‹ Étude des ipécacuanhas (volume 2)Chapitre 6 sur 44 · ÉTUDE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE CHIMIQUE

Le premier chimiste qui ait fait une analyse de la racine d’Ipécacuanha est Bouldug. Lassonb fils et Cornette reprirent cette étude, en 1779.

En 1784, Irvine fit de l’Ipéca une analyse qui obtint le prix de The Harveian Society, à Edimbourg. Il y trouva une matière gommo-résineuse, dans laquelle résidait principalement l’activité de la substance, de la résine pure et de Textractif. « Lorsque, dit-il, on fait bouillir longtemps cette racine dans l’eau, elle perd sa propriété caustique ; si on la distille avec l’eau, le liquide qui passe est inactif, mais la décoction qui reste dans la cucurbite a une action très forte dans l’économie animale. »

En 1807, Henry retira de cette substance une matière résineuse et une matière extractive soluble dans Teau, l’une et l’autre vomitives ; cet auteur regarde cependant la matière résineuse comme plus vomitive que la seconde.

Masson-Four, en 1809, publia aussi une série de recherches sur ce sujet. Il en conclut qu’il existait dans ripéca : 1“ de l’acide gallique; 2“ de la gomme ou du mucilage; 3® de l’extractif; 4“ de la résine ; ces deux dernières substances paraissant être les principes actifs de la racine. Il montra que l’alcool à 36® dissolvait la résine, l’acide gallique et une partie de l’extractif; que l’eau s’emparait du mucilage, de l’acide gallique et de l’extractif, mais qu’elle ne paraissait pas retenir une quantité notable de résine ; il ajoutait, enfin, que le meilleur dissolvant des parties médicinales de l’Ipécacuanha était l’alcool à 20".

Ce n’est qu’en 1817 que Pelletier et Magendie firent l’analyse complète de la racine brésilienne; toutefois, l’identification des substances qu’ils examinèrent avait été mal faite, et il faut considérer comme des variétés d’ipéca annelé les substances qu’ils étudièrent sous le nom de Psychotria emetica et Callicocca Ipecacuanha, le premier étant V Ipéca gris de Mérat et le second son Ipéca gris rouge. Voici les résultats de cette analyse :

Première variété : Matière vomitive, 1,15; Matière extractive non vomitive, 2,45 ; Gomme, 5; Amidon, 20; Ligneux, 66,60; des traces d’acide Gallique et de Matières grasses.

Dans la deuxième variété, on trouva : Substance vomitive, 14 ; Matière grasse, 2 ; Gomme, 16 ; Amidon, 18 ; Ligneux, 48.

Pelletier et Magendie donnèrent le nom éC Émétine à la matière vomitive. Ils la décrivaient ainsi :

Elle se présente sous forme d’écailles transparentes, d’une couleur brun rougeâtre; son odeur est presque nulle; elle a cepeu -

dant un peu d’analogie avec celle du sucre caratnélé. Sa saveur est amère, un peu âcre, mais nullement nauséabonde ■ une chaleur moins forte ou égale à celle de l’eau bouillante ne lui fait éprouver aucune altération. A une chaleur supérieure, elle se boursoufle, noircit et se décompose, donne de l’eau, de l’acide acétique, de l’acide carbonique, très peu d’huile ; il reste un charbon très spongieux et très léger. On ne peut, dans les produits de la distillation ^ trouver aucune trace d’ammoniaque, ce qui indique que l’azote n’entre pas dans la composition de cette matière; on ne peut l’obtenir cristallisée par aucun moyen.

Pelletier et Dumas obtiiiTeiit, eu 1823, de V Emétine blanche et Magendie montra que cette substance était trois fois plus active que l’émétine colorée. Ges savants avaient trouvé pour la composition de 99,59 d’émétine . Carbone, 64,57. — Azote, 4. — Hydrogène, 7,77. — Oxygène, 22,95.

Le Codex français de 1837, Merk, Leprat (1853), WiLLiGK, firent connaître de nouveaux modes de préparation de l’émétine, que perfectionna de nouveau Lefort, en 1869. Zinoffsky, en 1873, indiqua un mode de détermination quantitative de l’érnétine. En 1875, M. le professeur Ctlbnard fit connaître un nouveau procédé que nous exposerons plus loin, fixa la formule de l’émétine pure à C^° Az 0^, montra sa solubilité dans l’éther et étudia le chlorhydrate d’émétine, auquel il donna la notation : G3«AzO^HGl.

