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SUCCEDANES DE L’IPECACUANH A
],eur brune ou noirâtre ; et la production arillaire c|ui occupe leur raptié est allongée, charnue, faiblement mamelonnée et d’un blanc laiteux.
Les feuilles de cette plante ont été employées comme sternutatoires ; quant à son rhizome, il est usité depuistrès longtemps à cause de ses propriétés vomitives énergiques. C’était certainement avant la découverte de l’Ipéca l’émétique végétal le plus employé. On le voit cité dans les plus anciens livres de matière médicale et de thérapeutique ainsi que dans les recueils de remèdes populaires.
Examen macroscopique. — La racine d’ Asarum du commerce se présente sous forme de fragments tortueux, souvent ramifiés, longs de 4 à 20 centimètres sur 1 millimètre de diamètre. Ils ont une couleur brun noirâtre, sont sillonnés de rides longitudinales par le fait de la dessiccation et présentent de distance en distance des sortes de nœuds d’où partent un plus ou moins grand nombre de radicelles de couleur plus claire que celle du rhizome. Celui ci porte en outre souvent des ^débris de tiges et parfois quelques restes de feuilles. L’odeur est piquante et provoque des éternuements; la saveur est fortement poivrée, très âcre et irrite vivement la muqueuse buccale si on mâche quelques instants cette substance.
Étude chimique. — Lassaignb et Fexeulle (1820) sont les premiers qui aient fait une analyse de la racine à'Asarum. Ils ont constaté dans cette substance la présence d’une huile volatile concrète ayant de grandes analogies avec le camphre; 2° une huile grasse d'une âcreté remarquable; 3“ une matière jaune, nauséeuse, douée de propriétés émétiques, analogue à la cytisine, et paraissant form U- le principe actif de la plante; A° de la fécule ; 5” du
muqueux; 6“ de l’ulmine; 7° de l’acide citrique; 8° du citrate acide et du malate de chaux; 9° un acétate, un sel à base ammoniacale et des sels minéraux. — En 1830 Ctrœger étudia d’une façon plus complète le camphre d’.dsnrn/n; cette substance a été encore en 1845 l’objet d’un travail de Carl Schmidt, qui décrivit ses divers modes de cristallisation. — Blanci-iet et Selle étudièrent spécialement en 1830 l’huile à' Asarum et l’asarite.
En distillant de la racine d'Asaret avec de l'eau on obtient : 1" une huile volatile liquide; 2° de Xasarite ; 3“derns'«ron ou camphre Asavum. Nous allons décrire successivement chacune de ces substances.
Huile d'Asarum. — Cette huile volatile est jaunâtre, épaisse, plus légère que l’eau, d’un goût âcre et brûlant. L’odeur en est semblable à celle de la Valériane. Cette substance est peu soluble dans l’eau, plus facilement dans l’alcool, l’étlier, les huiles grasses et volatiles. On la prépare de la manière suivante :
Asarile. — Cette substance se présente sous forme de petits cribtaux en aiguilles, brillants comme de la soie; elle est inodore et insipide; sa densité est 0,95. Elle entre en fusion à 56" R. et se transforme en liquide incolore qui, à une température plus élevée, se volatilise en formant des vapeurs irritantes et pouvant provoquer la toux. L’asarite brûle avec une damme éclatante laissant comme résidu une matière charbonneuse se réduisant facilement en cendre. Elle peut être sublimée sans décomposition. Les cristaux d’asarite sont insolubles dans l’eau, ils sont au contraire solubles dans l’alcool, l’éther et les huiles essentielles. Ils se dissolvent avec effervescence dans l’acide nitrique, se colorent en jaune et produisent de l’acide oxalique. Ils
se disolvent également avec effervescence dans l’acide sulfurique, mais ils s’isolent sans changement si on y ajoute de l’eau. En chauffant l’asarite avec de l’acide sulfurique, elle se dissoul et prend une coloration brune ; si on y ajoute de l’eau, le liquide devient bleu; si on en ajoute davan tage, il passe au violet et finalement au rouge.
On a cru que l’asarite et l’asaron étaient une seule substance, la première n’étant qu’un camphre faiblement cristallisé ; mais il e.xiste certainement une différence entre ces deux produits : en effet la forme cristalline n’est pas la même et les points de fusion sont très différents.
