INFECTION LOCALE
Neuf cobayes adultes et sains ont été inoculés en même temps dans le tissu conjonctif sous-cutané de la face antérieure de la cuisse gauche avec un demi centimètre cube d’une culture sur bouillon de bactéridie charbonneuse.
La culture de virulence moyenne avait été laissée auparavant pendant deux jours à l’étuve à 37°; elle tuait le cobaye témoin en 46 heures. .
Ces cobayes ont été ensuite sacrifiés en série par piqüre du bulbe, et le sang du cœur recueilli avec une pipette stérilisée a été ensemencé chaque fois sur gélose.
1° Evolution de infection charbonneuse dans le ganglion lymphatique. — Avant de faire l'étude détaillée de chacune des altéralions ganglionnaires, il y a avantage au point de vue de la méthode, à envisager dans une vue d'ensemble la succession des phénomènes qui se passent dans le ganglion du côté correspondant à linoculation, et dans le ganglion du côté opposé.
A. Ganglion inguinal gauche. — La réaction des ganglions débute peu de temps après l'inoculation des germes morbides et se produit d'abord et avec une plus grande intensité au niveau du ganglion inguinal gauche qui reçoit directement les Iymphatiques du foyer d’inoculation. ,
Dès le début (40 minutes après l’inoculalion), le ganglion est congestionné, et quelques hémorragies se font dans les sinus, le système
le nombre re cellules tros
caverneux et même dans les cordons;
philes diminue aussitôt.
Après 1 heure, la congestion s’accentue, les hémorragies done
plus abondantes dans les voies lymphatiques et les cordons ; quelquesunes se font dans le tissu conjonctif périganglionnaire. Des leucocytes polynucléaires PRE dans les cordons et les systèmes caverneux.
Après 2 heures 15, leucocytes polynucléaires n'augmentent plus et tendent même à diminuer : on en retrouve encore quelques-uns dans les voies lymphatiques. Les cellules fixes du réticulum des systèmes caverneux commencent à réagir un peu; quelques cellules se tuméfient . et englobent des hématies.
Après 4 heures el demie, les leucocytes polynucléaires diminuent et ne se voient plus qu'en petit nombre dans les systèmes caverneux. La réaction du réticulum des voies lymphatiques est très nette; les cellules gonflées, arrondies englobent des hématies ; quelques-unes contiennent déjà du pigment ocre. La réaction du tn de la nappe réticulée et des cordons commence; les endothéliums vasculaires se tuméfient. L’étendue des centres germinatifs est un peu diminuée par l'accumulation des lymphocytes de la couronne périphérique.
Après 8 heures 30, les hémorragies présentent moins d'importance, les hématies sont en partie résorbées. La réaction du réticulum de la substance folliculaire et des voies lymphatiques atteint son maximum. Les systèmes caverneux contiennent quelques cellules endothéliales desquamées. Les centres germinatifs sont très diminués et présentent même quelques phénomènes de destruction nucléaire.
Après 18 heures, les hémorragies ont diminué; on ne retrouve plus de leucocytes polynucléaires. La réaction du réticulum persiste, mais montre une tendance à s'atténuer. Les centres germinatifs diminuent de plus en plus.
Après 24 heures, on voit encore dans les voies lphatans quelques hémorragies et un très petit nombre de leucocytes polynucléaires. Les phénomènes d'englobement des hématies se poursuivent, mais le gonflement du réticulum a diminué. Les follicules ont presque tous perdu leur centre germinatif et sont mal limités. -
Après 48 heures, les hémorragies, le gonflement du réticulum a beaucoup diminué. Les follicules ne possèdent plus que quelques vestiges des centres germinatifs.
Enfin lorsque l'infection, ayant atteint son stade ultime, a tué le cobaye, outre les altérations précédentes qui se retrouvent encore à un degré plus ou moins marqué, on observe des phénomènes de destruction nucléaire dans les follicules.
B. Ganglion inguinal droit. — Dès le début (après 40 minutes), le
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ganglion inguinal droit se congestionne, comme le ganglion inguinal gauche, et présente une diapédèse très active au niveau des cordons et des voies lymphatiques. Les cellules éosinophiles diminuent.
Après 1 heure, la congestion s'accentue; des leucocytes polynucléaires en très petit nombre passent dansles voies lymphatiques.
Après 2 heures 15, le réticulum des voies lymphatiques, des-cordons et de la nappe réticulée commence à réagir; la réaction est plus marquée pour celui des cordons et de la nappe réticulée. Les endothélium vasculaires se gonflent. On note toujours très peu de leucocytes polynucléaires.
Après 4 heures 30, même aspect.
