CHAPITRE IV
Les premiers essais sur l'émétine ont été faits en 1817 par Magendie et Pelletier sur des chats, des chiens et sur l'homme lui-même. Bien que ces auteurs se soient servis de préparations impures, ils ont démontré avec certitude : 1° qu'on doit attribuer l'action de l'Ipéca à l'alca loïde qu'il contient; 2° que l'alcaloïde de l'Ipéca possède, outre l'effet vomitif, une influence considérable sur l'estomac et l'intestin, produisant différents degrés d'inflammation de la muqueuse digestive, aussi bien après Fin gestion per os qu'après l'injection dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans les veines. Magendie et Pelletier trouvèrent aussi les poumons des animaux tués par l'émétine dans un état d'inflammation assez intense. Schroff et Schuhh&rdt ont fait des constatations analogues sur des lapins; mais Schroff nie les effets de l'Ipéca,
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sur le poumon, effet affirmé par Magendie, tandis que Schuhhardt constate une rougeur plus intense de la muqueuse bronchique.
Les essais de Pécholier (1862) n'ont apporté aucune donnée absolument nouvelle au tableau de l'effet de l'émétine. Il n'a fait qu'une description plus détaillée de l'action contro-stimulante de l'alcaloïde sur le système nerveux central déjà indiquée par les autres auteurs. A la suite de ces expériences, il a constaté : 1° une diminution des battements du cœur et de la respiration; 2° un abaissement de la température dans la bouche et dans l'oreille, en même temps qu'une faible élévation de cette température (5/10 à 7/10) dans le rectum, à cause de l'hyperhémie de l'estomac et de la partie supérieure de l'intestin ; 3° diminution de l'activité du système nerveux central, collapsus, paralysie des nerfs sensitifs, diminution de la motricité nerveuse et de la contractibilité musculaire. Les muscles donnaient encore de faibles contractions après la paralysie complète des réflexes ; 4° il a constaté l'action émétique de l'Ipéca après son introduction, peros, et la faiblesse de ses effets lorsqu'il était introduit par le rectum; une action irritante sur la muqueuse digestive pouvant aller jusqu'à l'ulcération; 5° la disparition du sucre dans le foie; 6° enfin, l'action irritante de l'Ipéca sur la peau et les muqueuses.
Dyce Duckwortii (1809) a remarqué dans de nombreuses expériences, outre les modifications de la muqueuse digestive, l'hyperhémie et l'œdème des poumons et des bronches. Il a constaté que des doses plus fortes d'émêtine en injections hypodermiques ou intraveineuses, tuent par paralysie du cœur, et que, si l'on
n'injecte que de petites doses, la circulation du sang, peu altérée, ne diminue rapidement que quelques instants avant la mort. Dyce Duckworth a remarqué, en outre, qu'un chat, dont les pneumogastriques avaient été sectionnés, n'avait pas de vomissements après injection d'émétine.
En 1873 et 1874, parurent les importants travaux de d'Ornellas, Ghouppe et Polichronie. Les résultats obtenus par ces auteurs concordent assez bien, sauf en quelques points. Ainsi, d'Ornellas a prétendu avoir obtenu des vomissements après section des nerfs vagues. Polichronie et Ghouppe sont au contraire sur ce sujet complètement d'accord avec Duckworth. Ces deux expérimentateurs ont constaté une inflammation très considérable de la muqueuse digestrve après injection sous- cutanée ou intraveineuse de décoction d'Ipéca ou de solution d'émétine. D'Ornellas a prétendu même avoir, dans ces conditions, constaté sa présence clans le contenu de l'estomac, par le fait qu'ayant donné ce contenu à des pigeons, il en a obtenu des vomissements.
En 1879, von Podwyssotzki fit une étude assez complète des effets de l'émétine sur la grenouille, le chat et le chien. Au lieu de se servir, comme les auteurs que nous avons cités précédemment, de la substance même de l'Ipéca ou de l'émétine impure, von Podwyssotzki employa dans ses expériences l'émétine pure, qu'il avait pu obtenir cristallisée par les procédés énoncés plus haut. Il en résulte que ce sont ses expériences qui doivent être considérées comme les plus concluantes. Nous indiquerons plus loin d'une façon complète les résultats auxquels il est arrivé.
Gerhàrdt, de Philadelphie, étudia l'action de l'émétine par la méthode endermique : il obtint des vomisse-
ments. Schutz (1886) a expérimenté l'action de cet alcaloïde sur les mouvements de l'estomac.
En 1879, Rutherpord, Vignàl et Dodds étudièrent l'action cholagogue de l'Ipéca; enfin, citons encore parmi les travaux physiologiques importants, ceux de Grasset (1881) sur l'action simultanée de l'atropine et de l'émétine.
Dans ce chapitre, nous étudierons successivement l'action de l'Ipéca et des diverses substances qu'on en retire, sur les appareils digestif, respiratoire, circulatoire et sécréteur, le système nerveux, le système musculaire et la peau. Nous nous efforcerons de résumer à ce sujet les travaux les plus importants qui ont été faits jusqu'à ce jour. Nous aurions voulu y ajouter quelques expériences nouvelles, mais le temps restreint qui nous a été laissé pour notre travail ne nous a pas permis de le faire.