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CHAPITRE IX

Ainsi que nous croyons l'avoir montré dans les cha pitres précédents, la racine du Cephœlis Ipecacuanha, à laquelle on donne souvent le nom d 5 Jpécacuanha annelé mineur 9 doit être considérée comme la seule officinale. C'est d'ailleurs cette substance qui a été l'objet de toutes les études faites jusqu'à nos jours; c'est elle surtout que l'on a analysée, avec laquelle on a fait des expériences physiologiques ; c'est aussi elle d'ailleurs qui est couramment employée en thérapeutique. D'ailleurs le Codex s'étant prononcé, la question n'est plus en litige. Nous croyons donc pouvoir considérer comme falsification toutes les autres substances plus ou moins émétiques auxquelles on a pu don ner lenom d'Ipécacuanha. Lessortesque nous venons dedé— crire sousles nomsd' Ipécacuanhas ondulé, strié on annelé

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majeur ne sauraient en aucune façon être employées à la place du type. Toutefois, en présence du nombre considérable de substances émétiques qui peuvent être usitées comme succédanées de l'Ipéca, nous ne saurions, comme le font les auteurs, leur donner le nom de faux Ipécacuanhas. Nous appellerons seulement falsifications, les matières qui ont été vendues faussement sur les marchés européens sous le nom d'Ipéca ; celles qbi se trouvent mêlées frauduleusement ou accidentellement à l'Ipécacuanha annelé, et, enfin, les nombreuses adultérations des préparations pharmaceutiques. Nous diviserons donc cette étude en trois parties : dans la première, nous examinerons les falsifications de la racine entière; dans la deuxième, celles de la poudre, et dans la dernière, celles des préparations officinales.

Dès son apparition en Europe, cette substance s'est présentée sous plusieurs formes. Ainsi que nous l'avons vu en faisant l'historique, l'Ipécacuanha officinal a été, dès l'abord, mêlé avec le strié, l'ondulé et des racines de Violariées ou d'Asclépiadées. Lorsqu'on voulut faire l'identification botanique de ce produit, les résultats obtenus furent si variés et si contradictoires qu'on en vint à regarder comme Ipécas toutes les racines exotiques qui avaient la propriété de faire vomir, et, comme on ne connaissait pas les caractères de l'Ipécacuanha vrai, il se fit dans le commerce un mélange tellement considérable que le médicament passa

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pour infidèle. Plus tard, à la suite des nombreux travaux faits par les botanistes et les chimistes de cette époque, les falsifications devinrent plus rares. On différencia l'Ipéca du commerce en plusieurs sortes officinales, et celui que l'on appela brun ou annelé mineur fut bientôt exclusivement employé. Ces adultérations sont encore plus rares aujourd'hui où les maisons de droguerie et de pharmacie n'acceptent guère que respecte officinale. Cependant, on voit apparaître quelquefois les Ipécacuanhas striés ou ondulés, et, dernièrement encore, une maison de Hambourg présenta à un droguiste de notre ville une substance que nous étudierons plus loin et qui n avait de l'Ipéca que le nom. Mais, si les falsifications en masse ne sont pas communes, il n'en est pas de même des adultérations partielles, et l'on trouve constamment mêlé à l'Ipécacuanha de Rio de nombreuses substances que nous allons rapidement passer en revue.

Tout d'abord, on rencontre en petite quantité de l'Ipécacuanha strié noir que nous avons déjà étudié. Mais, en générai les échantillons que Ton voit ainsi mêlés ne dépassent pas 5 à 6 millimètres de diamètre, la longueur variant de 4 à 14 centimètres.

On trouve aussi, paraît -il, assez souvent dans l'Ipécacuanha du commerce l'Ipéca strié violet ; nous n'avons jamais rencontré cette falsification. La présence de l'Ipéca ondulé est également très rare.

Ce qui abonde surtout dans tous les échantillons com merciaux que nous avons pu examiner, ce sont les débris de tiges, que ce soient celles de l'espèce officinale ou d'autres difficiles à déterminer. La présence de ces tiges a été plusieurs fois signal éo, et nous ne croyons as exagérer

en affirmant que sur 1 kilogramme d'Ipéca brut on trouve près de 100 grammes de tiges.