* Après 8 heures 30, même aspect: hypertrophie légère du réticulum, présence de quelques leucocytes polynucléaires dans les cordons ; mastzellen et cellules éosinophiles très nombreuses en certains points des cordons, HE
Après 18 heures, l'infection générale est constituée. Des hémorragies abondantes se font dans la nappe réticulée et les voies lymphatiques. Les centres germinatifs sont un peu diminués par l’envahissement des lymphocytes. Les leucocytes polynucléaires ont disparu. Le réticulum des voies lymphatiques n’est que peu hypertrophié. ;
Après 24 heures, on constate encore quelques hémorragies; un peu d’épaississement du réticulum. Les leucocytes polynucléaires ont disparu. Re”
Après 48 heures, même aspect.
Lorsque l'infection a amené la mort spontanée du cobaye, les lésions du ganglion inguinal droit se rapprochent beaucoup de celles du ganglion gauche et ne s’en distinguent que par un degré un peu moins élevé. :
2 Étude analytique des altérations des ganglions. A. Ganglion inguinal gauche (correspondant au foyer d'inoculalion). — Le premier degré de la réaction ganglionnaire est caractérisé par une injection des vaisseaux sanguins accompagnée d’une diapédèse active au niveau des capillaires. Dans les cordons, qui représentent la région la plus vascularisée des ganglions, un certain nombre d’hématies {traversent la paroi des capillaires dilatés et deviennent libres dans le réticulum au milieu des cellules lymphatiques. Dans les sinus et dans les systèmes caverneux, on retrouve ces mêmes hématies libres, isolées ou réunies: en petits Las, quelquefois entourant une des
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cellules fixes du réticulum. Cette hémorragie légère, accompagnée de l'issue hors des vaisseaux de quelques leucoeytes polynucléaires, est la seule lésion constatable au début. À peine note-t-on une diminution des cellules éosinophiles, et l'hyper- : trophie de quelques cellules fixes du réticulum entourées par
les globules rouges. | LES
Dans les stades suivants, la congestion et la diapédèse s’accentuent. Les globules rouges se répandent dans les sinus caverneux qu'ils parviennent presque à obstruer en certains points. Ils se réunissent par petits groupes arrondis de 8, 10 au plus, et. entourent les cellules fixes du réticulum et les leucocytes mononucléaires libres dans les voies lymphatiques. 2
Les hémorragies ont pour siège de prédilection les systèmes É caverneux, puis les cordons, les sinus sous-capsulaires et interfolliculaires ; on peut les retrouver dans la nappe réticulée. Dans le cas où l'infection est intense on peut même voir de petites hémorragies au centre des follicules ; ceux-ci sont parfois minés à leur périphérie par les hématies qui envahissent la couronne de lymphocytes.
Toutes ces hémorragiés étant d’origine capillaire, sont diffuses
etne se présentent jamais en nappe, comme dans le tissu conjonctif périadénilique. Leur intensité varie suivant les cas, mais elles sont toujours très considérables dans les infections | 2 charbonneuses. Ce processus n’est qu'une exagération du processus de diapédèse normal : on peut en effet rencontrer quelques rares hématies libres dans les voies lymphatiques des ganglions normaux.
- Que devient ce sang ? Nous verrons plus loin qu'il est repris par les grands leucocytes mononucléaires et surtout par les cellules fixes du réticulum qui s'hypertrophient, absorbent les hémalies, les digèrent et se chargent de pigment sanguin. C'est ainsi qu'après un certain temps, les hématies disparaissent des voies lymphatiques du ganglion.
Presque en même temps que les globules rouges, des /eucocytes . polynucléaires sortent des vaisseaux et deviennent libres dans les cordons folliculaires, les sinus caverneux ‘et les sinus sous
capsulaires. Ils forment, au début, de véritables manchons autour des capillaires des cordons, puis des amas dans les voies lymphatiques. Ils sont toujours moins nombreux danses sinus périphériques, ce qui semblerait indiquer que, si quelques-uns d’entre eux arrivent au ganglion par les vaisseaux lymphatiques, le plus grand nombre y sont apportés par les vaisseaux san-
guins, ce qu'il est d’ailleurs possible deconstater directement ; - si on examine en effet le tissu conjonelif périganglionnaire, aux
différentes heures de l'infection et surtout au moment de l’apparition des leucocytes polynucléaires dans les voies Iymphatiques du ganglion, on y trouve des vaisseaux sanguins congestionnés contenant un nombre normal de leucocytes po- Jynucléaires et de petits vaisseaux lymphatiques contenant un peu de sang et quelques leucocytes mais très peu de polynucléaires. Nous n'avons vu qu’une fois un gros vaisseau lymphatique chargé de leucocytes polynucléaires.
Les leucocytes polynucléaires ne jouent dans l'infection charbonneuse qu'un rôle éphémère ; comme leur àpparition, leur disparition est précoce. Après 8 heures, on n’en trouve plus que dans les cordons folliculaires. Après 18 heures, on n’en retrouvé plus. Peut-être sont-ils destinés à assurer la défense du ganglion alors que les autres moyens de protection ne sont pas encore constitués.
L'infection charbonneuse se distingue par le peu d’importance du rôle des leucoeytes polynucléaires qui y sont toujours relativement peu nombreux.
