Espanet, loc. cit., p
2. J. Frank, chap. xiii du Traité des maladies nerveuses, cité par Moissenet.
ceplible, et lorsque l’accès est passé, les malades reviennent à eux comme sortant d’un sommeil; d’autres fois ils marchent comme des somnambules, mais pendant le jour, et font même des voyages, rendent des oracles; sans qu’ils conservent pour cela le moindre souvenir de ce qu’ils ont fait. »
Si le somnambulisme dégagé de tout élément étranger constitue une névrose distincte, il n’en devient pas moins quelquefois l’expression symptomatique d’une autre névrose (hystérie ou épilepsie, par exemple), aux autres signes de laquelle il se trouve plus ou moins mêlé.
Herpin signale le somnambulisme dans les accès incomplets d’épilepsie. Il se produit après le vertige épileptique, à ce moment qu’il désigne sous le nom de période de retour. Nous avons eu occasion d’en observer un exemple chez un jeune garçon de treize ans.
Les femmes hystériques sont, de toutes, les plus sujettes à cette perturbation nerveuse. La facilité avec laquelle on produit chez la plupart d’entre elles le somnambulisme artificiel le prouve surabondamment, et ce fait est connu depuis longtemps, à savoir que la plupart des somnambules dites magnétiques sont hystériques. Il n’est donc pas surprenant de voir le somnambulisme survenir spontanément chez les hystériques et se mêler plus ou moins aux attaques convulsives.
§ — attaque de somnambulisme.
Quel est le mode de combinaison du somnambulisme hystérique avec les convulsions, et à quel moment de l’attaque survient-il?
Le somnambulisme hystérique est presque toujours précédé de signes épileptoïdes et parfois de grandes convulsions.
Briquet rapporte le cas d’une jeune fille hystérique qui avait tous les jours deux attaques d’hystérie : l’une à midi, qui était une attaque hystérique convulsive ordinaire de moyenne intensité et d’une durée d’un quart d’heure ; l’autre, qui avait lieu régulièrement tous les soirs entre six et sept heures, était une attaque de sora-
ATTAQUE DE SOMNAMBULISME
nambulisme. Elle se levait, allait regarder à une fenêtre voisine avec une attention que rien ne pouvait distraire, car elle n’entendait rien de ce qu’on lui disait, et paraissait ne pas voir autre chose que ce qu’elle regardait. Si on l’éveillait en la secouant un peu dans cette position, elle tombait raide à bas de sa chaise jetait un grand cri, et avait me petite attaque convulsive. Au début de son premier sommeil, il y avait un léger raidissement du corps et un moment de coloration rouge à la figure.
Deux observations recueillies dans la clientèle de ville de M. Charcot, montrent l’accès de somnambulisme hystérique, précédé dans l’une de crises épileptiformes, et dans l’autre, qui a trait à un jeune garçon, de crises convulsives avec sanglots et pleurs.
I.—Voici les quelques renseignements du docteur Hillairet,au sujet d’un jeune malade, qu’il adresse à M. Charcot.
« Je vous adresse le jeune élève du lycée X..., sujet depuis quelque temps à des crises nerveuses hystériques. Samedi dernier, à cinq heures du soir, il a été pris de convulsions avec rires et pleurs. Cet état était accompagné d’une hyperesthésie extraordinaire, à tel point que le moindre frôlement, même sur les vêtements, provoquait aussitôt une secousse générale dans tous les membres et il a été suivi par une scène de somnambulisme qui a duré trois quarts d’heure environ. Pendant cette nouvelle phase, notre jeune homme se promenait les yeux fermés, parlait et faisait des calculs sans lumière aucune. L’hyperesthésie a persisté tout le temps, et il n’était pas possible de l’effleurer sans provoquer un tressaillement violent. ^Tout cela s’est terminé par une détente générale, et le malade a ouvert les yeux dans son état habituel, sans fatigue aucune. 11 paraît qu’il a eu plusieurs crises de ce genre déjà, et dont la durée a été beaucoup plus longue. L’an dernier, l’une d’elle a duré un jour et une nuit. »
Une note jointe à la lettre de M. Hillairet ajoute ces quelques renseignements :
Agé de vingt ans, atteint depuis un an et demi d’accidents hystériformes, avec somnambulisme. Les accès sont le plus souvent causés par une fatigue excessive ou un chagrin.
