hui où les maisons de droguerie et de pharmacie n’acceptent guère que l’espèce officinale. Cependant, on voit apparaître quelquefois les Ipécacuanhas striés ou ondulés, et, dernièrement encore, une maison de Hambourg présenta à un droguiste de notre ville une substance que nous étudierons plus loin et qui n'avait de l’Ipéca que le nom. Mais, si les falsifications en masse ne sont pas communes, il iden est pas de même des adultérations partielles, et l’on trouve constamment mêlé à l’Ipécacuanha de Rio de nombreuses substances que nous allons rapidement passer en revue. /
Tout d’abord, on rencontre en petite quantité de l’Ipécacuanha strié noir que nous avons déjà étudié. Mais, en général les échantillons que l’on voit ainsi mêlés ne dépassent pas 5 à 6 millimètres de diamètre, la longueur variant de 4 à 14 centimètres.
On trouve aussi, paraît-il, assez souvent dans l’Ipécacuanha du commerce l’Ipéca strié violet ; nous n’avons jamais rencontré cette falsification. La présence de l’Ipéca ondulé est également très rare.
Ce qui abonde surtout dans tous les échantillons commerciaux que nous avons pu examiner, ce sont les débris de tiges, que ce soient celles de l’espèce officinale ou d’autres difficiles à déterminer. La présence de ces tiges a été plusieurs fois signalée, et nous ne croyons pas exagérer
en affirmant que sur 1 kilogramme d’ipéca brut on trouve [)rès de 100 grammes de tiges.
La racine d’ipéca annelé étant certainement la partie, la plus active, on peut aussi considérer comme falsifications les nombreuses tiges que l'on trouve mêlées à l’Ipéca du commerce. Si cette falsification n’a pas une importance réelle pour l’extraction de l’émétine, elle diminue considérablement l’activité de la poudre et de ses extraits pharmaceutiques.
Enfin, nous terminerons cette étude par l’examen d’une substance présentée tout dernièrement dans le commerce européen sous le nom d’ipéca, mais qui n’en a aucune propriété et n’est autre d’ailleurs qu’une racine de Monocotylédone.
Cette substance se présente sous forme de petits fragments de 1 à 3 centimètres de long, le plus grand nombre ne dépassant pas 1 cm. 1/2; le diamètre en est de 5 à 6 millimètres. Sa couleur est d’un fauve clair tirant un peu sur le rose. Ces fragments présentent souvent îles annelures transversales et sont dans tous les cas sillonnés d’un très grand nombre de stries circulaires de teinte plus foncée. On voit sur la surface une certaine quantité de })onctuations, débris probables de radicelles qui rappellent assez celles qu’on rencontre sur les racines d’iris. Certains échantillons sont ridés longitudinalement par suite de la dessiccation. A ces fragments, on en trouve mêlés d’autres beaucoup plus petits, très friables et d’un blanc légèrement jaunâtre. La section est blanche, très farineuse et présente vers le centre un petit anneau de ponctuation rosé.
L’examen microscopique nous a montré de nombreux faisceaux fermés disséminés dans un parenchyme à gran-
des cellules polygonales remplies d’amidon. Cet amidon est gros et fusiforme, ce qui est assez rare dans le règne végétal. On trouve encore çà et là des cellules et des vaisseaux particuliers gorgés d’une matière jaune brunâtre.
Examinée chimiquement, cette substance ne nous a pas paru, contre notre attente, contenir de la colchicine ou de la vératrine. La saveur de cette racine est extrêmement âcre et brûlante; cette sensation de brûlure persiste longtemps après le contact.