‹ Étude Des Septicémies Et De La Bacillémie Tuberculeuse Dans Le Premier Âge: Par La Ponction Du Sinus Longitudinal SupérieurChapitre 8 sur 30 · CARACTÈRES CLINIQUES ET BACTÉRIOLOGIQUES DES SEPTICÉMIES DU NOURRISSON · texte numérisé non relu

CARACTÈRES CLINIQUES ET BACTÉRIOLOGIQUES DES SEPTICÉMIES DU NOURRISSON

Conduit, par les signes tirés de l'examen clinique, vers l'hypothèse de la septicémie, on s’est efforcé d’en démontrer bactériologiquement l'existence et nombre de constatations ont été faites qui tendent à en prouver, comme on le pressentait, la particulière fréquence.

Mais la pratique de l’hémoculture rencontre chez le nourrisson des difficultés qui s'opposent à une étude systématique. Ce n’est qu’exceptionnellement que l’on peut chez lui pratiquer la ponction d’une veine superficielle, au pli du coude par exemple. Quant aux veines jugulaires externes et épicraniennes, s’il est relativement facile d’y pratiquer une injection, la prise de sang y est malaisée, les parois veineuses s’accolant par l’aspiration et la quantité de sang recueilli étant le plus souvent minime.

J’est pourquoi l’hémoculture a été souvent pratiquée par ensemencement du sang prélevé par piqûre de la pulpe du

gros orteil, après une désinfection « chirurgicale ».

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Point n’est besoin d’insister sur ce que, bactériologiquement, cette pratique a de défectueux.

Toutes ces difficultés ont conduit la plupart des auteurs à renoncer à 1 hémoculture faite pendant la vie et à la remplacer par un ensemencement de sang prélevé dès après la mort par ponction du cœur.

Nous verrons que dans l'ensemble ces recherches expérimentales pratiquées dans les conditions que nous venons d'indiquer semblent justifier pleinement l'hypothèse de la

septicémie.

.Septicémies dans les affections cutanées

L’attention des médecins d’enfants a, de tout temps, été sollicitée pur la constatation au cours des dermatoses, particulièrement de l Eezéma et de l’Impétigo, d'accidents hyperpyrétiques, d’immédiate gravité, très souvent mortels.

Ces accidents se présentent presque toujours d’une fagon identique et nous rappellerons ici la description qu'en donnent MM. Hutinel et Rivet.

«Il s’agit ordinairement d’enfants de moins d’un an, d’aspect presque toujours florissant, depuis longtemps porteurs de ces placards eczémateux qu’on rencontre si fréauemment chez les nourrissons suralimentés. Cet eczéma suintant a envahi la face et ie pourtour des oreilles, et on rencontre parfois d’autre placards disséminés sur le reste du corps. Sur la face, il est partiellement recouvert de

croûtes, et le cuir chevelu est le siège dun impétigo con-

fluent auquel les parents n’ont jamais eu l’idée de toucher.

Ces enfants, ehangés de milieu et d'alimentation, sont placés dans une salle d’hôpital plus où moins encombrée. Le médecin où la surveillante, instruits par l'expérience, s'efforcent de réaliser pour eux un isolement plus où moins complet ; on ne touche à leur eczéma qu'avec les plus grandes précautions, se contentant, tout au plus, de le recouvrir de compresses aseptiques où d’un masque de taffetas. Et cependant, dans la nuit suivante, la température monte brusquement à 40°, 41°, 42°, en même temps que l’enfant pâlit et que son eczéma semble disparaître.

La respiration est précipitée, irrégulière et saccadée ; le pouls s’affole, devient extrêmement fréquent et irrégulier : des convulsions apparaissent, et la mort survient après quelques heures d’une hyperthermie énorme, car les bains frais ne peuvent procurer que des rémissions passagères, atteignant à peine quelques dixièmes de degré. »

Les auteurs insistent sur la date d'apparition de ces accidents qui, dans la plupart des cas, surviennent peu de temps après l'entrée de l’enfant à Phôpital et sur l'alternance possible entre les accidents généraux et les manifestations cutanées, en sorte que l’on à pu voir parfois ces accidents s’amender et la température revenir à la normale dans le moment que l’éruption reparaissait sous l'influence de causes provocatrices locales (révulsion cutanée active).

