ACTION SUR LE CŒUR
L'action de Tlpécacuanha et de l'émétine sur le cœur est non moins évidente que celle que nous leur avons reconnue sur l'appareil digestif. Nous suivons dans cette étude la même marche que dans la précédente.
A. Action de l'Ipécacuanha. — Pécholier a constaté à la suite d'ingestion d'Ipécacuanha une action très nette du nombre des battements du cœur. Mais les principales expériences sur ce sujet ont été faites au moyen de l'émétine, soit impure, soit cristallisée, ou à l'état de sel.
B. Action de l'émétine du commerce.
Expérience 1 (Poiichronie). — Action de Vémètine sur le cœur des grenouilles.
Grenouille n° i, de taille moyenne. — 10 h 30. Injection sous la peau de la cuisse de 5 milligrammes dV'métine, solution citrique au 20°. — 10 h 43. L'animal est dans un état de résolution complète. Le cœur mis à nu présente des battements incomplets et faibles* — 10 h 55. Les muscles et les nerfs répondent bien aux
ÉTUDE PHYSIÔLOGIÔUE ôl
excitations électriques ; le cœur n'a plus que quelques contractions incomplètes ; les mouvements réflexes sont abolis. — ll h 10. Cœur complètement arrêté ; les nerfs répondent toujours aux excitations électriques. — ll h 35. Même impressionnabilité des nerfs. L'animal meurt.
Grenouille n° £, ordinaire.— 10 h 35. Injection sous la peau de la cuisse de 5 milligrammes d'émétine. — 11 heures. Cœur mis à nu, battements réguliers, environ 36 pulsations par minute ; l'animal est tombé en résolution complète à 10 h 55; les nerfs semblent moins bien répondre aux excitations électriques. — ll h 40. Excitabilité nerveuse très peu prononcée ; le cœur bat encore, mais d'une manière irrégulière et faible.
Grenouille n° 3. — 10 11 35. Injection sous-cutanée de 6 milligrammes d'émétine. — 10 h 50. L'animal tombe en résolution, il n'a plus de mouvement réflexe, le cœur mis à nu bat très irrégulièrement; les nerfs sciatiques répondent très bien aux excitations électriques, il en est de même des muscles. — li h 05. Cœur arrêté, les nerfs répondent aux excitations électriques. — 11 11 40. Gœur arrêté, même état des muscles et des nerfs.
Grenouille no 4, de forte taille. — ll h 6. Injection sous la peau de la cuisse de 5 milligrammes d'émétine. — ll h 17. L'animal est affaibli, mais a encore quelques mouvements réflexes; il reste sur place. — ll h 20. Le cœur mis à nu se contracte très régulièrement, 48 pulsations par minute ; les nerfs sciatiques répondent bien aux excitations; le cœur semble très excité; les muscles et les nerfs répondent bien aux excitations. A midi l'animal meurt.
Bxp. 2 (inédite). — Action de Vémétine sur le cœur de la grenouille.
Cette expérience a été faite à notre prière par M. Reboul, chef des travaux de physiologie à la Faculté de mé decine de Lyon :
On introduit dans le cœur lui-même par la veine cave une canule à double courant. Une ligature est placée assez loin pour ne pas amener d'arrêt; d'autres ligatures sont placées sur les K. j. 6
aortes pour séparer complètement la cavité cardiaque des vaisseaux. Dans la canule et dans le cœur circule du sérum retiré le jour même du sang d'un chien. La petite canule est mise en communication avec un manomètre à mercure muni d'un flotteur qui enregistre sur un cylindre enfumé les contractions cardiaques. Elle donne tout d'abord un tracé initial normal. En x on dépose sur le cœur un petit fragment d'émétine brune de la grosseur d'un grain de sable. Après cinq minutes, augmentation de l'amplitude des systoles. En même temps les minima s'élèvent quelque peu au-dessus de la ligne des zéros, ce qui indique que le tonus et par là la pression constante du cœur augmentent. Au bout d'un quart d'heure le cœur supporte une pression constante deux fois plus forte qu'au début. Survient ensuite une période de ralentissement très marquée, la même amplitude étant toutefois con servée. Pendant la diastole ventriculaire on distingue nettement sur le tracé deux systoles des oreillettes. Le ralentissement des contractions du cœur va en augmentant progressivement. Si l'on compte les contractions, on voit qu'à ce moment une systole ventriculaire répond à huit systoles du tracé initial. Le ralentissement va toujours en 8 accentuant et à la fin du tracé, c'est-à-dire une heure après le début de l'expérience, on ne voit plus qu'une systole environ toutes les cinq minutes. Ces systoles sont faibles et ont considérablement diminué d'amplitude. La ligne des minima se tient toujours au-dessus de la ligne des zéros, à une hauteur double de celle qui existait sur le tracé initial. (Voir ce tracé.)
Il semble donc résulter de cette expérience et de l'étude de ce tracé que l'émétine mise en contact directement avec le cœur augmente tout d'abord quelque peu l'amplitude de la contraction, le tonus cardiaque, et par là la pression constante. A cette période fait bientôt suite un ralentissement de plus en plus marqué de la contraction des ventricules. Ce tracé a été refait plusieurs fois et a toujours donné les mêmes résultats.
A la tin de l'expérience précédente, au lieu d'abandonner le cœur qui sous l'influence de l'émétine est dans un arrêt complet, on a, avec une petite seringue de Pravaz et sans déranger l'expérience, fait passer dans le cœur, grâce à notre sonde à double cou-