GÉNÉRALES OU PARTIELLES ET DE PHÉNOMÈNES ÉPILEPTOÏDES
Nous rangeons sous ce chef plusieurs observations dans lesquelles aux principaux phénomènes qui caractérisent l’état léthargique tel que nous l’avons décrit, se surajoutent des contractures générales ou partielles persistantes ^ et des phénomènes épileptoïdes plus accusés.
Les attaques de coma décrites par Briquet rentreraient dans cette catégorie. « L’attaque de coma, dit-il, s’accompagne toujours de phénomènes convulsifs ordinairement toniques dans la face et dans
i. L’on se souvient que les contractures de l’état léthargique provoqué se résolvent par le massage ou la friction.
ATTAQUE DE LÉTHARGIE
les membres; il existe des signes manifestes de congestion cérébrale, qui sont rendus évidents par l’état des yeux, par la coloration de la face, par la gêne de la respiration et par la dureté du pouls. » J’ai pu récemment observer à l’Institut hydrothérapique de Passy, une jeune femme hystérique dont les attaques au point de vue qui nous occupe présentent le plus haut intérêt.
Voici la description d’un accès :
Débute brusquement. Pendant qu’elle cause, la malade sent un besoin irrésislible de dormir, avec pesanteur de tpte, ses paupières se ferment malgré elle. Elle bâille, et s’endort subitement.
Au lit, la malade est dans le décubitus dorsal, le tronc un peu incurvé sur le côté droit, la tête penchée sur l’épaule droite et la face tournée du même côté, les traits sont immobiles et non contorsionnés, les paupières baissées et animées d’un frémissement très léger, mais continuel. Lorsqu’on les soulève, elles résistent, et l’on voit à peine la pupille convulsée en haut et tournée à droite. La bouche est fermée avec force, et il est impossible de l’ouvrir en pressant sur le menton. En touchant le front,le muscle frontal se contracte.En comprimant avec un peu d’insistance sur le trajet du nerf facial au sortir du trou stylo-mastoïdien, on provoque une contraction de tous les muscles de la face du même côté ; le front, les paupières se plissent, l’aile du nez se contracte, et la commissure labiale se tire en dehors. L’expérience répétée des deux côtés et plusieurs fois de suite, réussit également bien. C’est le phénomène de l’hyperexcitabilité musculaire, mais obtenu un peu plus difficilement que dans la léthargie hystérique provoquée, où la résolution, qui est complète, facilite vraisemblablement la production du phénomène. Les muscles du cou sont contracturés et la tête est immobilisée dans la situation que nous avons décrite. Les membres supérieurs sont étendus, un peu écartés du tronc; ils sont rigides, dans une demi-pronatlon, le poing est fermé avec force, le pouce tantôt en dehors, tantôt dans la paume de la main. Quand on essaye de les soulever, la contracture s’exagère, et l’on n’y arrive qu’avec peine. Ils ne conservent point la position dans laquelle on les a mis et retombent brusquement sur le lit. Les jambes sont-contracturées dans l’extension, rapprochées l’une de l’autre, les pieds en pied bot équin.
Perte de connaissance. —Anesthésie. On peut lui transpercer les bras sans provoquer un mouvement. La contracture des membres cède un instant sous l’influence du massage, mais incomplètement, et revient aussitôt.
Elle n’est pas complètement immobile dans la situation que nous venons de décrire, elle tend toujours à se déplacer vers la droite, la tête tourne parfois, revient à droite ou se fixe à gauche. Elle respire paisiblement, mais l’expiration ressemble souvent à une plainte. Elle prononce quelques mots; le plus souvent elle dit : « Non! non! » Elle prononce parfois le nom de'son
mari : «Guillaume» .Son mari a essayé parfois de lui répondre et de lui parler, mais elle est toujours demeurée insensible à ses interpellations. Elle pleure souvent et rit parfois presque aux éclats. Les mots et les phrases entrecoupées qui lui échappent, permettent quelquefois de reconstituer une scène rappelant ce qui l’a impressionnée pendant la veille. Par exemple, son mari raconte qu’un jour, après avoir montré du dégoût pour son enfant qu’elle adore habituellement, elle avait eu des idées de suicide qu’elle avait refoulées, et qu’elle n’avoua qu’après s’êlre trahie pendant l’accès qui suivit par des paroles comme celles-ci : « Mon enfant... emmenez-le... je ne veux pas le voir... des allumettes... je veux mourir, etc... »
Elle est prise de temps à autre de légers tressaillements dans les membres supérieurs, rappelant les accès incomplets d’épilepsie. Elle a sur le sommet de la tête et entre les deux épaules une zone d’hyperesthésie, dont l’attouchement provoque une contraction douloureuse du visage, des plaintes et des tressaillements dans les membres supcrieuK. En insistant un peu, l’on n’obtient rien de plus. La pression des ovaires ne produit aucun résultat; la pression sur les globes oculaires également.
Quand elle se réveille, elle se frotte un peu les yeux, et reprend très rapidement ses sens. Elle ne se souvient de rien, et n’a pas conscience du temps écoulé.
Dans l’intervalle des accès, il n’y a pas d’ovarie, pas d’anesthésie, les points d’hyperesthésie persistent. Elle supporte courageusement la douche. L’action de celle-ci sur la zone hyperesthésiée, entre les deux épaules, n’a jamais provoqué d’accès, ce qui arrive aux malades qui portent en ce point une zone hystérogène. ‘ ,
La femme de chambre raconte que la malade a eu quelques crises de nerfs. Elle a assisté à la plus violente : la malade se plaignait au début de maux de tête épouvantables. Elle s’agitait, on ne pouvait la contenir; elle levait les jambes, étendait brusquement les bras, cherchait à s’arracher les cheveux et frappait de ta tête l’oreiller. La crise se termina au bout d’un quart d’heure par un sommeil analogue à celui que nous avons décrit.
La malade arrive de Vienne. Elle a vingt-cinq ans, et est mariée depuis cinq ans. Quand elle était jeune fille elle avait de l’anorexie et de fréquents vomissements. Elle eut même une fois une attaque analogue à celles qu’elle présente aujourd’hui.
Depuis son mariage les vomissements ont été plus fréquents, et les accès de sommeil sont revenus chaque année, pendant l’espace de quelques semaines à un mois, se reproduisant chaque jour, le soir principalement, et durant plusieurs heures. Une seule année, les mêmes accidents ne parurent pas; elle était enceinte.
Depuis, les accidents se sont aggravés, si bien que cette année elle ne pouvait garder aucune nourriture, et les accès de sommeil commençant dès le matin duraient parfois toute la journée; dans l’intervalle, elle est faible, triste et morose.
ATTAQUE DE LÉTHARGIE
A quelle variété d’attaque hystéro-épileptique avons-nous affaire ici? Devons-nous la considérer comme une variété épileptoïde avec tétanisme prédominant et persistance d’un délire? Mais les manifestations épileptiques sont habituellement de courte durée et la perte de connaissance absolue est la règle. Ne devons-nous pas plutôt voir là une variété d’attaque léthargique avec contracture généralisée et persistance de quelques phénomènes épileptoïdes? — L’oubli complet au réveil, la présence d’un délire ou d’une rêvasserie, l’existence de l’hyperexcitabilité musculaire, la durée de l’accès, son retour périodique, sont autant de signes en faveur de cette dernière opinion b