C'est par la constatation de tels faits que repose cette idée ancienne: ces eczémas impétiginisés constituent un émouctoire et demandent à être respectés.

Les obse:vateurs qui, les premiers, étudièrent ces faits

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ont fait appel, pour les expliquer, à la théorie de la métas-

tase.

Plus tard, on reconnut à ces accidents soit une cause toxique, soit une cause inflammatoire.

Une cause toxique : il existe constamment dans l’eczéma, disent les partisans de cette théorie, des troubles de la fonction hépato-rénale qui sont compensés au niveau de la lésion cutanée, celle-ci constituant un émonctoire.

Que cet émoncetoire vienne à faire défaut, et les produits toxiques non éliminés s'accumulent dans l'organisme et

y déterminent des accidents.

On a dès longtemps aussi soutenu la nature inflammatoire de ces manifestations. « Le pus secrété, disent Rilliet et Barthez, et qui se concrète pour former la face profonde des croûtes, est porté en nature dans les méninges, à moins que les veinules qui font communiquer l’extérieur et l’intérieur du crâne n'aient propagé l’inflammation à la piemère. »

s'agit là, dit Baginsky, d’une mort subite par infection septique aiguë.

M. Hutinel à soutenu l'origine infectieuse de ces aceidents.

C'est, dit-il, une septicémie dont l’agent a profité d’une lésion cutanée pour pénétrer dans l'organisme.

Les thèses de Maille (mort rapide dans l'eczéma), de M° Bienaimé-Dewojno (mort subite dans l’impétigo), d'Hu. delot (accidents généraux de l’eczéma chez le nourrisson), de Barthélemy (de l'influence de milieu hospitalier dans

l'évolution des maladies) précisent les conditions cliniques :

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types de dermatoses, influence de milieu de crèches où sur-

viennent ces accidents.

MM. Hutinel et Rivet, en 1909, dans un mémoire original, démontrent la nature de ces accidents (septicémies graves au cours des affections cutanées des jeunes enfunts) et, par ponetion du cœur dans les heures qui suivent la mort, décèlent la présence quasi-constante dans le sang de germes

(streptocoques ou staphylocoques).

Septicémie dans les affections

gastro-intestinales

Nombre de travaux ont été faits qui démontrent la présence ou du moins le passage des germes dans le sang au cours de certaines gastro-entérites, et l'on peut en se basant sur la date d'apparition de ce phénomène distinguer les

diarrhées secondaires etles diarrhées primitives.

Dès 1900, M. Marfan montrait « qu’il faut, dans un certain nombre de cas de diarrhées, faire intervenir l’élimination de microbes ou de poisons par la muqueuse intestinale ou par la bile, C'est à ce mécanisme qu’il faut souvent rapporter les diarrhées que l’on observe dans l’évolution des rougeoles,des pneumococcies, des grippes de la première enfance et qui sont cliniquement, des diarrhées secondaires.

Et l’on sait quelle ampleur à pris cette théorie des didrrhées par élimination avec les travaux de Triboulet, de Ribadeau-Dumas, d'Harvier, de Ch. Richet fils, de Saint-Girons.

MM. Hutinel et Nobécourt admettent que dans les co-

TURQUETY. 2:

lites de l'enfance l’apport des germes se fait souvent par voie sanguine.

Le passage des microbes dans le sang, s’il est à l’origine même des diarrhées secondaires, peut s’observer également au cours des diarrhées primitives.

« Le Bacterjum Coli, dit M. Comby, et les espèces voisines peuvent envahir l’organisme pendant la vie quand la paroi intestinale est lésée et quand les défenses de l’organisme sont en défaut. En d’autres termes, il existerait des infections générales d’origine intestinale déterminant soit une septicémie sans lésions appréciables, soit des lésions localisées dans des organes autres que le tube digestif. »

Cette septicémie expliauerait l’allure suraiguë des accidents, les complications à distance, le pronostic presque fatal de certaines gastro-entérites de la première enfance.

