‹ Étude descriptive de la grande attaque hystériqueChapitre 60 sur 70 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

VARIÉTÉS PAR IMMIXTION DE PHÉNOMÈNES SOMNAMBULIQUES. ATTAQUE DE SOMNAMBULISME.

Quelles sont les relations qui existent entre le somnambulisme artificiel et le somnambulisme naturel? Le somnambulisme artificiel, dit Maury, n’est qu’une forme plus développée et spéciale du somnambulisme naturel.

A l’appui du rapprochement que l’on peut faire entre le somnambulisme provoqué ou artificiel et le somnambulisme spontané, nous pouvons citer cette observation de M. Lasègue, dans laquelle le somnambulisme •AXkvwç.nu. spontanément présentait les principaux caractères de la léthargie provoquée que nous avons décrite : début brusque, convulsion des globes oculaires, abolition complète de la sensibilité, état spécial d’attraction pour une personne qui dans l’état de veille n’a sur elle qu’une autorité douteuse; elle se lève, marche, accomplit certains actes assez maladroitement.

«Mademoiselle X..., a dix-huit ans. A l’âge de seize ans, elle est vivement impressionnée par la nourrice qui l’avait élevée, laquelle est prise d’un accès de manie aiguë dans la nuit. L’enfant, terrifiée, reste pendant deux ans sous l’influence d’une frayeur persévérante ; elle croit toujours voir sa nourrice en délire au chevet de son lit, s’endort difficilement, et est prise pen dant la journée d’accès de terreur, toujours portant sur la même vision. La plasticité de l’idéation est à son comble chez elle.

» A la fin de 1874, cette jeune fille, qui habitait un pays colonial, est appelée en toute hâte avec sa mère à Paris, à cause de la maladie d’un de ses oncles. Le voyage, accompli aussi rapidement que possible, est plein d’in- RICHER. 22

quiétudes. A leur arrivée à Paris, elles descendent à la maison de leur parent, se précipitent dans sa chambre et le trouvent venant d’expirer dans son lit. — La jeune fille est prise d’une attaque d’hystérie violente et prolongée.

» A partir de ce jour, l’insomnie est remplacée par des accès brusques et subits de sommeil. En parlant, en mangeant, en faisant de la musique, elle tombe tout à coup dans un sommeil profond dont il est difficile de la sortii-, et qui se prolonge, soit pendant un court espace de temps, soit pendant plus de dix et douze heures. Pendant ce sommeil, les yeux sont convulsés, renversés en arrière. La sensibilité intacte pendant la veille se trouve annulée.

D Le soir, l’enfant s’endort aussi brusquement; mais le sommeil prend un caractère d’agitation tout particulier. Elle se remue, se tord dans son lit, jette ses couvertures, crie, pleure, chante. Peu à peu cette excitation nocturne se passe, et elle se présente aujourd’hui dans les conditions suivantes :

y> Une des parentes de renfant,qui,pendant le jour,n’a sur elle qu’une autorité douteuse, est la seule personne avec laquelle elle consente à rester en communication. Elle ne s'endort qu’à la condition de lui tenir la main. Si cette parente lui parle, même à voix très basse, elle répond immédiatement à toutes ses questions. Toute autre personne, criant même à ses oreilles, n’obtient pas de réponse, et n’éveille même pas la plus légère apparence de perception auditive. C’est ce qu’on peut appeler de l’audition élective.

«Lorsque sa parente applique son doigt, sa main sur une partie quelconque de son corps, l’enfant se laisse faire et semble éprouver une sensation agréable. Lorsqu’au contraire le contact est fait par une personne quelconque autre que la parente, par sa mère même, l’enfant est prise d’une convulsion qui lui fait pousser un cri aigu et se rejeter au loin. M. Lasègue essaye de substituer un doigt dans les quatre doigts que la tante applique sur le bras de l’enfant; immédiatement la convulsion commence; elle cesse dès qu’il l’enlève et recommence auss'itôt qu’il le replace. L’enfant, du reste, est tournée du côté du mur et a les yeux fermés.

» Un incident dont fut particulièrement témoin M.Lasègue, est celui-ci. Pendant que sa mère est seule près de son lit, et que les autres personnes sont à côté dans une chambre, mademoiselle X... veut se lever ; la mère la reçoit dans ses bras. Immédiatement accès convulsif terrible de grande hystérie, à ce contact.

» Au point de vue des mouvements, elle se lèvé en dormant, se promène, va jouer du piano; mais elle exécute maladroitement ses mouvements, lève le couvercle de l’instrument avec difficulté, et s’est heurtée contre les meubles pour s’y rendre.

» En outre, dans la nuit, livrée à elle-même, sans excitation extatique, elle est presque constamment poursuivie par l’image delà mort; alors elle se précipite vers la fenêtre et se jetterait en bas, si on ne l’arrêtait.

ATTAQUE DE SOMNAMBULISME

» Cet état dure depuis novembre dernier,et ne s’est pas sensiblement amélioré aujourd’hui 25 juin 1875.

» Comme antécédents de famille, cettejeunefdle a deux oncles épileptiques et deux frères morts de méningite. Elle-même, vers l’âge de onze ans, a présenté des troubles cérébraux qui lui ont fait perdre la vue d’un côté *. »

Le somnambulisme naturel dont il s’agit ici est celui dont M. Mesnet a bien donné les caractères dans son étude sur le somnambulisme (in Arch. méd. 1860) et qu’il distingue nettement de ce qu’il appelle le noctambulisme. Le noctambulisme est le rêve mimé, parlé ; il ne sort pas des limites physiologiques. Le somnambulisme appartient toujours à un état pathologique et se rattache aux névroses par ses caractères et son expression symptomatique. L’anesthésie est complète sur toute la surface du corps, peau et muqueuse; la sensibilité générale est abolie pour les organes des sens, et cependant les sens, envisagés comme organes de sensations spéciales, peuvent conserver un certain degré d’activité, dans une direction spéciale ; l’oubli le plus complet accompagne le réveil.

L’état décrit par Frank sous le nom de sommation spontanée, par opposition à la somniation artificielle, dans laquelle il fait rentrer tous les cas du sommeil magnétique, ne nous paraît autre que le somnambulisme naturel, avec cette différence qu’il est précédé de prodromes de phénomènes convulsifs ou cataleptiques et qu’il survient toujours au milieu de la veille; autant de signes qui le rapprochent du somnambulisme hystérique.

ce Celle-ci ^ dit-il en parlant de la somniation spontanée, se montre au milieu de la veille, soit instantanément, soit après quelques prodromes : la tristesse, une douleur de tête, des lipothymies; divers mouvements convulsifs, surtout des yeux; delà catalepsie ou de la danse de Saint-Guy. Bientôt le malade présente plus ou moins l’image d’une personne prise de sommeil. | En effet, s’il n’a pas les yeux toujours fermés, au moins sont-ils insensibles. Le pouls est souvent sain, ou il est plus lent qu’à l’état normal, et la chaleur du corps est naturelle; la respiration est à peine per-

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