‹ Etude des Représentations Pathologiques dans l'Art EgyptienChapitre 25 sur 44 · VAR · texte numérisé non relu

VAR

nourricière. Pour nous il ne s’agit rien moins que d’une déformation pathologique relevant d’une hydropisie.

L’argument archéologique sur lequel repose l’interprétation jusqu'ici admise est parfaitement discutable. Le symbôle de la maternité appartient à la déesse Mout épouse d’Amon; son nom qui signifie la mère montre assez qu’elle était considérée comme la créatrice et la mère de toutes choses; si le culte de Toueris a été associé à celui de Mout et l’a complété en quelque sorte, c’est à une époque extrèmement tardive ou les questions de dogmes et l'attribution exacte des divinités commençaient à subir des transformations souvent considérables dans l’esprit des prêtres eux-mêmes. Or les textes qui la présentent comme « la bonne nourice » et « celle qui préside au chambres ou viennent au jour les jeunes divinités » sont de basse époque. Une inscription d’époque ptolemaïque (Brugsch, Monuments, pl. LIX, 2), la dénomme : «la Grande qui a enfanté les dieux, compagne du Grand qui réside à Thébès (Amon), la grand” mère de celui qui est le mari de sa mère », il semble qu'il y ait déjà là confusion avec Mout à laquelle ces titres conviendraient beaucoup mieux.

Mais sur le plan archéologique où nous nous excusons de nous attarder encore, un argument semble en notre faveur. Toueris semble faire partie d’une

véritable trinité de dieux protecteurs et comme Bès

TR

et les Patèques avoir joui d’un culte éminemment populaire. Ce caractère protecteur nous est certifié par le signe Sa, la natte de papyrus enroulé, attribut qu'elle tient souvent devant elle et qui dans l’écriture hiéroglyphique exprime l’idée de protection 1.

Or il semble que l’aspect nettement pathologique de ces deux congénères ne soit pas le fait du hasard mais soit bien le résultat d’une recherche systématique pour conférer à ces divinités l’aspect à la fois comique et effrayant qui devait écarter les ennemis ou les dangers. Il semble naturel d’invoquer pour Toueris le procédé de composition qui fut à l’origine de ses deux acolytes.

Si nous nous transportons maintenant sur le plan médical le diagnostic d’hydropisie nous semble plus satisfaisant que celui de grossesse.

L’abdomen de Toueris ne ressemble nullement à celui d’un être en gestation. Loin de saillir en avant il tombe lourdement en besace en s’étalant sur les flancs, et cette distension est surtout marquée à la partie inférieure de l’abdomen où elle s’arrondit comme sous la poussée d’une masse liquidienne obéissant à la déclivité. Ce n’est point là le ventre de grossesse

pointant en avant.

1. Ce signe très stylisé représente la natte avec laquelle les gardiens de bœufs se garantissaient contre les coups de leurs bêtes ; de là il servit tout naturellement à exprimer les idées de protection et d’amu-

lette.

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