III. — ATTAQUE DE SPASME VISCÉRAL
La prédominance du spasme viscéral et son retour fréquent peuvent donner lieu à une sorte d’état de mal épileptoïde, fort grave en apparence, comme j’ai eu l’occasion de l’observer chez Bar...
Le 26 juin 1878, B... a eu toute l’après-midi des attaques hystéro-épileptiques avec les caractères qu’elles revêtent d’habitude chez elle. Mais à huit heures du soir elle est prise d’accidents bizarres et inaccoutumés qui effrayent les infirmières et pour lesquels on vient me chercher.
Je la trouve dans l’état suivant ; coma complet, résolution de tous les membres dans le décubitus dorsal, la tête un peu inclinée de côté. Toutes les deux ou trois inspirations, elle est prise d’une sorte de hoquet ou plutôt
de spasme nauséeux. La poitrine se soulève comme dans l’acte du vomissement, les muscles du cou se contractent et la salive vient à la bouche. Elle a constamment l’écumè aux lèvres, la bouche serrée exprime le dégoût, les paupières sont abaissées et animées de petits frémissements. Les globes oculaires sont convulsés en haut. La pupille, moyennement dilatée, est sensible à la lumière.
Cet état se prolonge, aucune excitation ne peut la faire sortir de cet anéantissement, etla respiration, à chaque instant entrecoupée par les spasmes, se fait d’une façon tellement irrégulière, que la vie de la malade semble en danger.
La température rectale est, de 38", 5, le pouls est régulier et ne paraît pas augmenté de fréquence.
Mais la compression de l’ovaire droit nous montre de suite que cet état alarmant n’a d’épileptique que le dehors, et qu’il ne relève, comme les autres accidents, que de l’hystérie.
En effet, presque aussitôt la malade ouvre les yeux, semble revenir à elle, mais elle ne parle pas encore. On prolonge la compression, et la connaissance ne tarde pas à reparaître entièrement. B... accuse alors un état nauséeux extrêmement pénible. Malgré la compression, le spasme, qnpique moins fréquent, reparaît toujours. On se décide à neuf heures et demie à donner un peu de chloroforme, et en peu d’instants tous les accidents convulsifs cessent.
Cet exemple suffit pour montrer tout l’intérêt pratique qui s’attache à la distinction, que depuis longtemps M. Charcot cherche à établir, entre l’épilepsie et l’hystéro-épilepsie. — Sous des apparences d’une gravité tout épileptique se cachait la bénignité habituelle des accidents hystéro-épileptiques. Il importe donc au médecin d’être instruit de ces faits, s’il ne veut pas voir ses prévisions démenties et laisser au hasard les règles de sa conduite.
§ IV. — ATTAQUE ÉPILEPTOÏDE AVEC CONTRACTURE GÉNÉRALISÉE ET PERMANENTE.
A. — Il n’est pas rare, sur un état de contracture permanente et généralisée, de voir se greffer de petits accès incomplets d’épilepsie, semblables à ceux que nous avons décrits plus haut, à la suite d’Herpin, sous le nom de commotions épileptoïdes.
Les détails suivants observés chez Gen... sont intéressants, parce que l’intensité progressive des accès montre la connexion qui existe entre les commotions épileptoïdes les plus légères et la
ATTAQUES ÉPILEPTOÏDES. i 11
phase épileptoïde complète, dont ils ne sont qu’une ébauche ou un abrégé.
4 juillet. — Gen... a eu dans la nuit trente-cinq accès, à la suite desquels elle demeure contracturée.
A trois heures de l’après-midi nous la trouvons au lit et contracturée ainsi qu’il suit :
Les deux jambes et le bras gauche sont dans l’extension, le bras droit
fléchi, et la main crispée repose sur l’abdomen. La tête est libre, la face trèspâle.
Presque constamment la main droite est animée de petits frémissements, et de légères contractions se montrent dans la face, surtout du côté droit.
Toutes les trois ou quatre minutes surviennent de petits accès ainsi caractérisés :
a. La douleur ovarienne, qui est permanente et double, tout en étant plus intense à droite, s’exaspère. L’oppression thoracique suit immédiatement avec sensation de strangulation. Pas de palpitations. La face se dirige légèrement en haut, les paupières battent, les yeux sont demi fermés, les globes oculaires eux-mêmes sont animés de petites oscillations, la pupille ést plutôt rétrécie, dirigée un peu en haut et à droite. Les traits grimacent, de petites contractions parcourent la face, elles sont plus fréquentes et plus marquées dans la moitié droite. L’aile du nez se relève, entraînant la lèvre supérieure.
Le bras droit se soulève un peu et est animé de courtes oscillatio'ns. Les jambes tremblent légèrement, mais principalement la jambe droite.
Puis il se produit une ou deux inspirations bruyantes (ébauche de stertor). Et tout mouvement cesse après une durée de trente à quarante secondes au plus.
Gen... dit n’avoir pas perdu connaissance. Elle appelle cela « ses spasmes ou ses vertiges ».
VAIÎIÉTÉS DE LA G1\ANÜE ATTAQUE HVSTÉIUQUE.
h. Dans un accès un peu plus intense la face se tourne à gauche, les yeux sont convulsés en bas et à gauche, G... est agitée plus violemment. Légère cyanose. Des secousses agitent les deux bras et aussi les deux jambes. Mouvements de déglutition bruyants. Respiration pénible et bruyante. Durée de l’accès, deux minutes. Elle a perdu connaissance.
c. Quelques instants après, l’accès débute par un tremblement général, puis quatre à cinq grandes secousses agitent tout le corps. Le tronc est soulevé, les épaules se rapprochent en avant, la tête est tournée complètement à gauche.
La face, cyanosée, est le siège de contractions intenses, les paupières battent, les yeux, convulsés en haut et à gauche, cachent sous la paupière supérieure leur pupille, qui ne paraît pas dilatée. L’écume vient aux lèvres. Les bras sont soulevés et animés de mouvements cloniques, ainsi que les membres inférieurs.
La respiration est suspendue; quelques hoquets; puis résolution incomplète et véritable stertor.
Durée générale, y compris le stertor, trois à quatre minutes.
En^eréveillant elle appelle : «BotlBot !’» comme dans le délire qui suit ses grandes attaques.
d. Enfin les accès se reproduisent avec ce même caractère d’intensité. Bs sont séparés par des moments de calme plus ou moins longs, pendant lesquels la contracture générale persiste. De quatre heures à six heures et demie, la surveillante a compté douze accès.
Nous voyons ici l’accès épileptoïde complet évoluer sans modifier en aucune façon la contracture. — L’attitude des membres contracturés est toujours la même avant comme après l’accès. Et pendant la période de stertor, la résolution musculaire ne se produit pas. — Cette persistance de la contracture, même pendant la phase de résolution, ne se rencontre guère dans l’état de mal de l’épilepsie vraie.
B. — La contracture générale s’accompagne parfois de perte de connaissance et d’un sommeil léthargique qui peut se prolonger plusieurs heures.
La malade est contracturée le plus souvent dans l’extension, la tête renversée en ariâère. Tout son corps est rigide comme une barre de fer. Les paupières sont fermées et les globes oculaires
■J. C’est la première syllabe du nom de la surveillante du service.