CHAPITRE IV
FAMILLE DES ViOLARIÉES
Cette famille est après lesRubiacées celle qui contient le plus de substances émétiques. Ce fut à elle d’ailleurs que l’on attribua d’abord les divers Ipécacuanhas. Lorsque ripéca ordinaire fut définitivement classé, on continua encore pendant un certain temps à considérer l’ondulé comme étant le produit du Viola Ipecacuanha. Ce ne fut que ViREY qui lui donna définitivement sa place. Les substances vomitives que nous allons étudier dans ce chapitre sont fournies par deux genres très voisins l’un de l’autre, \e%Viola et les Nous commencerons
cette étude par la description des Violettes émétiques.
Nous devons citer en premier lieu nos espèces indigènes, et tout d’abord le Viola odorata.
Viola odorata L. — Cette plante a été employée dès la plus haute antiquité. Plusieurs parties de cette substance sont utilisées, mais les racines seules ont des pro-
priétés émétiques et légèrement purgatives. La Violette odorante est une plante à souche souterraine, tortueuse, horizontale, cylindrique, irrégulière et pourvue de petites radicelles. Elle croît dans les bois, les haies, les coteaux, les prairies sèches ; on la cultive beaucoup pour ses fleurs odorantes. La lacine de Violette a une couleur blanc jaunâtre, une saveur un peu amère, âcre et nauséabonde. Les racines de Viola nous oflVent un fait remarquable signalé par Timbal-Lagrave en 1853. Celles des espèces à fleurs vernales odorantes ont une odeur et une saveur nauséeuses très prononcées, taudis que les espèces à fleurs inodores ont des racines inodores et insipides. 2 grammes de poudre de racines de Viola odorata peuvent procurer des vomissements et des évacuations alvines. Pendant le blocus continental, cette racine a été employée avec un certain succès, à la place de l’Ipéca cuanha, mais depuis cette époque elle est à peu près tombée en désuétude.
En 1823, Boullay a fait l’analyse de cette Violette et il y a trouvé un principe actif alcalin, amer, âcre et d’une odeur vireuse. Ce principe, que l’auteur croyait assez semblable à l’émétine de Pelletier, a été nommé par Boullay émétine de la Violette, émétine indigène, ou Violine. Orfila a constaté l’activité de cette substance. La violine n’a pas, à notre connaissance, été étudié de puis cette époque.
M. Florence a entrepris ce travail, encore trop peu avancé pour que nous puissions en donner les résultats. D’autres Violettes indigènes paraissent avoir des propriétés analogues. Ainsi, le Viola Tolozana Timb. a des racines vomitives. Il faut remarquer que dans le genre
Viola un grand nombre d’espèces ne sont pas émétiques, et comme bien souvent les racines de l’une sont données pour celles de l’autre, on s’explique l’infidélité de ce médicament.
Les fleurs, les feuilles et les semences de Violette contiennent aussi de la violine, mais en moins grande quantité que dans la racine.
Viola tricolor L. (Pensée sauvage). — La racine de cette plante est, comme celle de la précédente, émétique à la dose de 2 grammes.
Parmi les Violettes exotiques il faut citer encore comme émétiques les Viola 'pahnata et pédala de l’Amérique dn Nord. On emploie aussi aux mêmes usages le Viola ovata, à Natal. Mais le genre qui contient le plus de succédanés de l’Ipécacuanha est le genre lonidium.
lonidium Ipecacuanha Vent. (Viola Ipecacuanh% L., Hybanthus Ipecacuanha H. Bn., Pombalia IpecaciianhaV — Cette plante a des racines blanches, fibreuses et ramifiées, des tiges droites, rameuses, hautes de 7 décimètres ; les feuilles sont ovales, elliptiques, vertes, glabres, un peu pileuses en dessous, dentées en scie. Les pétioles sont courts, les fleurs blanches, solitaires, axillaires, inclinées sur leurs pédoncules, accompagnées de deux bractées très courtes, pileuses au sommet ; les pétales sont unguiculés, deux plus longs rabattus, trois inférieurs, dont un pubescent en dessous. La racine, qui porte le nom d’IpÉCACUANHA ligneux, [Woody Ipecacuanha des Anglais, Poaya branca des indigènes, Ipécacuanha blanc du Brésil) est longue de 16 à 20 centimètres, ligneuse, de la grosseur d’une plume, plus ou moins tortueuse et offrant quelque-
fois des fentes demi circulaires et assez analogues aux anneaux incomplets de l’Ipéca ondulé. L’écorce est ordinairement dépourvue de lignes transversales et présente un grand nombre de stries longitudinales dues très probablement à la dessiccation. Elle est généralement mince et sa double épaisseur est sensiblement égale au diamètre du bois. Les racines sont d’une couleur gris jaunâtre; la section montre une écorce blanchâtre et un bois épais d’un jaune clair qui présente à la loupe une infinité de pores. Cette racine est presque insipide et inodore.
