‹ Étude des tumeurs mélaniques du mésentèreChapitre 15 sur 16 · MARCHE — PRONOSTIC — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

MARCHE — PRONOSTIC — TRAITEMENT

Dans le mésentère, les tumeurs mélaniques suivent la marche fatalement envahissante qu'elles présentent partout ailleurs. En cela, elles différent absolument de celles que l'on observe chez le cheval, bien qu'ayant une structure identique. Chez cet animal, les colonies mélaniques ne déterminent ordinairement pas de cachexie et ne sont pas incompatibles avec un état de santé en apparence satisfaisant. Elles ne deviennent dangereuses que dans des conditions particulières ; lorsque, par exemple, elles déterminent des compressions d'organes importants, ou lorsque de volumineuses tumeurs venant à se ramollir aménent une consomption analogue à celle que produisent les longues suppurations. Chez Phomme, au contraire, ces tumeurs aménent une cachexie rapide, comme les néoplasies les plus malignes. Tous les auteurs leur assignent un pronostic absolument fatal; Dupuytren, Velpeau, Cruveilhier posent en principe de ne pas opérer toutes les fois que lon est certain d’avoir affaire

au Cancer noir (1). MM. Cornil et Ranvier, après avoir dit qu'il est trés difficile de distinguer le sarcome mélanique du carcinôme mélanique, ajoutent qu'en pratique cela n’a aucune importance, puisque toutes les tumeurs de cette espèce sont d’un pronostic extrêmement grave. MM. Cornil et Trasbot tirent de leur statistique cette conclusion, que le pronostic des tumeurs mélaniques est fatal, que la maladie ait été livrée à elle-même ou qu’on ait tenté des opérations chirurgicales. Du reste, la présence du pigment noir dans le sang et dans les leucocythes nous donnent une explication de cette malignité et de la généralisation qui suit à bref délai toute tentative d’extirpation. Toute tumeur mésentérique, à quelque espèce qu’elle appartienne, comporte un pronostic grave. M. Augagneur nous montre que les néoplasmes considérés comme les plus bénins, leslipômes, prennent dans le mésentére un accroissement considérable et déterminent la mort par cachexie, comme les plus malins. Or, dans le sujet qui nous occupe, à cette gravité tenant à l’importance des organes lésés, s’ajoute la malignité particulière aux granulations mélaniques. Par conséquent, le pronostic des tumeurs mélaniques du mésentère est des plus graves, en raison de leur siège et en raison de leur nature.

C’est pourquoi le diagnostic exact de leur nature nous semble avoir une extrême importance, car elle

(1) Boulay. Arck. gen. de Med., 1888.

conduira le chirurgien à rejeter une opération qui aurait pu être tentée sans cette complication. Nous avons vu au chapitre du diagnostic que ces tumeurs peuvent être confondues avec des tumeurs kystiques. Or, beaucoup de chirurgiens estiment que dans ce dernier cas l'opération doit être tentée malgré son extrème vravité, puisque si on laisse le malade livré à lui-même, il sera nécessairement emporté par les progrès de sa maladie. Tous, au contraire, s'accordent à refuser l'opération dans les cas de tumeurs mélaniques, puisque, non seulement elles récidivent très promptement, mais le plus souvent après la tentative d’extirpation, la généralisation et la mort arrivent beaucoup plus vite que ne le faisait prévoir l'état antérieur des malades.

Page 1