La racine d'Ipéca annelé étant certainement la partie la plus active, on peut aussi considérer comme falsifications les nombreuses tiges que Ton trouve mêlées à l'Ipéca du commerce. Si cette falsification n'a pas une importance réelle pour l'extraction de l'émétine, elle diminue considérablement l'activité de la poudre et de ses extraits pharmaceutiques.

Enfin, nous terminerons cette étude par l'examen d'une substance présentée tout dernièrement dans le commerce européen sous le nom d'Ipéca, mais qui n'en a aucune propriété et n'est autre d'ailleurs qu'une racine de Monocotylédone.

Cette substance se pi ésente sous forme de petits fragments de 1 à 3 centimètres de long, le plus grand nombre ne dépassant pas 1 cm. 1/2; le diamètre en est de 5 à 6 millimètres. Sa couleur est d'un fauve clair tirant un peu sur le rose. Ces fragments présentent souvent des annelures transversales et sont dans tous les cas sillonnés d'un très grand nombre de stries circulaires de teinte plus foncée. On voit sur la surface une certaine quantité de ponctuations, débris probables de radicelles qui rappellent assez celles qu'on rencontre sur les racines d'Iris. Certains échantillons sont ridés longitudinalement par suite de la dessiccation. Aces fragments, on en trouve mêlés d'autres beaucoup plus petits, très friables et d'un blanc légèrement jaunâtre. La section est blanche, très farineuse et présente vers le centre un petit anneau de ponctuation rosé.

L'examen microscopique nous a montré de nombreux faisceaux fermés disséminés dans un parenchyme à gran-

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des cellules polygonales remplies d'amidon. Cet amidon est gros et fusi forme, ce qui est assez rare dans le règne végétal. On trouve encore çà et là des cellules et des vaisseaux particuliers gorgés d'une matière jaune brunâtre.

Examinée chimiquement, cette substance ne nous a pas paru, contre notre attente, contenir de la colchicine ou de la vératrine. La saveur de cette racine est extrêmement acre et brûlante ; cette sensation de brûlure persiste longtemps après le contact.

M. le D r Beauvisage a décrit dans le Bulletin trimestriel de la Société botanique de Lyon ( 1 4 février 1 888) , une substance qu'il a trouvée mêlée à l'Ipéca de Rio et qui constitue dès lors une falsification de cette racine. Voici la description qu'il en donne :

« La plupart des fragments ont un diamètre de 4 à 5 millimètres ; quelques uns plus grêles varient de 1 à 2 millimètres; leur aspect est assez analogue à celui de l'Ipéca strié noir de M. Jacquemet; leur couleur est également brun foncé ou noirâtre; la surface des plus gros fragments présente les mêmes stries longitudinales, les mêmes étranglements transversaux, des rugosités analogues ; mais les stries saillantes ont un brillant qui ne se retrouve pas dans l'Ipéca strié noir dont la surface est uniformément terne. En outre cette racine est notablement plus dure et ne se laisse pas facilement couper à sec sans donner d'esquilles .

ce La surface de coupe montre une différence importante : au lieu d'une écorce noire et d'un bois blanc, elle offre une écorce de teinte bistre clair dont la région interne forme un liseré brun foncé autour d'un bois jaunâtre. — Sur un diamètre total de 6 millimètres celui du cylindre ligneux

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en mesure 2. L'écorce est donc proportionnellement moins épaisse que dans l'Ipéca strié noir.

a L'examen microscopique m'a montré des différences beaucoup plus considérables encore. La coupe transversale d'une de ces racines offre de dehors en dedans :

« i° Un suber, imparfait, en ce que ses éléments au lieu d'être vides sont remplis d'une matière résineuse (?) brune. Si la coupe n'est pas extrêmement fine et si on ne l'observe pas dans un milieu très réfringent, comme l'essence de Girofles ou I ; rr me du Canada, ce suber se présente comme une couche épaisse, sombre, tout à fait compacte dont on ne peut distinguer la structure cellulaire. Cependant il est possible d'arriver à ce résultat même sur des coupes relativement épaisses en décolorant le contenu des cellules, au moyen de l'eau chlorée.

