BOTANIQUE
tordue sur elle-même, couronnée par les dents du calice, d'abord pourpre, puis noirâtre violacé. Long de 7 millimètres et large de 4, il est divisé intérieurement en deux loges, qui renferment chacune une nucule monosperme, blanchâtre, convexe extérieurement, concave sur la face opposée. Les deux nucules se séparent à la maturité. Graine anatrope, composée d'un épisperme très mince et d'un endosperme corné, renfermant à son centre un embryon droit.
Le Psychotria ipecacuanha habite les parties boisées et les forêts humides du Brésil, entre le 8* et le 22 e degré de latitude sud, dans les provinces de Para, de Fernambouc, de Bahia, de Minas-Geraes, de Rio-Janeiro, de Mariana, de Saint-Paul, et surtout de Matto-Grosso. Sa découverte dans la province de Matto-Grosso date de l'année 1824, mais son exploitation n'y commença que vers 1832. Presque toutes les forêts où se trouve l'Ipéca dans cette région sont situées dans le bassin de Rio-Para- #uay ou de ses affluents, au-dessus du petit village de Villa-Maria. C'est de là que venait, il y a quelques années, presque tout l'Ipéca du commerce.
L'Ipécacuanha est ramassé dans le temps de sa floraison, c'est-à-dire, en novembre, décembre et janvier; les baies sont mures en mai. Les gens qui en récoltent les racines sont appelés poayeros. Cette récolte est difficile, parce que la plante aime les terrains marécageux ou très humides où elle se trouve, par touffes lâches et arrondies, au pied des arbres. Ces bouquets d'Ipéca sont nommés Redoleros. La plante vient aussi abondamment dans le sable humide et imprégné de détritus végétaux qui avoisine des petits marais plantés de Mauritia, d'Iriartea
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et de Fougères arborescentes. Les poayeros qui la recherchent ne peuvent chacun, dans les cas favorables, ramasser plus de 10 à 12 livres de racines par jour. Ils forment une espèce de compagnie qui, le soir, se rassemble pour vérifier, peser et mélanger les racines recueillies. Pour la recueillir, ils saisissent d'une main les tiges aériennes de la plante, enfoncent en dessous d'elle un bâton pointu, et par un mouvement de bascule soulèvent la motte dont ils enlèvent la terre. On sèche les racines aussi vite que possible au soleil i ; on les casse ensuite en morceaux, on les tamise pour enlever le sable qui pourrait s'y trouver encore et on les emballe pour le transport. La dessiccation fait perdre aux racines sensiblement la moitié de leur poids. L'Ipéca arrive en France par la voie de Bordeaux, dans des surons de peau de 30 à 50 kilogrammes. Les poayeros ont soin de laisser dans le sol quelques fragments de racines, qui servent à la reproduction de la plante. Chacun de ces fragments émet en effet au bout d'un certain temps un bourgeon qui devient une nouvelle plante.
La vogue considérable dont jouissait l'Ipéca au siècle dernier, le peu de soin que l'on mettait à sa récolte, avait fait diminuer considérablement sa production 2 et inspirait
« D'après le P. Labat, les racines doivent être séchées à l'ombre et non au soleil, afin de mieux conserver leur àcrelé et leur amertume. D'ailleurs Marcgrave ne dit-il pas : Radlx effossa, in umbrâ % non sole seccari débet*
* II ne serait peut-être pas sans intérêt de connaître les principales varia, lions de prix qu'a subies cette substance. En 1764, on la vendait en France (V. Pierre Oarnier) trente solsTonce c'est à-dire 47 francs le kilog. Vers 1790 elle valait à Rio 3>0 reis la livre (4 franc* le kilog); puis bientôt 1000 rei (12fr. 50 le kilg.), et en 1800, on la venda.t au même pays 1240 reis la livre, soit 15 fr. 50 le kilog. Actuellement le prix du kilog. en gros varie en France e utre 20 et 24 francs. — En 1795, on exporta de Rio 4 e Janeiro 432 arrobes et demie de cette racine (63S0 kilogrammes); en i 797, on n'en n'exporta que 314, soit 4530 kilogrammes.
de sérieuses inquiétudes pour l'avenir. Alibert , dans sa Matière médicale, Mérat, Virey, Barbier, signaient ce danger. D'après Mérat, il y a deux causes de la pénurie dé l'Ipéca : tout d'abord l'habitude où l'on est de le cueillir hors de saison, et enfin le manque de culture. Les poageros ne fixent pas, paraît-il, pour la récolte un certain temps de Tannée, ils vont chercher la plante peu auparavant ou au moment de sa floraison. Lorsqu'ils la rencontrent, ils arrachent tous les pieds, vieux et jeunes ; cette manière de procéder non seulement détruit les individus, mais encore empêche la fructification. Tous les auteurs qui se sont occupés de cette question sont d'avis qu'il faut procéder à sa récolte pendant le mois de mai, époque où les graines sont mûres et sont propres à reproduire le végétal. En unifiant ainsi le temps de la récolte, on aura d'ailleurs des racines de valeur plus constante et la richesse en principe actif .sera, à peu de chose près, toujours la même. En second lieu, il faudrait faire des plantations d'Ipécacuanha, exploitées régulièrement.
