RÉCIDIVES
Les kystes d'origine dentaire ont une marche lente et essentiellement chronique ; dans toutes les observations publiées, les malades portaient leur tumeur depuis une époque variant de dix mois à plusieurs années. Cependant le développement ne se fait pas d une façon uniformément régulière, et procède plutôt par poussées plus ou moins espacées. Abandonnés à eux-mêmes, les kystes peuvent ne pas augmenter de volume ; mais ils n’ont aucune tendance à régresser spontanément et à disparaître ; on n’a pas, à notre connaissance, signalé de guérison spontanée. A la suite d’un traumatisme, accidentel ou opératoire, il peut arriver que le contenu s'évacue, évacuation suivie de rétablissement d’une fistule intarissable, avec un’suintement continu de liquide séro-purulent. Dans les kystes [multiloculaires, il n’est pas rare de trouver plusieurs fistules.
L’une des complications les plus fréquentes est l’infection de la poche kystique, qui se propage par une dent cariée ; il y a alors de la douleur, souvent puisa-
tile ; la gencive, de plus en plus violacée, s’empâte, et l’œdème gagne de proche en proche ; on peut à ce moment croire assister à l’évolution d’un abcès dentaire. Dans ces conditions, le kyste abandonné à lui-même a tendance à évacuer son contenu au niveau du bord alvéolaire, et dorénavant fistulisé, il sécrète continuellement un liquide franchement purulent. Exceptionnellement la poche finit par s’éliminer, et la guérison est possible.
Dans le cas de kyste suppuré du maxillaire supérieur à développement interne, le contenu peut s’épancher dans le sinus, provoquant un empyème aigu, suivi secondairement de toutes ses complications (nécrose des parois, propagation aux autres cavités de la face, au sinus frontal, aux cellules ethmoïdales). Il se produit alors par le nez un écoulement purulent, ordinairement très fétide ; en même temps, l’envahissement du sinus se traduit par des douleurs pulsatiles très violentes, s’accompagnant de phénomènes généraux. Il est important de faire rapidement le diagnostic de cette complication, car une prompte intervention peut éviter ces accidents, rares il est vrai, mais pouvant être d’un pronostic fatal.
Les kystes des mâchoires sont susceptibles de récidives : l’épithélium qui tapisse la cavité kystique envoie des bourgeons dans le stroma conjonctif, et la paroi présente des débris paradentaires hypertrophiés, pouvant être le point de départ de nouvelles loges kystiques. Les observations de Guibout (1), et d’Herbert (2),
(1) Guibout, Union médicale , 1847.
(2) Herbert, BulL de la Soc , de chirurgie , 1878.
DREYFUS
montrent la transformation consécutive aune intervention d’un kyste dentifère en kyste multiloculaire. Les kystes uniloculaires peuvent récidiver, ou sous leur première forme — • nous avons pu observer récemment un cas de récidive rapide — ou sous forme de kyste multiloculaire, et d’épithélioma solide (1). Les kystes multiloculaires se reproduisent toujours sous une forme semblable à celle de la tumeur primitive, ou en affectant une allure épithéliale ou sarcomateuse. Ces récidives, souvent séparées par des intervalles de plusieurs années (6 ans, 12 ans) prennent, surtout quand elles sont multiples, un caractère de malignité que n’a pas la tumeur primitive. A la suite de plusieurs récidives, la généralisation est à craindre, mais celle-ci n’a jamais été observée, à notre connaissance, que dans un cas publié par Heath (2).
Les kystes d’origine dentaire ne sont pas par euxmêmes particulièrement graves. Ils constituent une affection gênante par le volume qu’ils peuvent atteindre, et par les délabrements post-opératoires, qui ne sont suivis que d’une lente réparation. Les diverses complications que nous avons passées en revue, lorsqu’elles se produisent, assombrissent le pronostic ; mais elles sont assez rares pour permettre de considérer les kystes des mâchoires comme des tumeurs bénignes.
(1) Albarran, Rev. de chirurgie , 1888, p. 750.
(2) Heath, Lecture on certain dis. of the jaws, British. med . /. 1887, p. 1332.