Lefort et Wurtz( 1877) indiquèrent comme formule de l’émétine Az 0^ et étudièrent l’azotate d’émétine. Depuis cette époque, il faut citer les travaux de Power, qui indiqua des réactions de l’émétine; cette étude fut complétée par von Podwyssotzki, qui retira de l’huile

d’ipéca un nouveau corps, Vêrythrocéphæline. Enfin, de nouvelles réactions de l’émétine furent indiquées par Snelling, Hamelin et Arnold.

Nous allons étudier successivement les différentes substances que l’on peut retirer de ripécacuanha. Nous donnerons ensuite l’analyse de cette substance et le dosage des matières qui en sont extraites.

ÉMÉTINE

Équivalents : AzO^ (Gléna'rd) ou G^^H^^’AzO^

(Lefort et Wurtz).

Atomique : G‘^H®^AzO^ (Glénard) ou G^^H^^AzO^ (Lefort et Wurtz).

Propriétés physiques. — L’émétine se présente sous forme d’une poudre blanche, légèrement jaunâtre ; elle est douée d’une saveur amère très faible et ramène au bleu le tournesol rougi par les acides. Dissoute dans de la ligroïne elle se présente après évaporation sous forme de croûtes blanches, dans lesquelles le microscope permet de distinguer de fines aiguilles cristallines, peu réfringentes. Tantôt ces cristaux sont groupés en étoiles, tantôt sous forme de groupes sphériques. Ges croûtes sont donc des masses cristallines. D’une solution éthérée ou alcoolique, l’évaporation sefaisanttrès lentement, l’émétine se sé pare en fines paillettes ; par évaporation rapide, cette substance prend la forme de grains arrondis. L’émétine pure fond de 62“ à 65” ; l’émétine impure commence à fondre vers 50”. Elle se dissout facilement dans l’éther sulfurique à froid, est également soluble dans le chloroforme, l’éther

acétique, les alcools méthylique, éthylique et amylique, le sulfure de carbone, l’essence de térébenthine, les huiles essentielles, les huiles grasses et l’acide oléique ; elle est soluble dans 1000 parties d’eau froide.

Elle se colore en jaune, sous l’influence des rayons solaires, surtout ouand elle estexposéeà l’air. Al’obscurité, elle reste blanche. Elle est très facilement altérable.

Propriétés chimiques et réactions. — Le tannin donne, avec l’émétine, un préci[)ité blanc et l’acide gallique, une combinaison soluble.

L’éméline est précipitée de ses solutions aqueuses par les terres alcalines, les alcalis et leurs carbonates. Le précipité est ])artiellement soluble dans un excès d’alcali.

L’acide sulfurique concentré donne, avec l’émétine, de l’acide oxalique (?). — Chauffée à 150" avec de l’acide sulfurique dilué, dans un tube scellé, l’émétine se change en une masse brunâtre, de saveur amère ; une grande quantité d’émétine reste inaltérée.

Quand on ajoute à une solution saturée de phosphomolybdate de soude dans l’acide sulfurique un fragment d’émétine, on constate que l’alcaloïde brunit. I>a réaction est surtout sensible dans une petite capsule de porcelaine. Si on ajoute rapidement une quantité d’acide chlorhydrique au mélange, celui-ci pei'd la coloration brune (*t devient bleu-indigo foncé.

Si l’on verse quelques gouttes d’acide chlorhydrique dans un tube contenant une petite quantité de chlorate de potasse, puis une goutte de solution d’émétine, on observe une coloration rouge-orange, qui passe au violet (Snelling).

L’hypoclilorite de chaux donne, avec l’émétine, une

coloration jaune-orange ou jaune -citron, surtout en présence d’un acide faible (Snelling).

Le bichromate de potasse donne, avec cet alcaloïde, une coloration verte (Hamelin).

Arnold a indiqué de nouvelles réactions de l’émétine ; nous allons exposer sa méthode : 1“ On triture une petite partie de l’alcaloïde avec quelques gouttes d’acide sulfurique concentré, on chauffe doucement on ajoute ensuite avec un tube capillaire, goutte à goutte et en remuant, une solution potassique aqueuse ou alcoolique, à 30 ou 40 pour 100, jusqu’à changement de couleur. La solution d’émétine passe du brun au blanc jaunâtre, avec la potasse alcoolique, et du brun au vert sale, puis au jaune et au jaune sale, avec la solution aqueuse. — 2“ On triture un peu de l’alcaloïde avec quelques gouttes d’acide sulfurique concentré, dans une capsule de porcelaine blanche, et on introduit en remuant dans lê mélange successivement quelques cristaux d’azotate de soude ; on obtient alors une coloration d’un vert noir. En ajoutant goutte à goutte une solution potassique aqueuse, la couleur passe au rouge, puis au jaune si c’est une solution alcoolique, on a alors une coloration d’abord brun sale, puis blanc jaunâtre.