Nous ne savons pas si actuellement la chose se fait ainsi au Brésil, mais nous verrons tout à l'heure que de nombreux essais ont été faits dans l'Inde pour la culture de l'Ipéca, essais qui, il faut le dire, sont actuellement couronnés de succès.
Examen macroscopique. — La racine de cette plante est connue sous le nom d'Ipécacuanha annelé mineur. Cette sorte se présente sous forme de racines allongées, grosses comme une plume d'oie, irrégulièrement contournées, simples ou rameuses, pourvues d'anneaux saillants, inégaux et rapprochés, que séparent
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des étranglements plus étroits. Guibourt en a distingué deux variétés :
L'Ipécacuanha gris noirâtre (lpéc. brun de Lémery ; lpéc. gris ou annelé de Mèrât, Ipec. annulata fusca de Richard). — Cette sorte doit son nom à la couleur de son épiderme. On la trouve, dans le commerce, en morceaux de 8 à 12 centimètres, contournés en différents sens et s'amincissant à une extrémité. La partie corticale est très épaisse, compacte et cornée, d'un gris noirâtre au dehors, grise et demi- transparente à l'intérieur. Cette écorce est peu adhérente au méditullium ; celui-ci est blanc jaunâtre. La saveur en est acre et aromatique ; son odeur est forte, irritante et nauséeuse. C'est la variété la plus estimée.
L'Ipécacuanha anis rougeatre (Ipécacuanha g?ns rouge de Lémery et de Mérat. — Ipec. annulata rubiginosa de Richard) diffère du précédent, par son écorce moins foncée et rougeâtre, son odeur moins forte, sa saveur non aromatique. Mérat le dit plus amer, mais ce caractère est loin d'être absolu. Sa cassure est un peu plus transparente. Parfois, cependant, sa section est opaque, mate et farineuse, mais cette constitution ne fournit pas de caractères distinctifs. On peut l'observer, en effet, sur la môme racine dont la section est cornée d'un côté, farineuse de l'autre, ou farineuse à une extrémité et cornée à l'autre extrémité. Cette variété paraît jouir de propriétés moins vomitives que la précédente.
Il n'est pas toujours facile de distinguer nettement les variétés commerciales d'Ipéca et de les rapporter à l'une ou à l'autre de ces deux sortes. D'ailleurs, les dénomi nations ci- dessus ne sont plus acceptées aujourd'hui dans
la droguerie, où Ton appelle la sorte qui nous occupe Ipéca de Rio, par opposition à Y Ipéca de Carthagène^ dont nous parlerons dans un autre chapitre.
Les Ipécas du commerce se présentent sous des aspects très différents. Nous avons pu en examiner un assez grand nombre de formes, dont nous allons rapidement décrire les principales.
1* sorte : Composée par des fragments de diverses longueurs, variant de 2 à 6 centimètres et d'un diamètre moyen de 5 millimètres. Sa couleur est grise. Les anneaux sont irréguliers et souvent peu marqués ; dans tous les cas on y retrouve la présence d'un grand nombre de stries longitudinales, certainement dues à la dessiccation. Ces fragments sont contournés en tous sens. La section montre une écorce brune, comme cornée, d'une assez grande dureté, mais devenant parfois farineuse. Saveur d'abord douceâtre, devenant bientôt franchement amère. Cette sorte est mêlée d'un nombre assez considérable de débris de tiges et de substances étrangères.
2 e sorte : C'est le type connu dans le commerce, sous le nom $ Ipéca gris de Rio. Elle est constituée par des fragments beaucoup plus longs que dans la précédente sorte. Leur longueur est de 6 à 12 centimètres ; leur diamètre varie entre 2 et 3 millimètres. Les anneaux sont bien marqués et très resserrés. La couleur est exté rieurement d'un brun noir. La section montre une écorce blanc jaunâtre, parfois brunâtre et farineuse. C'est la sorte la plus répandue dans le commerce. On y trouve une quantité assez considérable de bases de tiges. Odeur nauséeuse, saveur très acre.
3 e sorte : Cette variété, que Ton trouve parfois mêlée à