III. — LÉTHARGIE COMPLIQUÉE DE PHÉNOMÈNES CATALEPTIFORMES
Beaucoup de faits rapportés par les auteurs sous le nom de catalepsie, nous paraissent bien plutôt devoir être considérés comme des cas de léthargie avec phénomènes cataleptiformes.
1. L’histoire des épidémies convulsives nous a laissé la relation d’un certain nombre de faits de léthargie s’accompagnant de contracture généralisée ou de phénomènes épileptoïdes très manifestes, comme on peut, le voir par l’extrait suivant :
« Marguerite-Françoise Duchesne, depuis la fin, de Tannée 1830 jusqu’au 16 juillet 1831, fut attaquée de fréquentes attaques d’apoplexie suivies de faiblesses léthargiques.
j) Dans le temps de ces attaques, son visage devient violet, sa langue s’épaissit, sa gorge s’enfle, sa bouche se contourne en des sens forcés, ses lèvres deviennent bleuâtres, ses yeux sont fermés, son nez ridé et retiré vers le front et elle reste souvent des sept à huit jours aveugle, sourde et muette...
I La mère de la malade nous décrit plusieurs de ses attaques. « H y avait déjà plus de six mois, dit-elle, que tous les quinze ou vingt jours elle tombait dans des attaques d’apoplexie... Dans le mois de juin elle en eut plusieurs et fut la plus grande partie de ce mois en léthargie : des voisins vinrent plusieurs fois dans ce mois pour l’ensevelir; mais les deux plus violentes attaques qu’elle essuya furent le huit et quinze juillet, veille de sa guérison. Lors de ces attaques, son visage devenait violet, sa gorge s’enflait, sa langue s épaississait, sa bouche tournait, ses lèvres devenaient bleuâtres et le sang lui sortait par les ongles de la main gauche etl’angle des deux yeux; après quoi elle restait souvent plusieurs jours dans une faiblesse léthargique pendant laquelle elle paraissait morte, n’ayant aucun sentiment et ne faisant aucun mouvement, que quelques tressaillements de temps en temps que lui donnait son frisson, dans le temps qu’il prenait, ayant les yeux fermés, le nez ridé et retiré vers le front, et le visage et les lèvres d’une pâleur verdâtre et quelquefois après ses faiblesses elle restait encore plusieurs jours aveugle, sourde et muette. On lui a souvent pendant ces faiblesses léthargiques, jeté le drap sur le visage, la croyant morte. ï (Carré de Montgeron, loc. cil. 1.1.)
Ces faits sont ceux dans lesquels la malade présente l’attitude du sommeil. Les yeux sont fermés, les paupières clignotantes. Souvent, contracture partielle ou rigidité générale. Le membre garde peu la position dans laquelle on le place, ou bien on est obligé de le maintenir quelques instants avant de l’abandonner à lui-même. La catalepsie est souvent partielle. Enfin, les frictions amènent la résolution musculaire.
Tous ces signes éloignent l’idée de véritable catalepsie, et plaident en faveur de la léthargie. Les observations de M. Lasègue sous le nom de catalepsie partielle et passagère me paraissent pouvoir rentrer dans ce cadre.
N’oublions pas que M. Lasègue produisait cette variété de catalepsie chez ses malades, en pressant sur les globes oculaires.
Favrot rapporte une observation où ces caractères de catalepsie imparfaite sont bien indiqués L
Virginie-Thérèse, vingt-trois ans, fille naturelle, née à Chartres. Tempérament lymphatique sanguin, réglée à treize ans, et régulièrement jusqu’à dix-huit ans.
En 1838, première attaque d’hystérie.
Huit mois après, deuxième attaqué, dans l’intervalle céphalalgie,'Vomissements, météorisme et étourdissement. Règles irrégulières et peu abondantes.
Quatorze mois entre deuxième et troisième attaque. Règles très-irrégulières.
Au mois d’avril et de mai, celles-ci (les attaques) reparurent beaucoup plus fréquemment ; la malade passait rarement un jour sans en avoir, et c’était ordinairement entre cinq et six heures du soir. (P. 43.)
Au mois de juin, vient à Paris, Hôtel-Dieu, service de M. Legroux. Les symptômes sont des vomissements et du météorisme fréquents, mais point d’attaques d’hystérie.
Au bout de six semaines sort de.l’Hôtel-Dieu; nouvelles attaques.
Rentre à l’Hôtel-Dieu, service de M. Rostan.
Insomnie, éblouissements, fourmillements dans bras et jambes. Sentiment d’étouffement et de strangulation quand elle niange. Le ventre se ballonnait, était très douloureux à la pression. Constipation habituelle. Mangeait peu, et vomissait presque tous les aliments qu’elle essaya de prendre les premiers jours.
Quinze jours après son entrée, première attaque; elle fut convulsive, se
1. Favrot, Thèse, 1844. De la catalepsie, de l’extase et de l’hystérie.
ATTAQUE DE LÉTHARGIE
répéla assez fréquemment pendant l’espace de deux jours, mais chacun des accès était de peu de durée, et séparé du suivant par une espèce de sommeil lélharpque.
Hoquet, ballonnement du ventre, et surtout vomissements devinrent très fréquents.