Préparation de V Emétine. — Il existe un très grand nombre de procédés de préparation de l’émétine, et chaque auteur a pour ainsi dire le sien ; nous n’indiquerons que les principaux.

{'^Procédé de Pelletier et Magendie {iSil). — Ce procédé, le premier qui ait été employé, ne donne que l’émétine impure ou brune :

1° On épuise la poudre d’Ipécacuanha par l'éther sulfurique, d’abord à froid, puis à chaud, pour en enlever la

matière g-rasse ; 2° on traite ce qui reste par l’alcool à 40® et à chaud, jusqu’à ce que l’alcool ne se colore plus; 3® on filtre, on traite la teinture par l’eau, et on filtre de nouveau ; 4® la matière soluble dans l’eau froide est obtenue par l’évaporation au bain-marie ; on la mêle avec du carbonate de baryte et on l’abandonne quelques jours ; 5° on redissout la matière dans de l’eau distillée et on y ajoute peu à peu et par partie de l’acétate de plomb, puis on lave à l’eau distillée le précipité ainsi obtenu; 6° on traite par de l’hydrogène sulfuré et on obtient ainsi, après évaporation, l’émétine brune.

2® Procédé de Dumas et Pelletier . — On subs-

titue, dans le procédé que nous venons d’indiquer, la magnésie calcinée au carbonate de baryte. On décante le liquide et on lave le dépôt avec de l’eau très froide, pour le débarrasser de la matière colorante non combinée à la magnésie. On dessèche soigneusement ce déj)ôt et on en retire l’émétine par l’alcool rectifié. On combine celle ci avec un acide, on traite le sel par le charbon animal et on reprend par l’acool l’émétine précipitée de nouveau par la magnésie. On obtient ainsi de l’émétine blanche.

Ces deux procédés ne donnent que de l’émétine impure. Pour obtenir l’émétine vraie, il faut employer, un des procédés suivants.

3® Procédé de Glénard (1875). — L’Ipéca, mélangé de chaux en poudre, est épuisé par l’éther dans un appareil à déplacement. Les solutions éthérées sont agitées avec de l’eau additionnée d’un peu d’acide à laquelle elles cèdent leur alcaloïde. On précipite celui'ci par l’ammoniaque. Lorsqu’on s’est servi d’acide chlorhydrique, la précipitation par l’ammoniaque est incomplète, mais, j>ar

évaporation, on obtient iiiio niasse cristalline de chlorhydrate d’émétine .

4“ Procédé de Lefortet Wurtz (1877). — Ges auteurs mettent à profit le peu de solubilité de l’azotate d’émétine. Le précipité étant lavé sufdsamment est dissous dans l’alcool, ce qui donne une liqueur incolore, que l’on verse dans un lait de chaux. Le mélange, exposé au bain-marie jusqu’à siccité, puis mis en digestion avec de l’éther sulfurique, lui abandonne tout son alcaloïde. — On volatise l’éther et on obtient une substance jaunâtre, qu’on traite par l’acide sulfurique. L’émétine seule se dissout et la solution versée dans l’amoniaque étendue fournit l’alcaloïde, sous la forme d’un précipité blanc, qu’on purifie par des lavages à l’eau distillée.

h'' Procédé de von Podwyssotzki (1879). — I. On épuise par l’éther la racine d’Ipécacuanha pulvérisée, afin d’en extraire une huile et un mélange do matières grasses et cireuses. Il est avantageux de laver d’abord à l’éther sulfurique,puis avecdel’éther de pétrole àchaud ; onarrive ainsi à obtenir l’émétine dans un état de pureté parfaite . — Le résidu de l’action de l’éther ordinaire ou de l’éther de pétrole sur la poudre est soumis à l’action de l’alcool à 85° à chaud. On renouvelle deux ou trois fois le traite ment par l’alcool, l’Ipéca étant difficile à épuiser.

On chasse l’alcool par distillation, de façon à obtenir un extrait sirupeux à peu près exempt d’alcool. — A cet extrait alcoolique refroidi, on ajoute duperchlorure de fer dissous dans une petite quantité d’eau (environ 10 à 13 pour 100 du poids de la racine d’ipéca). On fait en sorte de précipiter tout le tannin, puis on ajoute du carbonate de soude jusqu’à alcalinité.

Le mélange alcalin est additionné d’une petite quantité d’éther de pétrole et chauffé dans un matras, au bain-marie. — L’émétine se dissout dans cet éther qui, par évaporation, la laisse complètement blanche. L’éther de pétrole étant décanté, on le remplace par un nouveau volume de ce même liquide et on renouvelle ce traitement, tant que le liquide enlève des traces d’émétine. Par un repos d’une douzaine d’heures, dansun endroitfrais, l’émétine se sépare presque complètement, sous forme d’un précipité blanc.

