HUILE
Cette substance, reconnue dès les premières analyses de Flpécacuanha, s'obtient en traitant la poudre d'Ipéca par de l'éther sulfurique ou de l'éther de pétrole ; elle est d'un jaune clair, sa couleur rappelle un peu celle de l'huile d'olive tout en étant légèrement plus rougeâtre. Elle se trouve en petite quantité dans l'Ipéca annelé. Outre cette huile, l'éther retire encore de l'Ipéca une matière grasse résineuse non encore étudiée.
BRYTHROGEPHiELÉINE
Von Podwyssotzki en traitant l'extrait éthéré d'Ipéca par de l'hydrate de baryte a obtenu une substance d'une belle couleur pourpre. « On l'obtient, dit-il, en mélangeant quelques centimètres cubes d'extrait éthéré avec l'hydrate de baryte solide ou dissous ; la liqueur devient d'un rouge pourpre, soit immédiatement, soit après l'avoir agitée pendant quelques minutes. Von Podwyssotzki a réussi à isoler
cette matière colorante qu'il a reconnue être un acide et
qu'il a pu faire cristalliser en aiguilles d'un jaune paille.
Il lui a donné le nom d'Erythrocéphseléine et il a reconnu que les racines qui en renfermaient le plus étaient aussi celles qui fournissaient de l'émétine en plus grande abondance.
Maintenant que nous avons décrit les principales substances que l'on trouve dans l'Ipécacuanha annelé et que nous avons donné leur mode de préparation, il nous reste à indiquer d'une façon sommaire en quelle quantité elles se trouvent dans la racine. Les recherches ont porté surtout sur les dosages de l'émétine et, il faut bien l'avouer, les résultats sont loin d'être identiques. Ceci provient évidemment de la diversité des méthodes, mais peut-être aussi des sortes étudiées et de l'époque de l'année où les échantillons ont été recueillis. La plupart des chimistes qui ont étudié l'Ipécacuanha ne se sont pas toujours assurés de la pureté de la substance qu'ils ont employée, car, comme nous le verrons plus loin, les falsifications de l'Ipéca sont nombreuses, qu'elles soient volontaires ou qu'elles proviennent du peu de soins accordés à la récolte dans les pays d'origine.
D'autre part, nous savons que dans nos plantes indigènes la quantité d'alcaloïde contenue dans les rhizomes, les bulbes et les racines varie dans d'assez fortes proportions suivant l'époque de l'année où on les recueille ; pourquoi n'en serait -il pas de même pour l'Ipécacuanha?
Ceci posé, voyons rapidement le résultat des analyses des principaux chimistes, qui se sont occupés de cette question .
En 1817, Pelletier trouvait dans l'Ipéca gris noirâtre, qu'il appelait par erreur Psychotria emetica,
16 pour 100 d'émétine impure pour Pécorce et 1,15 pour 100 dans la partie ligneuse. Une autre variété d'Ipéca annelé, auquel il donne cette fois son vrai nom, lui a fourni 14 parties d'émétine pour 100 parties d'écorces.
En 1853, Leprat dit qu'un bon Ipéca renferme de 6 à 7 pour 100 d'émétine.
En 1869, Attpield a trouvé pour 100 parties d'Ipéca
17 d'émétine impure ou 10 d'émétine pure.
La même année, Lefort avait trouvé 1 pour 100 d'émétine. En 1874, Legrip, dont les recherches sont consignées complètement dans la thèse de Polichronie, indiqua b^ y 8 d'émétine pour 100 grammes de racines. Depuis cette époque les recherches ont été nombreuses à ce sujet.
Von Podwyssotski, qui le premier a obtenu l'émétine nettement cristallisée, indique que dans les bonnes qualités on peut trouver de 7 décigrammes à 1 gramme d'émétine, et seulement 25 à 40 centigrammes dans les qualités inférieures.