Le gonflement du ganglion, qui se manifeste très rapidement, ne tient pas seulement à la congestion dont il estle siège, mais aussi à l'augmentation du nombre des cellules ymphatiques qu'il contient. Celles-ci subissent, dans la nappe réticulée, les follicules et les cordons folliculaires, une augmentation très nolable quise traduit par un tassement des cellules et un élargissement des parties constituantes du ganglion.
Les cellules fixes du réticulum des voies lÿmphatiques et les cellules endothéliales appliquées à la surface des cordons et des follicules prennent une part importante à la réaction inflamma-
toire (voir pl. IT). Ges deux sortes de cellules, qui sont d’ailleurs identiques puisque la cellule endothéliale n’est qu'une cellule
conjonctive modifiée pour jouer un rôle de protection, se com-
ortent de la même facon. Quatre heures après l’inoculation des bactéridies, elles commencent déjà à se tuméfier ; leur noyau se gonfle, devient vésiculeux, clair et ovalaire ; leur protoplasma
augmente, quelques-unes contiennent deux noyaux. La cellule
endothéliale qui était primitivement plate et appliquée contre une mince travée conjonctive, se soulève et forme une saillie
semi-circulaire, puis elle se redresse et reste attachée à la paroi par un pied rétréci, tandis que les minces fibrilles du réticulum s
qui prenaient naissance à son niveau la relient aux cellules voisines. À un degré plus avancé, elle ne reste plus attachée au bord du sinus que par un prolongement fibrillaire. Celui-ci se rompt et la cellule devient libre; elle perd alors ses prolongements et s’arrondit. ROSÉ Les cellules accolées aux fibrilles du réticulum des sinus, et celles qui sont situées aux points nodaux de ce réticulum se
gonflent de la même facon, s'arrondissent et perdent leurs pro=
longements. Lorsqu’elles sont parvenues à cet état, il est extrè-
mement diflicile de distinguer.les cellules endothéliales et con-
jonctives gonflées d’un leucocyte mononucléaire ; rien ne les différencie au point de vue de la forme et de la coloration ; d’ailleurs leurs fonctions sont identiques à celles du leucocyte mononucléaire ; comme nous le verrons plus loin, elles englobent les hématies, les débris cellulaires et les bactéridies et jouent le rôle de cette variété de globules blanes que Metchnikoff désigne sous le nom de macrophages. Les voies lymphatiques peuvent être complètement encombrées par ces cellules, ce qui rend la distinction moins facile entre les cordons et les sinus Caverneux.
A un stade plus avancé de l'infection, les cellules desquamées prennent un aspect particulier : le protoplasma devient homo-
gène, légèrement vitreux et se teinte forte par l’éosine et lau-
rantia , le noyau situé au centre ou à l’un des pôles de la cellule perd son aspect vésiculéux, se contracte et prend plus
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fortement et uniformément les matières colorantes ; noyau et corps cellulaire se colorent mal par la thionine. Cet aspect, qui est la caractéristique des infections à durée
assez longue, s'observe peu dans l’infection charbonneuse qui a une marche très râpide et tue le cobaye dans l’espace de deux jours en moyenne.
Les cellules endothéliales et les cellules fixes hypertrophiées
jouent un rôle très actif : c'est à elles qu'est due la résorption
des hématies épanchées dans les voies lymphatiques. Dès le début de l'infection, les globules rouges libres s’accolent aux
cellules du réticulum et aux leucocytes mononucléaires et les
entourent ; quelquefois c’est à peine si l’on devine le noyau de
la cellule ide caché sous un amas de globules rouges; d’autres
fois ces derniers moins abondants formentune couronne régulière autour du protoplasma cellulaire ; enfin, on voit parfois une hématie accolée à un noyau contourné dont on n pero plus : corps cellulaire.
- À mesure que les cellules se gonflent, leur protoplasma en-
= D les hématies et les ie . Celles-ci font une saillie de É moins en moins grande à la surface de la cellule et s’enfoncent
dans l’intérieur à corps cellulaire où on les retrouve sous dif- férentes formes. Tantôt elles ont conservé leur forme et leur coloration, tantôt elles ont conservé leur forme et perdu leur coloration et apparaissent comme des taches plus claires que le reste de la cellule; ces taches arrondies, ayant la même dimension que les hématies, doivent être distinguées des vacuoles
qui s'observent aussi dans les macrophages et qui accompa-
gnent les phénomènes de digestion intracellulaire ; ces vacuoles sont alors situées autour des cellules ou des débris en-
globés par les phagocytes.
Plus tard enfin, on ne retrouve plus la forme des globules rouges, mais la cellule qui les a résorbés se reconnaît au pigment rouge brun qu'elle contient. Ce pigment est tantôt réparti d’une manière diffuse dans le protoplasma de la cellule ou d’une partie de la cellule, tantôt il se présente sous l aspect de petits grains de couleur jaune brun. Lorsqu'on traite