« Ce suber a une structure normale. Les eellules qui la composent forment des alignements radiaux et des assises concentriques ; elles sont aplaties dans le sens radial, et leurs parois tangentielles sont un peu convexes vers l'extérieur. La membrane cellulaire est mince et incolore. Les deux ou trois rangées les plus internes qui sont les plus jeunes n'ont pas encore de contenu résineux :

« 2° Un parenchyme cortical formé de cellules irrégulièrement polygonales, un peu allongées tangentiellement à parois très minces sans apparence de méats. Ces cellules contiennent de Yinuline particulièrement abondante dans les couches internes. — Au milieu de ce parenchyme fondamental on distingue : a) des cellules cristalligènes beaucoup plus petites, tantôt isolées, tantôt géminées ou ternées, contenant chacune une mâcle radiée d'oxalate de chaux; b) des laticifères formés par des files cellulaires

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coupés tantôt transversalement, tantôt obliquement ou longitudinalement ; ces files de cellules sécrétrices sont en effet assez souvent disposées en direction rayonnante, sauf vers la périphérie, ou elles serpentent parfois encore dans le plan transversal, mais alors en direction tangentielle au-dessous du suber.

« Elles se distinguent aisément par leur contenu résineux (?) brun-rougeâtre, ou, si elles sont vides, à la coloration de leurs parois qui paraissent avoir été teintes par leur contenu. Leur forme n'a rien de constant ; elles sont arrondies, polygonales ou rectangulaires, mais toujours courtes et sans communication entre elles.

« 3° Un liber formant un anneau continu, mal délimité vers l'extérieur, où il semble se continuer insensiblement avec le parenchyme cortical ; il est constitué par les mêmes éléments que ce dernier; mais ces éléments sont plus petits. — Les cellules parenchymateuses à inuline sont proportionnellement moins nombreuses; les cellules à mâcle$ sont au contraire plus abondantes ; les cellules laticifères semblent prédominantes. Elles sont ici très régulièrement disposées en files radiales alternant avec les bandes de parenchymes et ont à peu près constamment la forme hexagonale. — Quant aux tubes criblés, ils paraissent rares; le bleu d'aniline ne m'en a révélé qu'un petit nombre dans la région interne. — Aucune trace de zone génératrice.

« 4° Un bois compact entièrement scléreux, analogue à celui des divers Ipéca, formés surtout de fibres épaisses au nombre desquelles on distingue de gros vaisseaux irrégulièrement disséminés, à parois également assez épaisses et des rayons médullaires usureries, reconnais-

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sables seulement à l'allongement radial de leurs éléments ; çà et là des fibres ou des cellules de rayons médullaires contiennent une substance résineuse brune paraissant analogues à celle qui se trouve dans les cellules scléreuses et dans les laticifères.

« Les coupes longitudinales ne présentent pas grand chose de plus : elles font voir seulement : 1° les cellules corticales isodiamétriques (en coupe radiale) ; 2° les cel - Iules cristailigènes en courtes files longitudinales; 3° les files de cellules latrafères longitudinales dans le liber, obliques ou radiales dans l'écorce ; 4° les rayons médullaires formés de cellules rectangulaires à grand axe longitudinal; 5° les ponctuations simples sur les files ligneuses et en fente aréolée sur les vaisseaux.

« A quelle plante appartient la racine que je viens de décrire ? Je l'ignore absolument et ne me hasarderai pas à formuler à ce sujet la moindre hypothèse. Si la présence d'amidon et la présence d'inuline permet un rapprochement avec les condium, le système sécréteur nous en éloigne autant que des Ipécas vrais. Les laticifères et les mâcles nous offrent, pour cette racine des caractères parfaitement tranchés qui permettent sans doute de l'identifier par la suite.

« Ce n'est certainement pas un Ipéca strié, mais, ainsi que je l'ai dit au début, cette racine ressemble beaucoup au premier abord à l'Ipéca strié noir et pourrait être confondue avec lui. Je l'ai trouvée mélangée à l'Ipéca annelé mineur, peut-être ne serait il pas impossible de la retrouver dans les mêmes conditions? elle présenterait alors l'intérêt qui s'attache à toute falsification éventuelle de nos drogues. En tout cas ce mélange accidentel permet de

supposer que cette racine inconnue est comme l'Ipéca officinal, originaire du Brésil. »

Nous pouvons ajouter à toutes ces falsifications les Jonidium et bon nombre des substances que nous allons étudier dans la seconde partie de ce travail.

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