Asaron. — L’asaron, que beaucoup d’auteurs considèrent comme étant identique à l’asarite, en diffère par les points que nous venons d’indiquer plus haut. C’est une sorte de camphre qui a été obtenu d’abord par Gœrtz et étudié ensuite par Lassaigne et Feneulle, puis par Blan- CHET et Selle, et enfin par Schmidt qui étudia son mode de cristallisation. 11 se différencie de l’asarite par les caractères suivants. 11 se volatilise en entier en se transformant en vapeur qui excite l’éternuement. L’eau le précipite d’une solution alcoolique sous forme de cubes ou de prismes hexagonaux; il ne se dissout que lentement et sans effervescence dans l’acide nitrique. Il donne avec l'acide sulfurique concentré une solution rouge brun, de laquelle l’eau précipite une résine brune, Schmidt a étudié son mode de cristallisation, qu’il rapporte au système clinorhombique. Il a fait l’analyse élémentaire de la substance et complété l’étude de ses réactions chimiques. Rizza et Buttleron (BericJite, XVII, 1159) ont étudié cette substance, et lui donnent pour formule tandis que
l’Université de Breslau lui reconnaît G® 0^.
L’asaron est excessivement soluble clans l’alcool^ l’éther et l’acide acétic|uo. A l’état de pureté, ce corps n’a pas d’odeur et a une saveur faiblement irritante.
Etude physiologique. — Les études physiologiques sur V Asarum sont excessivement peu nombreuses. Harnack est peut-être le seul qui ait bien étudié son action; encore ne l’a-t-il fait qu’à un point de vue : il a recherché l’action de l’asaron sur les muscles striés de la grenouille. Le résultat de ses expériences est la diminution et bientôt la dis[)arition de l’irrital)ilité musculaire. 11 a noté en passant le ralentissement des battements du cœur. Voiciune de ses expériences :
Exp. 1 (Harnack). — Action de l'asaron sur les muscles striés de la grenouille.
Grenouille, grandeur moyenne. — S** 20. Injection de 10 milligrammes d’asaron (préparation de Merck) en émulsion dans l’estomac. — S** 30. Mouvements lents et lourds. L’animal traîne ses membres postérieurs. — 4** 5. Les muscles réagissent encore faiblement à l’excitation électrique. Les battements du cœur sont très ralentis. — V 30. L'irritabilité des muscles a complètement disparu, le cœur a encore quelques battements faibles.
Nous avons voulu rechercher Faction de la poudre d’Asarnm sur le cœur, et le résultat ne nos expériences est que cette poudre, de même (pie l’asaron étudié par Harnack, ralentit d’une façon très sensible les pulsations cardiaques. Pour que l’on n’accuse pas l’action mécanique de la poudre de i)roduire ce résultat, nous avons fait la même expérience avec une poudre inerte et montré par là que le ralentissement des battements du cœur est bien dû à l'action propre de V Asarum lui-même.
Exp. 2 (personnelle). — Action de la poudre d' Asarum placée directement sur le cœur de la grenouille après ouverture du péricarde. 27 juin 1888.
Grenouille n° 1. — On découvre le cœur : nombre de pulsations 80 par minute. — On met sur cet organe un peu de poudre à' Asarum. — Après 3 minutes, 80 puis. ; des convulsions ; — 4' : 76 ; — 6' : 74; —6' : 72; — 7' : 68; — 9' : 68; — 11' : ü2 ; — 13' : 60;
On remet sur le cœur une nouvelle quantité de poudre; — 56' : 56 puis. ; — 58' : 50; de l’irrégularité dans le rythme; des convulsions. — 1 heure : 40; convulsions. — 1’’ 2' : 32; nouvelles convulsions, l'expérience est interrompue.
Grenouille n° 2. — On découvre le cœur : nombre de pulsations, 70 par minutes. — On met sur cat organe un peu de poudre à' Asarum. — Après 2 minutes, 52 puis.; convulsions; — 3': 50;
— 4' : 50; — 5' ; 50; — 6' : 54 ; — 8' : 54 ; — 10' : 56; — 12': 56; — 14': 56; — 18': 56; convulsions; — ^ 23' : 56 ; — 27' : 56. — On remetsur le cœur une nouvelle quantité d’Asamm. 29' : 54 ; — 30': 54; convulsions; — 31': 54; — 32': 56. — Nouvelle quantité à' Asarum. 34' : 54 ; — 35' : 54 ; convulsions ; — 37' : 54 ; — 39' : 54 ; — 40'. On met une petite quantité à’ Asarum sur le foie. — 41' : 52; — 45' : 54. — Nouvelle quantité d’Asarum sur le cœur. 50': 50 ; convulsions. L’expérience est interrompue.
Grenouille n° 3 . — On découvre le cœur : nombre de puis., 68 par minute. — Examen sans aucune adjonction de substance : après 5' : 67 ; — 10' : 67 ; — 12' : 65; — 16' : 63 ; — 19', on met de la poudre d’Asarwm sur le cœur; — 20' : 60; convulsions ; — 21' : 56 ; — 23' : 56; convulsions; — 25' : 56 ; convulsions; — 28' : 54. L’expérience est interrompue.