— Le Bucteriwm Coli Commune a bien souvent été incriminé : Marfan l’a isolé plusieurs fois dans le sang du cœur après la mort. Lesage, Marfan, Nanu et Marot l’ont également décelé par ponetion des poumons dans la vie,

— CUzerny et Moser trouvent le B. Coli dans le sang de la pulpe de l’orteil 4 fois sur 15 cas de gastro-entérite.

— Le Streptocoque x été isolé du sang (Marfan et Marot 1893, Czerny et Moser 1894, Escherich, Boecke).

— Egalement le pyocyanique par Czerny et Moser.

Plus récemment, Ribadeau-Dumas et P.-J. Ménard, étudiant le sang dans les diarrhées prolongées du premier âge, ont isolé un bacille analogue, disent ces auteurs, au typhimorphe de Herman ét Würtz (sang prélevé au pli du coude). :

Une condition toutefois semblait indispensable au pas-

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sage des germes intestinaux à travers la muqueuse : c’est l'existence de graves lésions de l’épithélium.

Chauveau, puis Dobroklowski ont depuis longtemps mon. tré avec quelle facilité le bacille de Koch peut traverser, sans y produire de lésion apparente un épithéium intestinal sain.

Pareillement, Desoubry et Porcher, au laboratoire de No card à Alfort, ont établi que, pendant la digestion des matières grasses, de nombreuses bactéries de toute espèce franchissent la muqueuse intestinale et se retrouvent durant plusieurs heures dans le chyle et dans le sang.

Cette constatation a imposé comme une règle, dans tous les instituts sérothérapiques, de ne jamais saigner les chevaux autrement qu’à jeun si l’on veut obtenir des sérums stériles.

Le passage des germes à travers la muqueuse intestinale saine s’observe avec d'autant plus de constance que l’on ex périmente avec des animaux plus jeunes, la paroi intestinale étant, chez eux, plus perméable que chez des sujets adultes aux bacilles, aux toxines, aux albuminoïdes. (Chaussé, d’Alfort).

Mais.chez animal à la mamelle,un facteur intervient dont nous voulons dès ici signaler l'importance : l’activité remar. quable à cet âgo des ganglions lymphatiques qui jouent vis-à-vis de la Jlymphe le rôle dun filtre presque parfait (Weigert), alors que chez les animaux plus âgés, dont les ganglions lymphatiques ont une texture plus lâche et sont beaucoup plus perméables, les bacilles sont charriés avec la lymphe, et, par le canal thoracique, gagnent les cavités droites du cœur.

Cette activité lymphatique, dont M. Calmette a bien voulu nous préciser l'importance dans les recherches que nous avons entreprises, nous sera d’un précieux Secours

dans l'interprétation des résultats que nous avons obte-

nus.

La Septicémie dans les affections

broncho-pulmonaires

Les travaux du P' Widal et de ses élèves ont montré la

présence très fréquente du pneumocoque dans le sang au cours de la pneumonie, et ces recherches ont permis à MM. Lemierre, Abrami et Joltrain de soutenir la théorie hématogène de cette affection.

* La broncho-pneumonie consécutive aux gastro-entérites de la première enfance constitue pour Joltrain un des meilleurs exemples de pneumopathie hématogène : apparition au cours d’une dyspepsie aiguë, dite infectieuse, d’une fièvre atteignant rapidement un taux élevé, aggravation rapide de l’état général, auxquelles succèdent en 24 ou 48 heures des phénomènes pulmonaires.

M. Lesage (in-thèse Joltrain) a constaté des septicémies diverses, dans son service, avec localisations pulmonaires nettement secondaires, où le pneumocoque joue un rôle important : une température se maintenant en plateau à 40° serait, pour cet auteur, l'indice presque certain d’une septicémie à pneumocoques.

A côté de ces formes où la localisation pulmonaire est secondaire, succédant le plus souvent à une infection intes.

tinale, il nous faut signaler les cas, de moindre fréquence,

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