II. On peut encore profiter de ce que l’émétine est très soluble dans l’éther. On traite alors une épaisse bouillie de poudre d’ipéca par un peu d’acide chlorhydrique, puis par une quantité suffisante de perchlorure de fer ; on ajoute du carbonate de soude et, après un long repos, on agite ce mélange, qui est en consistance de bouillie, avec de l’éther sulfurique. Les extraits éthérés sont agités avec un volume d’eau peu considérable, après avoir été additionnés d’acides acétique, chlorhydrique ou sulfurique, pour dissoudre l’alcaloïde dans le liquide aqueux.

Les solutions acides sont traitées par un excès de soude, et l’émétine qu’elles renferment en est retirée par l’éther de pétrole bouillant.

6° Procédé de Losch. — On prend un poids donné de poudre d’Ipécacuanha et on le soumet à la chaleur, au bain-marie, avec de l’alcool à 90“ et un peu d’acide chlorhydrique; on filtre à froid, on traite de nouveau à l’alcool, puis on filtre de nouveau, et le produit est débarrassé complètement d’alcool dans un bain-marie. L’extrait obtenu est chauffé avec le double du poids de la poudre employée primitivement, d’eau acidulée d’acide sulfurique. On filtre à froid, on môle la liqueur obtenue avec

trois fois son volume d’une solution saturée d’alun et on chauffe. On ajoute de l’ammoniaque, un peu plus qu’il n’est nécessaire, pour faire précipiter l’alcaloïde. On évapore à siccité au bain-marie et on pulvérise le résidu. On traite alors cette poudre par les dissolvants et on obtient l’émétine.

1° Procédé de Flückiger — On épuise, dans

l’appareilàdéplacement, lOà 12grammesd’Ipéca en poudre fine par du chloroforme bouillant additionné de 1 centimètre cube d’ammoniaque à 0,920. L’émétine est dissoute en totalité, si l’on continue l’extraction, jusqu’à ce que le liquide lixiviateur ne soit plus troublé par le réactif de Mayer. On soumet alors le chloroforme à la distillation et on obtient alors, comme résidu, de l’émétine pure que l’on dessèche à 100° .

Dosage. — Outre les précédés de préparation que nous venons d’indiquer plus haut, on peut se servir, pour doser cet alcaloïde, de différents autres moyens qui, tout en n’isolant pas l’émétine, permettent cependant de connaître la proportion dans laquelle elle se trouve dans le végétal.

1° Procédé d’Attfield (1869). — Ce procédé, antérieur à l’étude de l’émétine faite par Glénard, Lefort, etc. , ne donne pas de résultats très précis; mais nous devons toutefois le citer, pour être complet. Atlfield a imaginé de reprendre l’extrait alcoolique de l’Ipéca par l’eau et de doser l’azote dans le produit d’évaporation de la liqueur qui en résulte. Pour cela, il calcine un poids connu de ce produit avec de la chaux sodée et, du poids de l’azote formé, il conclut à la proportion d’émétine, en se basant sur cette donnée que l’alcaloïde pur renferme 4,3 pour 100

d’azote. 11 s’est assuré préalablement de l’absence de toute matière azotée autre que l’émétine.

2” Procédé de Zinoffsky (1873). — On traite 15 grammes de poudre d’ipécacuanlia par de l’alcool à 85® additionné de quelques gouttes d’acide sulfurique, de manière à avoir un volume de 150 centimètres cubes. On filtre et on prend 150 centimètres cubes de liquide, dont on chasse l’alcool par la distillation ; puis l’on ajoute au résidu une solution titrée d’iodomercurate de potassium, jusqu’à ce qu’on n’obtienne idus de trouble par ce réactif, après filtration. Le nombre de centimètres cubes d'iodomercure employé, multiplié par 0,0189 (1/10000 de l’équivalent de l’émétine), donne la quantité d’émétine contenue dans 10 grammes de racines. La solution normale d’iodomercurate s’obtient en mélangeant les solutions aqueuses de i3=‘‘,546 de bichlorure de mercure, avec 49^58 d’iodure de potassium et complétant un litre avec de l’eau. Un centimètre cube de cette solution précipite 1/10000 ou 1/2000 d’équivalent d’alcaloïde.