Losch a fait l'analyse de l'Ipécacuanha par cinq méthodes différentes : la méthode de S tas, de Erdmann de Uslar, de Dragendorf, etc., lui a donné 0,72 d'émé tine; celle de Claus, 0,8 pour 100 d'émétine; celles de Wagner , Husmann, Marmé, Schùlte, etc., lui ont fourni 0,55 pour 100 d'alcaloïde ; celle de Meyer, 0,475 pour 100 de la même substance, et enfin la sienne propre, 0,875 pour 100 d'émétine. En 1887, Flûckiger obtient par sa méthode 1 pour 100 d'alcaloïde. LÎgnon, parla sienne,
a trouvé 1,45 pour 100. Tout dernièrement, Kremel a obtenu par sa méthode 1,80 pour 100 d'émétine.
On peut donc, à notre avis, admettre que l'Ipéca annelé mineur de bonne qualité doit contenir en moyenne de 0,8 à 1 ,50 d'émétine, résultats qui varient beaucoup pour les raisons énoncées plus haut, mais qui peu vent néanmoins permettre de déceler les fraudes, car il ne faudrait pas accepter une racine titrant moins de 0,5 pour 100 d'alcaloïde.
M. Florence étudie en ce moment à notre prière l'Ipéca de Rio; il a suivi rigoureusement, dans cette analyse nouvelle, la marche analytique édictée par Dragendorf e* Schlagdenhauffen, comme donnant le plus de sécurité et devant laisser dans leur état d'intégrité le plus grand les principes immédiats des racines.
Le traitement par l'éther de pétrole de la poudre d'Ipéca desséchée convenablement lui a donné l'huile dont il étudie en ce moment même par saponification les divers acides gras. L'éther ordinaire, desséché sur le chlorure de calcium, lui a laissé par évaporation une petite quantité de la substance que von Podwyssotzki a appelée erythrocéphœléine et que cet auteur considère comme un principe défini capable de s'unir ainsi qu'on l'a vu, à la baryte pour donner un sel parfaitement cristallisé. Selon M. Florence, ce corps très faiblement acide est un mélange de plusieurs substances que les dissolvants neutres permettent facilement de séparer. Ainsi l'alcool la dissout partiellement en laissant une masse poisseuse insoluble dans l'eau et très partiellement soluble dans les hvdrates alcalins. Cette masse poisseuse examinée directement au microscope était formée d'une substance amorphe servant de gangue à de magnifiques petits cristaux rhomboédriques.
Le traitement par l'alcool absolu de la poudre d'Ipéca épuisée préalablement par les dissolvants ci-dessus a donné une grande quantité d'un extrait d'une belle couleur brune que l'eau a dissous en très grande partie, ne laissant qu'un résidu d'aspect gommeux. Cette solution, filtrée et acidulée par de l'acide sulfurique jusqu'à réaction franche, a été épuisée par agitation dans un entonnoir à boule par Péther de pétrole, la benzine, le chloroforme, l'alcool amylique. La solution a été alcalisée ensuite par de l'ammoniaque et épuisée par les mêmes dissolvants, pris dans le même ordre. La benzine et le choroforme agissant en solution alcaline ont seuls donné des résultats intéressants : ce sont des alcaloïdes dont l'un est l'émétine et l'autre à réactions différentes ne donnant aucune de celles del'émétine, précipitant toutefois très franchement par les réactifs généraux des alcaloïdes. Cet alcaloïde nouveau, en raison des précautions prises pour n'altérer en rien, par aucun réactif énergique, les principes immédiats, doit exister dans l'Ipécacuanha et ne semble pas pouvoir être considéré comme un accident de préparation. 11 ne cristallise pas et sa solution sulfurique n'a pas cristallisé non plus jusqu'ici. M. le professeur Glénard a, paraît-il, déjà entrevu l'existence d'un deuxième alcaloïde dans l'Ipéca; il dit toutefois que l'altérabilité excessive de l'émétine doit engager les expérimentateurs à se mettre en garde contre des conclusions trop précipitées. Aussi jusqu'à nouvel ordre M. Florence fait- il toutes ses réserves au sujet de ce nouvel alcaloïde qu'il se propose d'étudier et dont nous avons vu nous- même les réactions toute différentes de celles de l'émétine.