Au microscope, la racine lonidium Ipecaciianha])vèsente la structure suivante : 1° uiher formé de cellules à grand diamètre tangentiel et à alignement radial ; 2“ un parenchyme cortical composé de cellules comprimées et contenant à leur intérieur des masses jaunâtres déjà signalées par Durand en 1870 et (jue Kraus (1880) a reconnues être Vinuline. Dernièrement M. Biîauvisage fît cette même constatation, et sans connaître les travaux de Kraus conclut à l’existence de l’inuline. Signalons de suite outre ce principe la présence de V acide salicylique dans V lonidium Ipecacuanha ; 2>° le liber se distingue du parenchjnne cortical, par le diamètre généralement plus petit de ses éléments, par des zones irrégulières d’épaississement interstitiel et par la présence à la partie interne de nombreux tubes criblés, dont les cals se colorent facilement par le bleu d’aniline ; 4“ le bois est constitué par des tibres épaisses et présente dans son intérieur un grand nombre de vaisseaux larges et disséminés sans ordre, à peu près comme dans l’Ipécacuanba ondulé.
lonidium parviflorum Weni. (Viola paroiflora L.). — La racine de celte [)lante, qui porte comme la
précédente le nom de faux Ipéca du Brésil, est cylindrique, delà grosseur d’uneplumedecorbeau;son écorce, beaucoup plus mince que celle àeV lonidium Ipecacuanha., ne présente pas de rides transversales, mais de nombreuses stries longitudinales. Elle est gris jaunâtre et se détache facilement du bois. Le méditullium est jaune et assez épais comparativement à l’écorce. Cette racine, quand elle arrive dans le commerce, se trouve mêlée à une assez grande quantité de tiges et de feuilles ; les tiges sont plus ou moins grosses, les feuilles sont longues de 15 à 20 millimètres, ovales- lancéolées, munies de petites dents aiguës sur leurs bords.
lonidium Itouba, Went. (Viola Itouboa Aublbt, Viola calceolariaV.). — Les racines de cette plante sont blanches, rameuses, cylindriques et traçantes. Les tiges sont droites, rameuses, herbacées et tomenteuses. Les feuilles sontpétiolées, ovales, dentées en scie, tomenteuses sur leurs deux faces. Les fleurs sont blanches, trèsgrandes, axillaires, leurs calices velus à cinq sépales inégaux. Quatre pétales unguiculés roulés sur leurs bords, un cin quième beaucoup plus grand, ovaire velu, stigmate urcéolé, capsule arrondie s’ouvrant par trois valves ; les graines sont ovales, petites et blanches. Cette plante croît à Cayenne et dans l’Amérique du Sud. Telle qu’elle se présente parfois dans le commerce, la racine est très tortueuse, vermiculée, présentant des rides et des stries longitudinales excessivement nombreuses et bien marquées, La couleur est extérieurement grise. La section présente à considérer une écorce un peu épaisse, gris jaunâtre, et un bois de même couleur ; l’écorce se détache sans trop de difficultés du méditullium. Comme l’espèce précédente, elle
est souvent, dans le commerce, mêlée de débris de tiges et de feuilles entièrement velues, ce qui est un caractère distinctif de la plante.
lonidium Poaya A. Saint-Hilaire. — Cette espèce, appelée vulgairement Poaya do camjjo, est considérée au Brésil ainsi que VIon. microphyllum H. B. K., VIon. parviflo7'um Went., l’/ow. brevicaule Mart., r/on. Mr^^cæ/b/iMîn Mart., comme émétique et est parfois employée à la place de l’Ipéca.
lonidium Marcutii. — Cette plante, qui croît à Guayaquil, dans l’Amérique du Sud, fournit la substance appelée racine de C uichunchiUi . Cette racine ressemble beaucoup à celle de VIon. Ipecacuanha. Elle est un peu tortueuse avec des fentes demi-circulaires ; elle est ridée longitudinalement et présente des étranglements post-annulaires. L’écorce est mince, jaune pâle; elle est peu adhérente au bois qui est plus jaune et assez épais. Cette racine possède une odeur aromatique assez marquée, non désagréable, qu'il est difficile de préciser.
Citons en terminant cette étude des Io7iidium l’Ion, atro-purpureum, appelé au Brésil Purga do campo, et qui a des propriétés vomitives. Nous donnons la figure de cette espèce pour représenter le genre.
En résumé, la famille des Violariées contient un assez grand nombre d’espèces émétiques. Parmi celles-ci, le Viola odorata, employé jadis avec succès comme succédané de ripéca, et les lonidium qui dans leur pays d'origine sont couramment usités comme vomitifs. Peutêtre le principe découvert par Boiillay dans la Vio lette odorante se retrouve-t-il dans toutes les plantes odorantes émétiques de cette famille ; ceci demanderait à