3° Procédéde Lignon{i^Sl). — Onplace,dansunmortier,25 grammes d’ipéca pulvérisé, on y ajoute 25 centimètres cubes d’eau distillée, puis on saupoudre avec 20 grammes de chaux éteinte ; après quelques minutes de trituration, on ajoute de nouveau 30 grammes de chaux éteinte. La poudre ainsi préparée est introduite dans l’allonge d’un appareil à épuisement, qui surmonte un niatras dans lequel on place environ 300 centimètres cubes d’éther ; on chauffe au bain-marie. Après 3 heures d’épuisement, toute l’émétine en solution dans la chaux a passé en solution dans l’éther; on obtient ainsi environ 200 centimètres cubes de solution éthérée légèrement colorée en jaune et

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faiblement fluorescente, que l’on filtre. On complète le volume dans un flacon jaugé. On prélève rapidement, au moyen d’une pipette graduée, 50 centimètres cubes de ce liquide, on les introduit dans un petit flacon long et étroit, et l’on y ajoute 10 centimètres cubes d’une solution demidécime normale d’acide sulfurique, puis 4 à 5 gouttes d’une solution concentrée et fraîchement préparée de bois de Gampêche ; on agite vivement le flacon.

On obtient 2 couches : une éthérée, incolore ; l’autre aqueuse et jaune. On fait arriver goutte à goutte le long des parois du flacon, en agitant constamment, une solution demi-décime normale d’ammoniaque et on s’arrête quand la dernière goutte ajoutée fait virer la couche aqueuse au rose; on sature ainsi la portion d’acide restée libre. La difierence entre la quantité d’acide saturée et celle qui a été employée donne la quantité d’émétine, que l’on calcule d’après sa formule.

4° Procédé de Ramson (1887). — La racine finement pulvérisée est traitée, par déplacement, avec du chloroforme rendu alcalin par l’agitation avec une solution ammoniacale concentrée. L’épuisement est complété dans un appareil à épuisement continu par le chloroforme bouillant. Ou sépare l’alcaloïde de la liqueur, en agitant cette dernière avec l’acide sulfurique très dilué et en dosant l’alcaloïde par la méthode volumétrique avec le réactif de Meyer.

5° Procédé de Kremel (1888). — On mélange 10 grammes de racine finement pulvérisée avec de l’hydrate de chaux et de l’eau de façon à obtenir une bouillie claire. On dessèche ce produit au bain-marie ; on le réduit en poudre et on l’épuise dans un appareil à déplacement avec

du chloroforme bouillant. Après évaporation de la solution chloroformique, qui est presque incolore, il reste une masse lép:èrement jaunâtre, qui est l’émétine. On dessèche à 100" et on pèse. D’après Kremel, l’émétine que donne le procédé de Flückiger est trop impure, pour qu’on puisse se servir de ce procédé pour faire une analyse précise de la racine d’ipécacuanha.

CHLORHYDRATE d’ÉmÉTINE C30H22 Az 04, H Cl

Propriétés. — Ce sel se présente en masses cristallines incolores, en forme de petites sphères, constituées par de petites aiguilles très fines, réunies en faisceaux et rayonnant autour d’un point central. Ces masses ont à peu près l’aspect de mûres ou de framhroises.

Préparation. — On traite la solution éthérée d’émétine par de l’eau acidulée d’acide chlorhydrique, on agite et on sépare l’éther. La solution aqueuse ainsi obtenue est évaporée et abandonne le chlorhydrate d’émétine, sous forme de masses solides, légèrement colorées. On comprime ces masses, afin d’en séparer i’eau mère colorée, et le gâteau ainsi obtenu est redissous dans l’eau. La solution de ce sel est alors incolore; par une nouvelle cristallisation, on a du chlorhydrate d’émétine absolument pur.

AZOTATE d’emÉTINE C80 h44 Az 08 2 (Ho, Az 05}

Propriétés. — Ce sel est cristallisé. 11 est soluble

dans 100 parties d’eau froide. Pour Lefort et Wurtz, il au rait pour formule Az 0‘°, 2 (HO, Az O®).

Préparation. — On dissout de l’émétine pure dans de l’acide acétique et on précipite la solution par le nitrate de potasse. L’azotate d’émétine ainsi obtenu est lavé avec soin, puis dissous dans l’alcool absolu. La teinture alcoolique exposée au bain-marie donne l'azotate d’émétine que l’on sèche dans le vide.

CHROMATE d’ÉmÉTINE

C’est un sel cristallisé, d’une belle couleur jaune et difficilement soluble dans l’eau.

Nous pouvons encore ajouter à ces sels le sulfate d’émétine et le bromhjdrate d’émétine. Ce dernier sel offre le même mode de cristallisation que le chlorhydrate.

