DIAGNOSTIC
On a dit que les kystes appendiculaires ne sont pas diagnosticables ; ainsi exprimée, cette opinion nous semble empreinte d’exagération. Certes nombreux sont les cas, où en même temps qu’une dent, on enlève un petit kyste radiculaire n’ayant donné lieu à aucun symptôme ; mais bien souvent, on peut arriver à un diagnostic à peu près sûr, lorsque l’évolution de la petite tumeur est accompagnée de phénomènes douloureux. Comme la douleur, nettement dentaire, est en rapport avec le siège d’une carie avancée, on commence ordinairement par poser le diagnostic, plus probable, d’arthrite alvéolo-dentaire. Lorsque celle-ci existe, la sensibilité à la chaleur est très vive, la dent malade semble allongée et mobile dans l’alvéole ; mais ce 11e sont là que des phénomènes subjectifs ; dans le cas de kyste appendiculaire, au contraire, la mobilité de la dent est presque toujours constatable ; en outre, le canal radiculaire présente une humidité persistante, et le traitement antiseptique est sans efficacité contre les pliéno-
mènes douloureux ; par conséquent, dans bien des circonstances, il se produira un ensemble de symptômes, suffisant pour arriver au diagnostic.
Lorsque le kyste atteint le volume d’une noisette, et qu'il détermine une déformation, il devient nécessaire de le différencier des autres tumeurs des mâchoires, et d’être fixé sur la variété à laquelle il appartient. En présence d’une tumeur bosselée, de consistance inégale, le diagnostic de kyste multiloculaire s’impose : on ne pourrait faire la confusion qu’avec le cystosarcome, qui ne s’en distingue que par sa marche plus rapide.
De même pour un kyste uniloculaire, la difficulté n’est pas grande, lorsque la tumeur est indolente, peu mobile sur le plan sous-jacent, peu adhérente aux tissus superficiels, et qu’elle ne détermine ni retentissement ganglionnaire, ni réaction générale.
Mais les difficultés commencent, quand l’un des symptômes capitaux fait défaut, ou quand il se surajoute quelque phénomène insolite. La consistance du kyste, encore contenu dans les parois osseuses du maxillaire, peut le faire prendre pour une tumeur solide, pour une exostose ; il faudra puiser dans les antécédents du malade les éléments du diagnostic, et rechercher l’existence d’un traumatisme antérieur, ou de la sy philis . Les chondromes et les fibromes se voient plutôt chez de jeunes sujets ; les deuxièmes ont en général une consistance élastique, égale partout. L’odontome est caractérisé par une dureté remarquable ; il ne se montre plus après l’achèvement de l’évolution dentaire*
Les tumeurs malignes sont moins susceptibles d’être confondues avec les kystes ; les sarcomes et les carcinomes ont tendance à faire saillie sur les deux faces du maxillaire (Boeckel) et à déterminer alors un renflement fusiforme ; en outre, l’engorgement ganglionnaire est précoce, et le développement du néoplasme, rapide, s’accompagne de violentes douleurs, et d’une sensibilité cutanée particulière.
Au cas d’accidents inflammatoires, il faudra distinguer le kyste d’un simple abcès dentaire ; celui-ci évolue en quelques jours; il est caractérisé par une suppuration plus superficielle, une fluctuation nette, un œdème marqué des parties environnantes, une douleur facilement réveillée par la pression de la gencive.
Les kystes à développement intrasinusien sont d’un diagnostic difficile ; quelquefois, en dehors des douleurs fluxionnaires du début, aucun signe n’attire l’attention. La confusion avec certaines affections du sinus est possible, et le diagnostic de celles-ci ne devient probable que si, en même temps que l’on constate la dilatation de l’antre, on ne trouve, du côté de l’appareil dentaire, aucune raison de soupçonner un kyste. Souvent une ponction exploratrice, exécutée par la voie nasale ou buccale, lèvera tous les doutes, en renseignant sur la présence et la nature du liquide.
Lorsque la tumeur est ouverte, volontairement ou accidentellement, l’exploration, à l’aide d’un stylet recourbé, fera reconnaître une paroi osseuse ou une cloison membraneuse, ou permettra de pénétrer dans le sinus ; dans ce dernier cas, il se sera produit antérieu-
rement un écoulement nasal, et les liquides injectés par la voie buccale ressortiront par le nez, à. moins de cloisonnement du sinus.
Quand le diagnostic de kyste uniloculaire a pu être posé, existe-t-il entre les variétés radiculo-dentaire et congénitale un ensemble de différences suffisant pour les distinguer ? Un point capital est l’âge du malade : les kystes congénitaux sont rares après 30 ans ; la coïncidence de troubles d’évolution dentaire constitue une présomption en leur faveur (érosion, anomalies de nombre, de siège, de direction), surtout quand ils s’observent en dehors de tout état pathologique des dents voisines de la tumeur. Les kystes radiculo-dentaires, au contraire, sont toujours en rapport avec une dent cariée, et peuvent s’observer à tous les âges. Le contenu, appréciable après ponction, est ordinairement séro-purulent dans les derniers, clair dans les premiers. Tels sont les caractères qui permettront, dans bien des cas, de distinguer les kystes congénitaux des kystes radiculo-dentaires.