II. — HALLUCINATIONS
Le délire est mêlé d’hallucinations, des voix se font entendre... La malade se lève pour courir au-devant de celui qui l’appelle. Elle voit encore des personnages connus, ou des scènes complètement imaginaires.
Gl..., au moment où finissent ses attaques, écoute la musique, elle fait signe du doigt. C’est la musique des militaires rouges.
Soudain, elle est saisie d’une grande frayeur causée par les rats noirs avec leurs longues queues.
Puissurvientledéliremélancolique:(( Malheureux parents,etc... J»
Ler... s’accroupit sur son lit et « souffle le feu ».
Ce qui semble caractériser çes hallucinations de la fin, c’est la fréquence et la persistance des visions d’animaux.
Gen... est assaillie par des vipères et des corbeaux. Au milieu du délire dont nous avons parlé, elle s’arrête soudain, l’effroi peint sur ses traits, elle soulève ses draps ou sa chemise : « Des
vipères!... j’en ai plein mon lit... elle s me montent partout le corps. »
Les corbeaux apparaissent habituellement du côte gauche de son lit.
Marc... s’écrie tout d’un coup avec un geste d’horreur : « Tous
ces crapauds!... » puis, avec des larmes : «Papa... tu es là dedans... (Elle crache)... Des araignées... Ah! ce rat... etc... »
C’est pendant cette période de l’attaque que se produisent les affirmations les plus audacieuses. La malade croit à la réalité de ses rêves et de ses hallucinations, elle accuse souvent les plus innocents avec une persistance, un accent de sincérité fait pour tromper les plus incrédules.
Un certain soir Wit..., au sortir de ses attaques, accuse Gl... de lui avoir dérobé ses fleurs h Elle l’a vue, elle l’a prise sur le fait, il n’y a qu’un instant. Et nous sommes demeurés près d’elle tout le temps qu’a duré son attaque. Gl... n’a pas même paru dans la salle. Tous nos efforts n’arrivent pas à convaincre Wit... qu’elle est victime d’une hallucination.
Gen... est intimement persuadée qu’elle a vu Camille, elle serait prête à le jurer à la face du ciel et de la terre.
1. Wit..., comme presque toutes les hystériques, avait orné la tête de son lit de fleurs artificielles.
Il y aurait certainement un chapitre intéressant à faire sur l’état mental des hystériques, mais nous ne pouvons que l’indiquer ici. En effet, cette croyance à la réalité de leurs hallucinations persiste parfois en dehors du temps des attaques. Nous en avons un exemple frappant dans Gen..., qui croit à la réalité de son commerce avec Camille. Nous pouvons nous expliquer ainsi les dépositions de ces malheureuses, qui, aux temps de sorcellerie, s’accusaient elles-mêmes avec tant d’audace et d’ohstination, se vouant à la torture et au bûcher, plutôt que de renoncer à la croyance d’un commerce diabolique qui n’avait jamais existé que dans leur imagination. A une époque plus rapprochée de nous, la connaissance des faits que nous indiquons ici peut jeter quelques lumières sur le malheureux procès dont La Roncière fut victime en 1834 L