ACIDE IPÉCACUANHIQUE C28 H18 014

Historique. — Cet acide, que Magendie et Pelletier, et plus tard Richard et Baruel nommèrent acide gallique, fut étudié parWiLLiGK, qui l’appela acide ipècacuanhique.

Propriétés. — C’est une substance amorphe, rouge brunâtre, d’une saveur amère et piquante, très hygrométrique, soluble dans l’alcool et dans l’eau, un peu moins soluble dans l’éther.

L’acétate neutre de plomb ne donne pas de précipité dans Ja solution aqueuse étendue d’acide ipécacuanhique;

l’acétate tribasîque donne un précipité blanc brunâtre. Cet acide réduit les sels d’argent et donne, avec les sels de cuivre, un précipité blanc grisâtre, mais à la condition d’y ajouter de l’ammoniaque.

Il se dissout dans l’acide sulfurique concentré, avec une coloration rouge brunâtre et dans l’acide nitrique, avec coloration jaune-rougeâtre foncé.

En solution, même très étendue, il donne une coloration verte dans une solution de percblorure de fer.

Préparation. — Pour obtenir l’acide ipécacuanhique, Willigk a fait bouillir de la poudre d’Ipécacuanha dans de l’alcool à 84“ et a traité la liqueur filtrée par l’acétate tribasique de plomb. 11 se forme de l’ipécacuanhate et en même temps du phosphate de plomb .

On traite }>ar l’acide acétique faible, le phosphate reste insoluble. La dissolution acétique, en présence de l’acétate tribasique de plomb et d’une petite quantité d’ammoniaque, régénère le précipité d’ipécacuanliate de plomb. On délaye ce précipité dans l’éther et on le décompose par un courant d’hydrogène sulfuré. On sépare, par filtration, le sulfure de plomb, on place dans une capsule l’éther contenant l’acide ipécacuanhique et on évapore dans un courant d’acide carbonique sec.

On reprend le résidu par l’eau et on décolore par le charbon. On évapore à siccité au bain-marie et l’on obtient enfin l’acide ipécacuanhique.

Cette substance, qu’on nomme aussi acide Ipêcacuanhatannique , n’a pas été étudiée à notre connaissance depuis AVilligk, et nous allons montrer que son existence n’est pas absolument démontrée. Cet acide n’est peut-être qu’un produit de décomposition.

GÉPHÆLINE G48 H32 Az 052

M. le professeur Glénard a bien voulu nous communiquer les résultats encore inédits de ses travaux sur cette substance qu’il a découverte il y a déjà quelques années.

Préparation. — 1 kilogramme de racines d’Ipécacuanha grossièrement pulvérisées a été lavé avec de l’eau distillée froide, ce qui a donné 5 litres d’un liquide coloré en jaune un peu brunâtre. Ce liquide a été porté à l’ébullition pour déterminer la séparation de Y albumine qui se coagule à partir de 70". Il a été ensuite filtré et traité après refroidissement par de l’acétate neutre de plomb, puis filtré de nouveau. Le liquide a été- d’abord additionné d’acétate basique de plomb en excès. Il s’est formé un nouveau précipité très peu coloré, qui a été lavé et séché.

C’est ce dernier précipité qui contenait la substance qui nous occupe. Pour l’en retirer, M. Glénard a d’abord dosé l’oxyde de plomb du précipité, puis il l’a délayé dans l’eau distillée et il y a ajouté peu à peu de l’acide sulfurique, en quantité un peu inférieure à celle nécessaire pour saturer tout l’oxyde de plomb. Après avoir laissé quelque temps la réaction s’opérer et s’être assuré que le liquide coloré, qui surnageait le dépôt de sulfate de plomb, ne contenait pas d’acide sulfurique libre, il a porté la capsule au bain-marie et évaporé à siccité.

Le résidu composé de sulfate de plomb et de la matière organique primitivement associée à l’oxyde de plomb a été repris par l’alcool absolu et bouillant jusqu’à épuise-

ment complet. Il s’est fait ainsi une solution alcoolique colorée en brun jaune. La majeure partie de l’alcool a été retirée par distillation, de manière à ramener le volume du liquide à 60 centimètres cubes environ.

