DEUXIÈME PARTIE
Lorsque, par l’étude attentive]d’un n ombre considérable de faits en apparence fort dissemblables, l’observateur est arrivé à découvrir une règle, une loi au milieu de ce qui semblait un chaos, il lui est nécessaire de revenir sur ses pas pour étudier à la lumière des notions acquises le grand nombre de faits incomplets et obscurs, jusque-là négligés à dessein.
L’étude des variétés de l’attaque hystéro-épileptique nous paraît être la partie la plus intéressante de notre tâche et celle qui présente peut-être le plus haut intérêt pi’atique. Si l’attaque complète se rencontre rarement, le praticien se trouve chaque jour aux prises avec les nombreuses variétés qui en dériv ent. Nous avons déjà fait ressortir les affinités quiexistent entre la grande hystérie etl’hystérie vulgaire. En montrant de quelles modifications est susceptible la grande attaque d’hystéro-épilepsie, nous espérons donner la clef de phénomènes difficiles à comprendre, et relier à la grande névrose nombre de faits pathologiques qui ont paru isolés et dont le lien qui lesrattache à la grande hystérie, n’a pas été jusqu’ici suffisamment précisé. Il est inutile d’insister sur les règles pratiques qui découent nécessairement de cette conception de l’hystérie, sur laquelle M. Charcot a appelé depuis longtemps l’attention. .L’intérêt historique de ces recherches n’est pas moins grand; elles sont destinées, nous n’en doutons pas, à éclairer d’un nouveau jour les faits étranges ou en apparence merveilleux qui comp osent les grandes épidémies
convulsives du moyen-age, ou même d’époques plus rapprochées de nous.
Bernutz avait déjà parfaitement indiqué les transformations que peut subir l’attaque d’hystérie, dans un passage que je citerai tout au long:
« J’ai insisté, dit-il, un peu longuement sur les expressions passionnée, qui se produisent dans la seconde phase de la période convulsive de l’accès hystérique, parce qu’en rapprochant les unes des autres les crises de larmes, qui existent seules dans la forme vulgaire, des mimiques plus ou moins complexes que-nous venons de signaler, on arrive à se convaincre que,même dans les cas les plus simples, existe, pendant la perte de connaissance hystérique, un trouble cérébral, un semi-délire, dont ces manifestations des passions. mimées ou parlées sont symptomatiques. Il n’y a pour ainsi dire qu’un pas de ces rêves, tantôt mimés seulement, tantôt parlés, qu’on observe à la fin de l’accès convulsif de la forme vulgaire, pour arriver aux accès plus ou moins prolongés soit de véritable délire, soit de somnambulisme, soit d’extase, soit enfin de catalepsie, qu’on voit succéder à une phase convulsive, qui, dans ces cas, a le plus souvent une durée beaucoup moindre que dans la forme vulgaire. La brièveté excessive de la période convulsive, qu’on observe dans quelques-uns de ces cas, permet de comprendre un certain nombre des formes anormales de l’hystérie, dans lesquelles l’attaque est, on peut dire, uniquement constituée par un accès soit de délire de paroles, ou d’action, qui est plus particulière aux enfants, soit par un accès de somnambulisme ou d’extase, ou enfin de catalepsie, par suite de l’insignifiance et même parfois de l’absence complète de phénomènes spasmodiques au moment où survient la perte de connaissance^ d.
M. Charcot admet que l’attaque d’hystéro-épilepsie peut se modifier suivant deux modes principaux : 1“ par extension ou prédominance d’une période aux dépens des autres, lesquelles s’atté-
i. Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie, art. Hystérie. Bernutz. — Paris, 1874, t. XVIII, p. 221.
nuent ou même s’effacent; ainsi se produisent : a, Vattaque épileptoïde ; b, \ attaque démoniaque ; c, V attaque d’extase ; d, Y attaque de délire par immixtion d’éléments étrangers à la constitution fondamentale de l’attaque, tels que le somnambulisme, la léthargie et la catalepsie, par exemple.
Nous étudierons successivement chacune deces variétés.
RIGHEB.