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dans l’économie à l’état normal, il en arrive à supposer à cette affection une nature parasitaire. Il avoue n'avoir pas réussi à obtenir d’inoculations positives ; mais nous verrons au chapitre de l’étiologie que d’autres expérimentateurs ont été plus heureux. De plus il fait observer que jamais l’élément mélanique ne fait défaut dans les foyers secondaires dès le début de leur formation ; ce qui permet de penser que cet élément est inséparable de la lésion, et qu’il peut même en être la cause déterminante. Il s'explique d'autant moins que ces granules soient le produit d’une sécrétion cellulaire, qu’ils semblentencombrer les cellules plutôt que s’y former. « Ils sont précisément surabondants dans ces masses noires enkystées où l’on ne trouve plus de tissu cellulaire. Ils n’ont pas la forme de pigments, de dépôts ou de dégénérescences. Ils ne sauraient provenir des cellules pigmentaires de la peau, non seulement parce qu’ils ne ressemblent pas à leur pigment habituel, mais encore parce qu’ils ne se présentent nulle part en rapportavec des éléments épithéliaux. » M. Bard nous montre en effet que si ces grains mélaniques existent dans un tissu pathologique, c’est toujours dans des néoplasies conjonctives à cellules plus ou moins avancées en développement, mais se rapprochant plutôt de la forme adulte que de la forme embryonnaire ; car « on n’y rencontre pas la petite cellule embryonnaire très jeune du sarcôme véritable. » Or, ce fait est en contradiction avec la malignité évidente de ces tumeurs, puisque les néoplasmes sont d'autant plus malins que les cellules qui les composent sont
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moins avancées en organisation. M. Bard en conclut
que cette malignité appartient en propre aux granulaüons mélaniques ; d'autant plus que cette malignité ne fait jamais défaut, que ces granulations soient observées au milieu de tissus normaux ou dans un tissu pathologique ; et le plus souvent ces deux formes se rencontrent simultanément chez le même individu. Les Observations présentées à la Société de Biologie, le 17 janvier 1874, par M. Nepveu, ne semblent-elles pas venir à l'appui de cette manière de voir ? Cet auteur démontre que dans tous les cas de tumeurs mélaniques généralisées, le sang contient des granules mélaniques à l’état libre, et les globules blancs en sont surchargés. M. Clauzel, dans sa thèse inspirée par M. Nepveu, démontre que ces granules se retrouvent, non seulement dans le sang, mais aussi dans Îles urines, et dans les crachats des individus atteints de mélanose pulmonaire. Récemment, M. Haushalter (1) fait suivre une Observation de sarcôme mélanique généralisé, des réflexions suivantes : « Ne peut-on pas comparer un cas de sarcôme mélanique généralisé, à un cas de tuberculose généralisée ? L'un et l’autre débutent par une néoplasie, d’abord locale, qui se reproduit tôt ou tard dans l’organisme avec des caractères spéciaux ; seulement dans la tuberculose l'agent de la dissémination est un élément infectieux, un microbe défini; ne peut-on pas se demander s’il n’en
(1) Revue Médicale de l'Est. Nancy, 1887.
ést pas de même pour la généralisation du sarcôme mélanique ? » Depuis longtemps déjà le processus inflammatoire provoqué dans les tissus par les granulations mélaniques a été comparé à celui que produisent les bacilles de la tuberculose. Lobstein dit, que comme les substances tuberculeuses et oies la mélanose se présente dans trois états différents : crudité, ramollissement, demi-liquéfaction. M. Bard fait siens que. dans quelques points des sarcomes mélaniques, l'évolution fibreuse est poussée très loin : elle forme des nodules fibreux constitués par des couches concentriques qui rappellent un peu l’aspect du tubercule fibreux. Cependant, M. Bard n’admet pas que ces productions puissent être engendrées par un bacille, se fondant sur les différences qui les séparent des produits élaborés directement par les bacilles connus jusqu'ici. Il termine son étude par la conclusion suivante : « Il est difficile d'autre part d'expliquer la présence des grains mélaniques par laction produc- . trice d'un parasite passant inaperçu, et qui serait par là même un microorganisme très petit, un microbe d'espèce indéterminée. On ne connaît d’ailleurs aucun microbe capable de provoquer des formations analogues. C’est ainsi qu’on arrive indirectement à penser que ces grains mélaniques pourraient être eux-mêmes l'organisme parasitaire pathogène. S'il en était ainsi, tout s’expliquerait aisément et deviendrait clair dans l’histoire anatomo-pathologique de la mélanose. Le volume et les caractères de ces grains mélaniques, s’ils sont bien réellement parasitaires, les éloigneraient
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des microbes proprement dits, pour les rapprocher des organismes sporulaires plus élevés dans la série végétale. Leur volume, en particulier, ainsi que leur histoire pathologique, Le rapprocherait notamment du champignon de l’actinomycose. »
Quoi qu'il en soit de leur nature intime, les tumeurs mélaniques présentent entre elles uné si grande analogie, qu'ellés se prêtent très bien à une étude générale ; d'autant plus, comme le remarque Wirchow, que le sarcome mélanique et la mélanose coexistent la plupart du temps chez le même sujet. Mais, avant d'aborder l'histoire de leur évolution clinique, nous devons dire un mot dés diverses formes sous lesqueies elles se présentent.