Le liquide ainsi concentré, d’une couleur presque noire, abandonné à lui-même dans un matras non bouché, a iéposé au bout de vingt-quatre heures une masse solide d’une couleur rubis foncé, dans laquelle, en l’examinant au microscope, M. Glénard a pu voir une cristallisation confuse. La portion restée liquide a été décantée puis mêlée dans un matras avec cinq ou six fois son volume d’éther à 65°. Il s’est séparé immédiatement une matière floconneuse jaunâtre, qui a bientôt gagné le fond du matras, tandis que l’éther a pris l’apparence d’un liquide louche à peine 'Coloré. L’éther a été transvasé dans un flacon à la'rge ouverture soigneusement bouché. Au bout de quelques heures l’éther s’est éclairci, et en même temps de petits grains arrondis blancs ou légèrement jaunâtres se sont déposés çà et là sur les parois et au fond du flacon. Peu à peu ces grains se sont multipliés au point de recouvrir comme d’un enduit toute la surface du flacon bai gnée par l’éther. En examinant ces grains à l’aide d’une forte loupe il est facile de reconnaître que ce sont de petites masses cristallines. Ce sont de Anes aiguilles rayonnant autour d’un point central.

La matière solide, qui s’était déposée dans l’alcool, redissoute dans un peu de ce véhicule et traitée de même par l’éther, fournit les mêmes résultats.

Ces grains cristallisés représentent la substance nouvelle, mais à cet état elle n’est pas pure et retient un peu de la matière colorée à laquelle elle se trouvait mêlée pri-

mitivement. On la purifie aisément par des lavages à l’eau froide, dans laquelle elle est très peu soluble. En mettant un peu d’eau dans le vase où ils se sont déposés, les grains se détachent aisément ; on les jette sur un filtre où on les lave jusqu’à ce que l’eau sorte incolore, puis on laisse sécher.

En redissolvant cette matière dans de l’alcool ou mieux dans l’esprit de bois à chaud on l’obtient en belles aiguilles disposées en étoiles ou en faisceaux.

Le mode d’obtention qui vient d’être exposé est long et compliqué, il donne en outre prise au doute sur la préexistence dans ripécacuanha de la matière ainsi isolée. On peut craindre en effet que cette matière n’ait pris naissance sous l’action de l’acide sulfurique employé pour la séparer du composé plombique. Voici une autre méthode plus simple, plus rapide et qui ne saurait inspirer semblable crainte.

100 grammes d’ipéca en poudre ont été lavés par déplacement avec un demi- litre d’alcool absolu à froid. Le liquide, fortement coloré en jaune brun, a été distillé et ramené au volume de 50 centimètres cubes. Le liquide restant, fortement coloré, presque noir, a été mêlé et agité avec environ 2 décilitres d’éther à 65®. L’éther décanté dans un flacon bouché n’a pas tardé à déposer sur les parois du vase les petits grains cristallins dont il a été question plus haut.

Dans une autre opération M. le professeur Glénard a employé l’alcool méthylique pour le lavage de la poudre d’ipéca. Mais comme ce liquide dissout des substances que l’alcool vinique ne dissout pas, on dut évaporer, à siccité la solution et reprendre le résidu par l’alcool absolu.

La nouvelle solution distillée convenablement et traitée par l’éther a fourni un produit très blanc et plus abondant que celui obtenu par la première opération. 1 kilogTamme d’ipéca contient T^^IO de cette substance à laquelle M. Glénard a donné le nom de Cèpltæline.

Propriétés. — La céphæline est solide, incolore; elle se présente sous deux formes : en petits grains arrondis, qui sont de petites masses cristallisées, ou en fines aiguilles groupées autour d’un centre commun. Elle a une saveur très amère.

Soumise à l’action de la chaleuy', elle entre en fusion à la température de 175”; elle forme un liquide épais, à peine coulant, d’une couleur de succiii. Elle n’est pas volatile; elle commence à se décomposer à 185°. A mesure que la température s’élève, elle noircit, se boursoufle considérablement, dégage des vapeurs odorantes et laisse un charbon volumineux. Sur la lame de platine, elle brûle avec flamme et produit un charbon voluroineux qui disparaît sans laisser de cendre.

Chauffée avec de la chaux sodée, elle donne de l’ammoniaque.

Très peu soluble dans l’eau froide, elle se dissout assez bien dans l’eau chaude. La solution faite avec de la céphæline bien lavée, incolore, n’exerce aucune action feur les réactifs colorés; elle est neutre. Cette solution, opérée à chaud et suffisamment concentrée, se prend par le refroi^ dissement en une sorte de gelée blanchâtre; moins concentrée, elle dépose la céphæline sous forme de petites masses gélatineuses transparentes comme l’eau. Laeéphæline en gelée abandonnée à l’air se dessèche et se transforme en une matière d’apparence cornée, dure et friable.

Soluble, mais bien plus à chaud qu’à froid, dans X alcool et dans Yesprit de bois, elle se sépare des dissolutions faites à chaud dans ces deux véhicules et surtout dans le dernier sous forme de belles houppes aiguillées.

Elle se dissout à peine dans V éther.

Mise en contact à froid avec l’acide sulfurique, la céphæline sèche, ne se dissout, ni ne se colore; elle ne paraît pas s’altérer.

