‹ Étude descriptive de la grande attaque hystériqueChapitre 55 sur 70 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

VARIÉTÉS PAR IMMIXTION DE PHÉNOMÈNES LÉTHARGIQUES. — ATTAQUE DE LÉTHARGIE.

Briquet décrit dans un même paragraphe, les attaques de sommeil, de coma et de léthargie parce qu’elles ne lui paraissent être que des degrés de la même modification pathologique. L’étude que nous avons faite de la léthargie hystérique provoquée nous conduit à comprendre sous le nom di attaques de léthargie les variétés suivantes :

1° Attaques de léthargie simple (attaque de sommeil, attaque de léthargie des auteurs).

2° Attaques de léthargie compliquée :

a. De contractures partielles ou généralisées. — L’attaque de coma décrite par Briquet nous paraît rentrer dans ce cadre.

b. De l’état cataleptiforme.

§ I“. — ATTAQUES DE LÉTHARGIE SIMPLE

Sur le nombre considérable d’hystériques que Briquet a été à même d’observer, cet auteur n’a rencontré que trois cas d’hystérie avec des attaques consistant en un véritable sommeil.

« Dans ces trois cas, dont les causes ne présentaient rien de spécial, l’attaque débutait constamment par une vive rougeur qui paraissait brusquement à la face, par un serrement des mâchoires, et par un raidissement momentané des membres, troubles qui cessaient aussitôt. Chez une de ces femmes, l’attaque commençait toujours par de la constriction à l’épigastre, puis venait une sen-

sation de globe qui de l’épigastre montait à la gorge, et, enfin, arrivait la strangulation. » (Briquet.)

Dans tous ees cas, les malades s’endormaient très rapidement. Elles avaient un véritable sommeil, leur face n’offrait rien de particulier, leur respiration était normale, le pouls était à soixante, la peau était fraîche, et les membres étaient flasques.

Nous avons eu occasion d’observer sur Gl.... une attaque de sommeil léthargique qui a duré vingt-quatre heures.

Après avoir répété sur elle les diverses expériences dont il a été question, elle tomba un jour dans un sommeil qui dura jusqu’au lendemain matin et dontil futimpossibledelafaire sortir,quels qu’aientétéles excitants employés, mécaniques ou électriques. Elle était dans le décubitus dorsal, la face colorée, les membres dans la résolution la plus complète, les paupières fermées et clignotantes et les globes oculaires convulsés en bas avec tendance au strabisme interne. La respiration était très faible et irrégulière : Respirât, H. Pouls 100. — Tempérât. 37,8. Les muscles avaient perdu la propriété spéciale désignée sous le nom d'hyperexcitabilité. — L’excitation des points hystéro-épileptogènes ne provoquait aucune crise. La compression des ovaires demeurait également sansrésultat. Nous étions évidemment en présence d’un sommeil d’un autre genre que celui que nous avons étudié dans notre première expérience. Il en différait encore par ceci, que la malade, une fois revenue à elle, avait conscience d’avoir dormi longtemps, et pouvait raconter, dans ses moindres détails, un long rêve qu’elle avait eu.

J. Moreau, dans son livre de la Folie névropathique, rapporte l’observation d’une hystérique qui, pendant les attaques de sommeil, était tourmentée par un délire dont elle conservait le souvenir.

« La malade est tourmentée par un singulier besoin de dormir. Durant ses « assoupissements », il lui semblait qu’un certain individu de sa connaissance prenait sur elle plus d’empire qu’elle n’eût voulu, et se comportait vis-à-vis d’elle de la façon la plus inconvenante : paroles obscènes, attouchements lascifs, etc... La nuit, elle a des cauchemars, elle se voit entourée de serpents qui veulent la dévorer,* de grosses écrevisses qui courent sur son lit, sur ses bras, sur sa poitrinej elle se réveille en sursaut, couverte de sueur et appelant au secours '. » '

1. Traité pratique de la folie névropathique, par le D’’ J. Moreau. Paris, 1869, p. 37.

Les auteurs qui ont écrit sur les épidémies de possession démoniaque, rappor-

ATTAQUE DE LÉTHARGIE

Dans tous les faits de sommeil hystérique consignés dans les auteurs, s’agit-il d’un état semblable à celui que nous avons pu produire artificiellement chez nos hystériques? Nous pouvons toujours affirmer que la ressemblance est grande. Il est vrai qu’il n’est pas parlé de phénomènes pouvant se rapprocher de ce que M. Charcot désigne sous le nom d’hyperexcitabilité musculaire. Mais c’est là un signe qui demande à être cherché et qui par cela même peut passer facilement inaperçu. D’ailleurs n’oublions pas qu’à côté de la léthargie avec hyperexcitabilité musculaire, nous avons pu provoquer une variété de léthargie sans hyperexcitabilité.

Un rapprochement que nous ne saurions manquer d’indiquer, consiste dans la similitude des phénomènes de début. Nous avons vu que dans la léthargie provoquée la malade, au moment où survient le sommeil, présente quelques signes épileptoïdes, inspiration sifflante, mouvement de déglutition, écume, quelquefois raideur passagère des membres. Des phénomènes semblables inaugurent, d’après Briquet, les attaques de sommeil.

Je ne ferai que signaler ici les cas de léthargie avec état de mort

tent nombre de faits qui semblent se rattacher à ceux que nous venons de citer.

Il Catherine de Naguille, dit Delancre et sa compagne nous assurent qu’elles avaient été au sabbat en plein midi, qu’elles avaient passé la nuit, et que c’était dans l’église où elles étaient endormies que cela leur élait arrivé.

» Jeannette d’Abadie ^ en dit autant; elle avait passé plusieurs nuits à l’église, et s’endormait pendant la messe à Sibore; c’est alors qu’elle fut menée au sabbat, s

Bodin 3 raconte ce fait bien important. î Je tiens, dit-il, du président de la Tourelle, qu’il a vu en Dauphiné une sorciérequi, depuis,fut brûlée vive pendant qu’elle était en extase. Elle n’entendait rien, ne sentait rien. Son maître la frappait à coups de verges, et pour savoir si elle était morte, on lui fit mettre le feu aux parties les plus sensibles ; elle ne s’éveilla pas. On la crut morte et on l’abandonna; le lendemain, on la trouva couchée dans son lit. »

Voici ce que rapporte Dom Galmet ^ « Qn lit dans le Marteau des Sorciers qu’une femme s’alla dénoncer aux inquisiteurs, leur disant qu’elle était sorcière, et qu’oii avait beau l’enfermer, que le diable l’emmenait au sabbat. On l’enferma dans une chambre; aussitôt elle se coucha et parut morte; on la remua, elle ne le sentit point; on lui approcha du pied une chandelle avec laquelle on la brûla sans qu’elle le sentît. Quand elle se réveilla, elle donna des nouvelles du sabbat, elle accusa alors une grande douleur au pied, sans pouvoir dire d’où cela lui venait.»

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