Vers mois de juin, vomissements ont complètement disparu (sous-nitrate de bismuth, vésicatoires à partie inférieure des jambes) et remplacées par attaques qui, généralement, se renouvelaient plusieurs fois.
« Voici ce que nous avons observé au sujet de ces dernières :
» La malade est ordinairement avertie de l’invasion prochaine d’un accès par un trouble particulier dans la vue, et surtout par la sensation de mouvements très rapides dans les globes oculaires. Quelquefois aussi elle est prise de céphalalgie, dléblouissements, de douleurs dans les membres gui se font sentir exclusivement dans le coude, et se rapprochent ainsi de certaines formes de l’aura epileptica. Ordinairement elle peut gagner son lit; mais souvent aussi cela lui est rendu impossible par une faiblesse des membres inférieurs qui la prend subitement, et ne lui laisse que tout juste assez de temps et de force pour se coucher à terre et se garantir ainsi d’une chute violente.
» Chose étrange ! si l’on se trouve auprès d’elle quand elle est prise de ces symptômes précurseurs, et que l’on fixe son attention par des questions pressantes, on peut retarder l’invasion de l’attaque, mais non sans qu’elle éprouve un malaise très considérable qui lui fait aspirer au moment où elle pourra y céder. Et, en effet, elle perd connaissance aussitôt que l’on s’éloigne d’elle. Dans ses attaques, il y a constamment perte complète de la sensibilité, de l’intelligence, des mouvements volontaires, et abolition des sens. Les paupières sont habituellement fermées, la figure n’est pas décomposée; le décubitus est le plus souvent dorsal. A cela se bornent quelquefois tous les symptômes.
» Cet état ressemble alors à un véritable sommeil; et si pendant ce sommeil, on imprime à la main, à l’avant-bras, ou au membre supérieur tout entier, un mouvement, et qu’ensuite, après l’avoir soutenu pendant 25 secondes, on l’abandonne à lui-même, il conserve celte position pendant un temps beaucoup plus long que ne le pourrait supporter une personne très robuste, après lequel il retombe de lui-même, tantôt brusquement, tantôt lentement, et comme si les muscles ne cédaient qu’en résistant à une force supérieure. Les bras seuls sont susceptibles de ces mouvements cataleptiques, que nous avons en vain essayé deprovoquer aux membres inférieurs, au tronc etàla tête. Toutes lesfois que la malade est calme et dans le sommeil extatique que nous venons de signaler, on peut reproduire ces mouvements cataleptiques.
» Cet état de sommeil n’est pas le seul qu’elle présente dans les accès. Souvent cette tranquillité est interrompue par des mouvements de pandiculation, des bâillements, comme si elle allait sortir de son sommeil, et la plupart du temps cela n’a pas lieu.
» D’autres fois elle porte la main à son cou, comme si elle voulait en distraire un corps qui la gêne ou qui l’étrangle. Un peu plus tard, elle exécute des mouvements fréquemment répétés et bruyants de déglutition.
» A d’autres moments, c’est un hoquet plus ou moins prolongé ; ce sont des éructations; et, que tous les mouvements précédents aient lieu ou non, il n’est pas rare de trouver le ventre considérablement ballonné.
» Puis elle se plaint, fait entendre un cri particulier qui rappelle le gloussement de la poule, et sa figure restant calme, une salive abondante et écumeuse est rejetée de sa bouche et vient couvrir les commissures de l’un ou de l’autre côté de la face.
» Toutefois, il est rare qu’une attaque se termine sans qu’il y ait eu quelques mouvements convulsifs. Le plus souvent ceux-ci sont cloniques, véritablement hystériformes, excentriques, et peuvent être assez forts pour que plusieurs personnes aient peine à contenir la malade, qui, dans beaucoup d’attaques moins violentes, peut être impunément abandonnée à elle-même, sans craindre qu’elle tombe de son lit. Ces accès peuvent même se réduire à une simple agitation qui ne mérite pas le nom de convulsion.
» Nous avons vu aussi la malade à terre se transporter d’une partie de la salle à l’autre par des mouvements réguliers de reptation latérale.
» D’autres fois,|les mouvements convulsifs sont plutôt toniques, tantôt bornés à la contracture d’un ou de plusieurs membres, tantôt étendus atout le système musculaire, et en quelque sorte concentriques ou tétaniques. C’est ainsi que, quelquefois, la tête et les talons servant d’appui, le tronc ou l’un des côtés prend la forme d’un arc dont la partie antérieure forme la courbure.
» Les phénomènes que nous venons de décrire se combinent de différentes manières, et composent ainsi des attaques plus ou moins variées. » (P. 44,45 et 46.)
Ni fatigue, ni propension au sommeil, ni souvenirs.
Attaques de plus en plus fréquentes, 5 ou 6 en 24 heures. Au mois d’août elle passe à la Salpêtrière, d’où elle sort pour retourner à Orléans.
Nous voyons que pendant son attaque la malade présentait l’apparence du sommeil, elle avait les yeux fermés. La catalepsie n’existait qu’aux membres supérieurs. Il y est dit expressément que le membre était soutenu quelques secondes avant d’être abandonné à lui-même.
L’attaque était précédée d’aura céphalique et s’accompagnait de signes épileptoïdes et d’arc de cercle.
Bourdin dans son Traité de la catalepsie rapporte l’observation suivante^.