Pendant l’accès de somnambulisme arrivé en novembre, il a écrit une lettre, fait un repas, joué aux dames.
Il ne conserve aucun souvenir de ce qui s’est passé pendant l’accès.
II. — Mademoiselle J.... Grises de somnambulisme hystérique précédées d'accès épileptiformes.
Arrivée de la Havane, à Paris depuis cinq ans, âgée de vingt ans, pâle, laide, petite, un peu boulotte et lympathique.
Elle demeure depuis cette époque avec sa belle-sœur et sa mère. Lors de son arrivée à Paris, elle apprit que son frère venait d’y mourir; elle en fut vivement frappée, et c’est à partir de cette époque qu’ont commencé, les accidents qu’elle éprouve encore aujourd’hui, à savoir ; somnambulisme spontané et crises hystériques épileptoïdes peu accentuées, esquissées.
Elle s’endort tout à coup, sans autre prodrome qu’une donleur sincipitale; elle s’endort les yeux ouverts, marche, s’agite, parle. Il n’y a pas de chute au début de l’accès. L’état peut durer plusieurs heures, une journée entière, quelquefois on la couche dans cet état.
La nuit, elle se relève souvent dans le même état, se promène dans l’appartement. Toujours en pareil cas elle cherche sa tante et s’irrite beaucoup quand elle ne la trouve pas; elle a au contraire de la répulsion pour sa mère. On n’a pas encore trouvé moyen de la réveiller à coup sûr. Dans ces derniers temps, les accès se sont un peu éloignés; mais il s’y est adjoint de l’excitation, des tentatives de suicide, elle a menacé de se jeter par la fenêtre.
Elle ne conserve aucun souvenir de çe qui s’est pa^sé.
La plupart des attaques de somnambulisme débutant d’emblée; d’autres fois, elles sont précédées de crises épileptoïdes avec tétanisme des bras, gonflement du cou, perte de conscience, après quoi le somnambulisme commence.
II paraît qu’autrefois, à l’origine, les crises épileptoïde s ont été plus violentes et plus nombreuses, s’entremêlant avec les crises de somnambulisme, sans qu’on ait pu préciser le mode de cette combinaison.
On ne s’aperçoit de la somniation que par la fixité du regard et les modifications dans l’attitude. On n’a pu me dire s’il y avait palpitation des paupières.
La malade montre très nettement une douleur ovarienne gauche. Il n’y a pas d’anesthésie nette de ce côté. Elle est assez bien réglée. Les accès surviennent surtout à l’époque des règles. Elle reste donc aujourd’hui quelquefois trois semaines sans accès.
Les nuits sont agitées par des rêves pénibles, des cauchemars, vue de voleurs, etc...
Elle a cru pendant longtemps que quelqu’un lui tirait la robe par derrière.
Cette jeune fille est manifestement hystérique.
L’ovarie, les hallucinations du jour, les cauchemars de la nuit, et les crises convulsives épileptiformes, même en l’absence de
ATTAQUE DE SOMNAMBULISME
symptômes d’anesthésie ou d’hyperesthésie, indiquent suffisamment que la névrose dont est atteinte la malade, ne saurait être autre que l’hystérie.
Les accès de somnambulisme ont été précédés parfois de crises épileptoïdes. Nous avons affaire ici à une hystérie qui compte au nombre de ses manifestations le somnambulisme.