Grenouille n° 4. — On découvre le cœur, un peu d’hémorragie; nombre de puis., 62 par minutes. — Après 1' : 62; — 4', on met sur le cœur un peu de poudre de charbon finèment tamisée ; — 5' : 64; — 6' : 64; — 7' : 64. — Nouvelle quantité de poudre de charbon. 8' : 66 ; — 10' : 67 ; — 10', on met sur le foie un peu
de poudre A' Asarum. 1 1' : 67 ; — 12' : 66; convulsions ; — 13' : 66 ; on lave un peu le cœur;- — 14' : 68 ; on met sur cet organe un peu d’asarum; 15' : 64; — 16' : 64 convulsions; — 18' : 62; — 20' ; 60; — 22' : 58. L’expérience est interrompue.
Il ressort, des quelques expériences que nous venons de citer que IM .sorton- exerce une action directe sur les pulsations cardiaques qu’il ralentirait peut-être à la manière de ripécacuaidia ; il nous manque pour préciser cette action d’en avoir étudié le graphique. Harnack a montré rintluence de rHsornm sur les muscles striés. Or, nous avons dit que ce même auteur avait trouvé une action identique à l’Ipécacuanha. Si à ces actions })liysiologiques nous ajoutons encore les pro})iiétés émétiques et purgatives de la racine que nous étudions, il nous est permis de supposer que des expériences plus noml^reuses montreront qu’il existe entre V Asarum et ripécacuanha les jdus grandes resseniblanc.es.
Thérapeutique. — L’Asaret d’Europe a joui autrefois d’une grande réputation comme vomitif et n’a été détrôné que par ripécacuanha. 11 n’est pas seulement èniètuiue comme l'Ipéca, il est comme lui aussi et à peu près au même degré ; c eA donc un éméto ca-
thartique. Suivant quelques auteurs, la racine concassée et non en poudre ne serait pas vomitive, mais seulement purgative. Longtemps gardée, la racine n’est plus vomitive, après six mois elle n’est que purgative, après deux ans elle ne purge presque plus. Elle acquiert alors la vertu diiüAtiqne. Cette plante possède encore des propriétés excitantes, qui résident sans doute spécialement dans l’asarite et l’asaron et qui peuvent trouver leurs applications dans les cas assez fréquents où il importe de joindre
à la secousse vomitive la stimulation de l’estomac et detout l’organisme. A dose réfractée, elle est considérée comme un bon altérant et comme un astringent elle a été administrée avec succès comme anthelmintliique et avec des effets plus douteux comme abortive.
Nous allons rapidement indiquer l’usage de cette substance dans les diverses maladies où elle a été employée.
A. Maladies de V appareil digestif. — L’action vomitive et purgative de l’Asarum permet^ d’assimiler les indications de cette substance à celles de l’Ipéca ; il résulte du témoignage de Gullen et des expériences de Coste et WiLLEMONTque la puissance médicinale de V Asaram dans les maladies du tube gastro-intestinal sont peut-être aussi énergiques que celles de la racine brésilienne. Loiseleur-Deslongghamps considère la feuille comme plus active que la racine. U Asarum était autrefois un remède réputé spécifique dans l’obstruction intestinale, l’ictère e^ les maladies chroniques de l’intestin.
B. Maladies de l’appareil respiratoire. — Nous n’avons à relever dans cette série que l’emploi des feuilles
Asarum comme sternutatoires.
G. Maladies du système nerveux. — On reconnaissait autrefois à cette substance une grande efficacité pour guérir les maux de tête invétérés. Geoffroy dit même que des paralysies ont été guéries par ce procédé. Nous ne savons jusqu’à quel point il faut ajouter foi à ces allégations.
II Asarum était un de ces médicaments qu’on appelait signés. On a donné ce nom à certaines substances, parce qu’on s’était imaginé que les plantes qui avaient quelque ressemblance avec les parties de notre corps
l’avaient reçu de Dieu pour montrer à notre esprit borné qu’elles étaient efficaces contre les maladies qui affectent ces parties. Ainsi V Amrum, qui avait à peu près la forme de l’oreille humaine, était regardé autrefois comme un spécifique des maladies de cette région.
De toutes ces applications thérapeutiques de VAsarum, il ne faut retenir que ses actions vomitive et purgative. Si les expériences des physiologistes s’accordent sur ce point, on peut considérer le Cabaret comme un excellent succédané de l’Ipéca, qui offre cet avantage qu’il est indigène et, par conséquent, 'facile à se procurer.
Mode d’administration. — Goste et Willemont préconisaient l’infusion et le vin A Asarum. On prépare avec cette plante un extrait aqueux ou alcoolique que l’on peut donner en pilules à la dose de La teinture
AAsarum ii’est pas usitée, mais la poudre des feuilles et de la racine entre comme ingrédient dans la fameuse poudre sternutaioire de Saint- Ange.
Telles sont les principales préparations que l’on peut faire avec VAsarum. Nous pensons qu’il pourrait peutêtre remplacer avantageusement l’Ipéca dans la plupart des formules où l’on met ordinairement cette substance.