En résumé, la racine d'ipécacuanha annelé mineur contient donc un ou plusieurs alcaloïdes, dont un seul est jusqu'ici bien connu, Yémétine. Cette substance, bien définie maintenant, cristallise nettement et donne en se combinant avec les acides des sels également cristallisables. Nous montrerons dans le chapitre suivant que c'est bien certainement cet alcaloïde qui est le principe actif de l'Ipécacuanha et qu'il possède à peu près complètement les propriétés de l'Ipéca en nature. Ce n'est pas à dire pour cela que les autres alcaloïdes que nous n'avons fait qu'entrevoir n'aient pas aussi une activité propre ; nous nous réservons de faire avec eux des expériences physiologiques dès que nous aurons pu les obtenir à l'état de pureté.
On trouve encore dans la racine d'Ipéca un glucoside particulier, bien défini, que nous avons décrit sous le nom de céphœline, une huile non encore complètement étudiée, du sucre de canne, de l'albumine, de l'amidon et d'autres substances moins importantes. Quant à l'existence de Yacide ipécacuanhique, elle reste encore à vérifier. Peut-être même, comme le pense M. Glénard, n'est-ce là qu'un produit de décomposition.
Nous continuerons cette étude avec l'aide de M. Florence et nous espérons pouvoir bientôt avoir des données plus complètes sur les alcaloïdes de l'Ipécacuanha et sur leur action physiologique. Nous nous proposons également d'étudier les effets de l'huile, de la céphseline et des autres substances que l'on peut retirer de la racine d'ipécacuanha.
Etude micro chimique. — Depuis un certain temps on s'efforce de reconnaître à l'aide de réactifs très sensibles la localisation des divers principes chimiques dans les
ÉTUDE CÈÎIMÎQUË éb
tissus des végétaux. Il y a quelques années, M. le professeur Gauvet se basant sur une réaction peu précise de l'émétine, celle de brunir au contact de l'acide azotique, a essayé de localiser cet alcaloïde. « Les recherches faites à cet effet ont montré, dit -il, une coloration plus intense des tissus voisins du bois ; de ci, de là, dans le parenchyme cortical, mais surtout au voisinage de la couche ci-dessus nommée, on a pu constater aussi l'existence de sortes d'îlots formés de cellules plus petites, à parois plus épaisses, un peu brunies. Un examen attentif a permis de voir que la teinte brune affectait surtout la face interne de la paroi, c'est-à-dire les restes de la membrane primordiale. Il semble donc que l'émétine se dépose dans le protoplasma d'une catégorie spéciale de cellules, soit disposées en îlots irréguliers, dispersés dans le parenchyme cortical, au voisinage du liber, soit formant l'enveloppe extérieure du bois, c'est-à-dire le liber. » Cette expérience est certainement la première qui ait été faite sur ce sujet, mais elle n'a pas de valeur réelle. En effet, l'acide azotique a une action très lente sur l'émétine, et encore a-t-on pu se convaincre en étudiant l'azotate d'émétine que la réaction ne se fait pas très facilement. D'autre part, l'acide azotique colore le protoplasma en jaune et les cellules épaissies ont toujours leurs parois colorées en brun parle réactif. Si donc l'émétine se trouve réellement dans les points où M. Gauvet a cru la voir, ce n'est pas le réactif employé qui peut permettre de le déceler.
Nous avons voulu reprendre cette étude à l'aide des réactifs généraux des alcaloïdes et des réactions particulières que nous avons indiquées à propos de l'émétine.
Ces recherches sont encore trop incomplètes pour que nous puissions les relater dans ce travail ; nous nous efforcerons dans la suite de leur donner plus de précision. Nous publierons ultérieurement les résultats que nous avons obtenus.