Dans une observation publiée par M. Moissenet sous le titre à’Observation de sommation spontanée avec convulsions hystériformes^, le début des scènes de somnambulisme était brusque. Mais le retour à l’état normal spontané ou provoqué était toujours signalé par des convulsions cloniques, générales ou partielles, des pleurs et des sanglots. La malade était une jeune fille américaine de l’âge de neuf ans. Les attaques changèrent de caractère à la suite de l’apparition des règles qui, chose extraordinaire dans nos climats, survinrent à l’âge de dix ans.Elles devinrent alors uniquement convulsives; on y retrouve signalée la phase épileptoïde avec prédominance marquée du tétanisme ; la malade se plaçait ensuite en arc de cercle.
M. Mesnet a publié une observation bien remarquable de somnambulisme hystérique que nous rappellerons seulement ici.
Les accès d’hystérie étaient compliqués d’extase, de catalepsie et de somnambulisme. M. Mesnet fait remarquer que l’extase, la catalepsie et le somnambulisme n’ont appartenu qu’à l’une des phases de la maladie; nés dans la période occasionnelle de l’hystérie, ils ont grandi avec elle, et déjà ils avaient disparu que l’anesthésie et la convulsion existaient encore.
L’extase, la catalepsie et le somnambulisme se reproduisent toujours à la suite de violentes convulsions hystériques sans transition, et, par là même, paraissent remplacer la troisième période des attitudes passionnelles. L’extase décrite ici répond évidemment à ce que nous avons désigné sous le nom d’attitudes passionnelles, et M. Mesnet dit que l’extase, comme la catalepsie, se sont
1. Actes de la Société médicale des hôpitaux de Paris. Deuxième fascicule, p. 223.
montrées tellement unies aux accès de somnambulisme qu’il serait impossible de les en séparer.
Il me suffira de citer ce passage qui montre bien les connexions qui existent entre l’attitude passionnelle et le somnambulisme.
« Somnambulisme des 31 décembre et 1'"' janvier. La scène fut bien différente : à trois heures du matin, la convulsion hystérique apparut beaucoup plus violente encore, et fut suivie sans transition de catalepsie, puis d’extase. L’hallucination de l’extase devait être effrayante, à en juger par l’expression delà malade et l’attitude qu’elle nous présentait; elle était assise sur son lit, les yeux fixes, largement ouverts, les bras étendus, paraissant suivre toutes les péripéties d’un drame qui se déroulait sous ses yeux; puis brusquement elle se jeta en avant, en s’écriant : « Laissez-les-moi ! laissez-lesmoü... Ne les faites pas mourir!... Ces affreuses bêtes vont les dévorer! » Et elle poussa un cri déchirant. C’est alors qu’elle se leva, s’habilla comme les nuits précédentes, à cela près qu’elle agissait avec une activité plus grande. Aussitôt sa toilette terminée, elle court à sa fenêtre, saute sur l’appui de sa croisée, essaye de se précipiter ; la persienne fermée l’arrête, elle la secoue violemment, essaye de la disjoindre; elle se précipite dans la chambre, et tombe sur le parquet sans se réveiller. Elle monte sur les chaises, sur la commode, se précipite encore; ses traits contractés, ses gestes violents, témoignent du mécontentement que lui cause notre intervention, mais elle ne nous reconnaît pas, et ne prononce aucune parole. L’un de nous passe dans la pièce voisine, ferme d’un tour de clef la porte de l’appartement, dans la crainte qu’elle veuille sortir; elle accourt aussitôt, veut s’emparer de la clef, et lutte avec celui de nous qui l’avait en sa possession. Nous éteignons la lumière; elle va aussitôt à sa table de nuit, prend une boîte d’allumettes, et rallume la lampe L »
L’accès de somnambulisme se terminait souvent par des convulsions hystériques. On ne saurait méconnaître ici le lien qui réunit le somnambulisme aux attitudes passionnelles. A la suite d’une attitude passionnelle avec hallucination, la malade devient somnambule sans transition. Il semble que le second état dérive naturellement du premier. L’hallucination qui préside à l’une, l’idée fixe qui dirige l’autre, prennent naissance à la même source. C’est le même état psychique transformé suivant la nature de la manifestation morbide. Dans l’attitude passionnelle, la malade voit ses enfants, ils vont périr et l’appellent à son secours. Dans le