Les productions mélaniques des organes internes, et en particulier du mésentère, présentent généralement un volume beaucoup plus considérable que les tumeurs analogues développées dans le tissu cellulaire sous-çutané ou à la peau. Elles se présentent d’abord sous la forme de massès arrondies, marronnées, lobulées, faciles à détacher des organes voisins. Celles qui se sont formées dans les ganglions mésentériques, en s’aecroissant décollent ces deux feuillets du mésentère. Ne pouvant s’accroitre en arrière, bridées qu’elles sont par la colonne vertébrale et les plans musculaires qui ferment de ce-côté la cavité abdominale, elles s'avancent peu à peu entre les deux lames de la séreuse jusqu’à son adhérence à l'intestin grêle. En même temps qu’elles prennent ce développement parfois, considérable, elles changent généralement d'aspect et
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de consistance. Elles sont devenues plus molles, surtout à leur centre ; et quelques-unes, à une époque avancée de leur évolution, deviennent complétement liquides, si bien qu'elles ressemblent à un kyste rempli d'une bouillie noire comme de l'encre. Leur coloration est du reste variable : on en voit de complètement noires ; et d’autres qui présentent des stries de colorations diverses, des îlots à peine colorés et d’autres très foncés, comme si on les avait truffées ; c’est la comparaison qu'emploient la plupart des auteurs. Généralement c’est au centre que l'on observe surtout le pigment noir ; les cellules périphériquss en sont d'autant moins surchargées qu'elles sont plus prés de la surface. Souvent les petits foyers secondaires qui se montrent autour de la tumeur primitive ne se présentent pas sous le même aspect : on n'v observe pas de nodosités, mais une simple infiltration mélanique des tissus, comme notre Observation n° [IT nous en fournit un exemple dans une petite tache siégeant sur l’aorte abdominale.
Ces tumeurs présentent aussi de notables différences de structure, qui sont surtout sensibles suivant que l’on considère celles qui se sont développées au milieu de tissus normaux, ou celles qui occupent un tissu de nouvelle formation: Les mélanomes sont des accumulations de matière mélanique dans les éléments normaux des tissus. Peu à peu les cellules sont envahies par les granulations qui deviennent de plus en plus abondantes, surtout au centre ; à tel point que le tissu est complètement détruit et qu'on n’en trouve plus aucune trace. Il est remplacé tantôt par un bloc dur
analogue à un morceau de charbon, dans lequel on ne peut distinguer aucun détail; c’est ce qui se produit surtout dans les ganglions ; tantôt par un amas de substance molle et noire, tachant le papier et le linge comme de l’encre de Chine.
Mais la plupart des tumeurs mélaniques appartiennent au groupe des fibrômes. Elles sont constituées par des cellules arrondies ou fusiformes, comme dans le sarcôme fasciculé ; et généralement présentent un foyer central pigmenté, ou plus souvent plusieurs foyers en dehors desquels les cellules sont absolument exemptes de dégénérescence et de pigmentation. Quand on examine des cellules de plus en plus rapprochées de ces foyers, on les voit d’abord présenter quelques granulations noires dans le protoplasma autour du noyau, puis dans le noyau lui-même. Ces granulations augmentant toujours, les cellules deviennent globuleuses, puis prennent l'aspect d’une petite masse noire et se détruisent, formant une bouillie noire qui remplit tout le foyer envahi par le pigment.
En résumé, on voit que tout tissu envahi par la mélanose subit sensiblement les mêmes transformations, qu'il s'agisse d'éléments préexistants ou d’éléments de nouvelle formation. Nous avons vu que ces derniers sont issus du tissu conjonctif, et que leur organisation plus ou moins complète ies rapproche plutôt du tissu adulte que du tissu embryonnaire. MM. Cornil et Ranvier n’ont jamais observé de mélanose dans les carcinômes.