Avec l’acide azotique, il se produit une coloration jaune orangé, en [même temps qu’il se développe une odeur nitreuse.

Avec l’acide iodique, on remarque une réaction immédiate semblable à celle de la morphine ; de l’iode est mis à nu. Cette réaction est très sensible, elle se produit même avec des solutions étendues de céphæline.

Elle se dissout facilement dans les liquides alcalins de potasse, soude, baryte, chaux. Ses solutions paraissent s’altérer à l’air.

Une solution alcoolique de céphæline donne un précipité quand on y ajoute de l’eau de baryte. La céphæline se sépare de ses solutions aqueuses lorsqu’on y ajoute certaines solutions salines, telles que le chlorure de sodium, le sulfate, le phosphate de soude.

Une solution aqueuse de céphæline ne précipite pas par l’acétate de plomb neutre, elle précipite par l’acétate basique.

Le nitrate d’argent n’y produit pas de réaction, mais si on fait bouillir ou si on ajoute une trace d’ammoniaque, il se fait un dépôt noir d’argent réduit.

Mise en ébullition avec de la liqueur de Fehling, elle le réduit difficilement, mais sensiblement.

Avec mie solution de sulfate ferroso-ammonique, elle produit immédiatement une coloration bleu verdâtre.

Composition. — M. Glénard a fait trois combustions qui lui ont donné pour le carbone et l’hydrogène des chiffres très rapprochés et dont voici la moyenne : G = 56,41 ; 0 = 6,40. La recherche de l’azote lui a donné le chiffre 2,53. On peut donc représenter ainsi la composition en centièmes

C = 56,40 H == 6,40 Az= 2,53 O = 34,67

Si on essaye de traduire ces nombres en équivalents, on arrive à la formule G"*® Az 0*^ Gette formule donne en effet pour la composition en centièmes des chiffres sensiblement concordants avec ceux obtenus par l’analyse.

. . . théorie = 56,47.

Az — 2,74.

analyse = 56,40

Gette formule n’est peut-être pas définitive, mais elle est certainement très approchée.

M. le professeur Glénard pense que V acide ipêcacuanhique de Wilhgk et la céphæline ne sont qu’une seule et même substance ; pour lui, si l’acide ipécacuanhique est amorphe, brun rougeâtre, acide, c’est qu’on n’a pas su le faire cristalliser et qu’il a subi un commencement d’altération qui a déterminé sa coloration et son acidification.

S’il ne contient pas d’azote, c’est qu’on a omis de faire la recherche de cet élément. Cette manière de voir se justifie par les considérations suivantes.

L’acide ipécacuanhique, de même que lacéphæline, est rétiré d’un composé plombique obtenu au moyen de l’acétate basique de plomb.

Il contient la même quantité de carbone et d’hydrogène que la céphæline : G = 56,36 (acide ipécac.); 56,40 (céph.). — H = 6,23 (ac. ipéc,); 6,40 (céph.).

Il forme avec l’oxyde de plomb un composé qui contient la même proportion d’acide que celui formé par la céphæline. Willigk a trouvé 45,9 d’oxyde, M. Glénard a trouvé 45,40. Il est difficile de croire que deux corps différents présentent entre eux de semblables concordances.

Après tout ce qui vient d’être dit sur les propriétés et la composition de la céphæline, on se demande dans quelle classe de corps cette substance doit être placée. M. Glénard pense que jusqu’à étude plus complète, la céphæline doit être classée parmi les glucosides. Ce classement se justifierait par l’expérience suivante ;

Une solution de céphæline additionnée d’acide chlorhydrique a été évaporée à sec au bain-marie. Il en reste un résidu fortement coloré en brun ; ce résidu a été traité par l’eau bonillante, une très faible partie s’en est dissoute. La solution,essayée par la liqueur de Fehling, s’est comportée comme une solution de sucre. La portion qui a résisté a l’eau s’est dissoute facilement dans l’alcool en donnant un liquide brun foncé. Il semble résulter de cette expérience que la céphæline sous l’infiuence de l’acide chlorhydrique se transforme en sucre et en une matière résinoïde inso lubie dans l’eau.

SUCR E

La racine d’Ipécacuanha contient aussi, d’après les recherches de M. Glénard, une assez forte proportion de sucre que des analyses faites par lui et M. Ghapuis lui ont démontré identique à la saccharose.

Pour l’obtenir on extrait la poudre d’ipéca à l’alcool, on évapore à sec et on reprend par l’alcool absolu et à chaud. On décante et peu à peu il se dépose contre les parois du vase des cristaux blancs de sucre de canne.

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