ÉTIOLOGIE
La mélanose, d’après MM. Cornil et Trasbot, aurait été observée depuis l’âge de dix ans jusqu’à l’âge de 70 ans, avec une prédominance marquée pour la seconde moitié de la vie. Sa fréquence scrait presque égale dans les deux sexes. Chez l’homme, l'influence de l’hérédité est incertaine; ce qui ne saurait étonner, vu la rareté de cette affection, et conséquemment le petit nombre des cas observés. Chez le cheval, au contraire, qui en est trés fréquemment atteint, l’influence de l'hérédité est incontestée. |
La contagiosité de la mélanose est assez volontiers admise par certains auteurs : Eiselt rapporte que des palefreniers qui soignaient des chevaux atteints de tumeurs mélaniques, ont contracté la même maladie. Klenke cite des faits d’inoculations de chevaux sur des chevaux, de chevaux sur des chiens, qui ontété suivies de reproduction de la mélanose. Goujon, en 1866, vit parfaitement réussir des essais d'inoculation. Enfin, en 1874, M. Clauzel, à qui nous empruntons ces détails, inocula quelques fragments de tumeurs mélaniques dans le tissu cellulaire sous-cutané de lapins et de
cobaves, et vit ces petites parcelles grossir et se déve lopper. |
. Quoi qu'il en soit, l'influence des traumatismes sur Ja production ou la généralisation de ces tumeurs n’est guère discutable, et est admise par la grande majorité des auteurs. Dans presque toutes les observations de tumeurs mélaniques, on trouve que la cause invoquée est un traumatisme, une irritation prolongée d'un nœvus pigmentaire, une excision d’une petite verrue pigmentée. |
+ L'hypothèse de la nature parasitaire de cette affection Jetterait un peu de clarté sur son étiologie obscure. Elle expliquerait notamment, dans le sujet qui nous occupe, l'existence de tumeurs mélaniques développées primitivement dans le mésentére, et aussi la rareté de tumeurs de cette nature dans cet organe. En effet, si elles sont dues au développement d'un germe morbide venu du dehors, il est naturel qu'elles se montrent primitivement dans la grande majorité des cas à la peau ou dans des organes superficiels, et c’est ce qu'on observe, en effet. Maïs il n’est pas impossible que des granulations mélaniques pénétrent par une petite lésion de la muqueuse de l'intestin, soient entrainées par les vaisseaux lymphatiques et se fixent dans les ganglions mésentériques. Chez le cheval, le rectum et le fourreau de la verge sont les organes par lesquels débute le plus souvent la mélanose ; et Wirchow dit que chez l'homme, le rectum est le seul organe interne où l’on ait observé positivement des tumeurs mélaniques primitives. Pourquoi les autres parties de l'intestin ne
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pourraient-elles pas aussi être leur point de départ ? Et quand à l’autopsie, on trouve des masses mélaniques à la fois sur l'intestin et sur les parties voisines, comment discerner le siège exact de la lésion initiale ? Si la mélanose n’est pas une propriété particulière de certaines tumeurs, si elle est produite par un germe venu du dehors, on ne peut pas se baser pour déterminer le point de départ d’une tumeur mélanique, sur la comparaison de sa texture intime avec la texture des tissus préexistants qu’elle a envahis, ainsi qu’on le fait pour les autres néoplasies. On en est réduit à chercher quelle a pu être la porte d'entrée de l'élément morbide, ce qui est presque impossible, quand l'affection à pris un grand développement et qu'elle s’est généralisée. Pour qu’on soit fondé à admettre qu'une tumeur mélanique à eu son siège primitif dans un organe aussi profondément situé que le mésentère, il faut donc que cette tumeur ne présente pas de noyaux disséminés dans des parties plus superficielles, ce qui est extrêmementrare. Aussi notre Observation n°] nous semble présenter un grand intérêt à ce sujet, puisque la tache noire située sur l'intestin, qui, seule, pourrait faire rejeter l'hypothèse d’une ‘lésion primitive du mésentère, n’intéresse que la tunique externe, et par conséquent nous paraît devoir être considérée comme une localisation de propagation.
S YMPTOMATOLOGIE
Etant donné la situation profonde du mésenteére, 1] est bien évident que la nature mélanique d’une tumeur développée primitivement dans cet organe, pourra difficilement être soupconnée, surtout à son début; et que son évolution clinique ne différera pas d’une autre néoplasie à marche très rapide.
Ses symptômes, comme ceux de toute tumeur mésentérique, sont assez obscurs et ne sont révélés que par une exploration très attentive de la région. M. Péan (1) fait observer que les tumeurs du mésentère sont généralement indolentes et provoquent peu de troubles fonctionnels, même quand elles sont volumineuses. Morgagni avait remarqué leur évolution latente et le peu d’altération de la santé générale; ce qui paraît surprenant quand on songe à l'importance des organes qui peuventse trouver comprimés ou envahis. Du reste, cette indolence est loin d’être constante, et
(1) Péan : Diagnostic et traitement des tumeurs de l'abdomen el du bassin, t. I.