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CHAPITRE IT

MODE D'ALTÉRATION DES GANGLIONS DANS LES PROCESSUS INFECTIEUX Hémorragies. — La congeslion, qui est habituellement un

phénomène de défense, peut atteindre un degré tel qu’elle devient une cause de destruction de l'organe. La fragilité naturelle des vaisseaux (il n’y a presque que des ne dans le ganglion), l’altération de leurs parois sous l'influence des toxines microbiennes, les modifications chimiques et mécaniques des globules rouges expliquent la fréquence de ces hémorragies.

Le processus hémorragique n’est pas un phénomène absolument banal, et dans le ganglion comme dans le reste de l’organisme, certaines toxines ont plus que d’autres la faculté de le provoquer. C'est ainsi que les hémorragies sont la règle dans l'infection charbonneuse expérimentale, dans l'intoxication diphtérique et dans l'infection pneumococcique, alors qu'elles sont plus rares dans l'infection à staphylocoques. Un même microbe peut d'ailleurs, selon son degré de virulence, être plus ou moins hémorragipare hroptoren ttes pneumocoque).

Ces hémorragies se produisent autour du ganglion, et le sang qu'on rencontre à l’intérieur de celui-ci, y peut être apporté par les voies lymphatiques afférentes. Les hémorragies se font aussi et le plus souvent dans l'intérieur du ganglion, de préférence dans les cordons et dans les voies lymphatiques, le système folliculaire étant généralement épargné. On peut voir même quel-

quefois des hémorragies disséquer le tissu ganglionnaire et ne laisser intacts que les follicules qui forment de véritables ilots au sein d’une nappe sanguine (ex : infections charbonneuse, pneumococcique). Cette dilacération de l'organe amène sa perte physiologique. Les hémorragies peuvent apporter avec elles dans le tissu ganglionnaire des bactéries en circulation dans le sang. | es Lorsque les hémorragies sont moins importantes, les globules rouges épanchés semblent être attirés par les globules blancs, et souvent l’on observe, autour d’un gros phagocyte formant centre, des globules rouges rangés en couronne périphérique, rappelant par leur disposition les pétales d’une marguerite autour des étamines. Progressivement, les hématies sont englobées par le protoplasma du phagocyte, dans l'intérieur duquel on les retrouve avec leur forme et leur coloration spéciale, quelquefois entourées d’une vacuole claire. Plus tard elles y subissent des altérations digestives; leur pigment est absorbé par le protoplasma cellulaire, et transformé en grains de pigment ocre qui se répandent par diffusion dans la cellule.

Suppuration. — Les leucocytes polynucléaires qui arrivent au ganglion dès le début de l'infection, disparaisssent lorsque la guérison va se produire. Parfois au contraire, leur nombre s’exagère au point qu'ils remplissent complètement les voies lymphatiques ; de plus, par suite d'un processus nécrotique, ils aboutissent à la formation de véritables foyers de suppuration. Dans ces cas, on trouve, à la périphérie du ganglion, les vaisseaux lymphatiques et le tissu cellulaire périganglionnaire bourrés de leucocytes polynucléaires dont un certain nombre déjà sont en voie de désintégration; toutes lés voies lymphatiques intraganglionnaires sont remplies de leucocytes polynucléaires mélangés aux cellules endothéliales desquamées el généralement nécrosées ; on peut même retrouver ces cellules de pus dans les cordons et dans la nappe réticulée. |

Il ne faut pas oublier cependant que les voies lymphatiques présentent une grande résistance à l'envahissement par les polynucléaires nécrosés; on peut voir le ganglion baigner dans le

pus et ne présenter encore dans son intérieur que quelques globules du pus. Plus marquée encore est la résistance du système folliculaire qui ne se laisse envahir que lorsque ses éléments sont eux-mêmes altérés.

Tousles points du ganglion ne sont pas envahis en même emps et certains territoires peuvent former de petits abcès.

Nécrose dans les voies lymphatiques. — Nous avons vu que le réliculum des voies Iymphatiques prenait une part considérable à la réaction inflammatoire et que les cellules fixes et endothéliales gonflées se détachaient, devenaient libres et se mêlaient aux leucocytes mononucléaires en circulation dans la lymphe pour constituer de véritables phagocytes. À un degré plus avancé de l'infection, toutes ces grosses cellules subissent, sous l’influence des toxines, un processus mortifiant et entrent en dégénérescence hyaline ; leur protoplasma prend plus fortement les matières colorantes acides ; leurnoyau, d’abord très volumineux, se réduit et se teinte d’une façon plus intense et uniforme par l’hématéine; on ne voit plus, à son intérieur, de granulation de nucléine. Ces cellules sont identiques à celles que l’on voit dans les alvéoles pulmonaires au cours de la pneumonie, dans le tissu conjonctif enflammé et dans la pulpe de la râte des typhiques (Bezançon).

. D'ailleurs elles ne se forment pas que dans le ganglion ; les voies lymphatiques afférentes sont souvent dilatées et encombrées par les mêmes cellules mèlées à de la fibrine et à des leucocytes polynueléaires. C’est ce qu'on constate dans les infections bronchopneumoniques. Il en résulte que les voies lymphatiques des ganglions bronchiques présentent un véritable encombrement le Rte très tassées et devenues polyédriques par pression réciproque. Par suite de cette distension des sinus souscapsulaires etinterfolliculaires, le volume des follicules se trouve parfois très réduit.

Dans la suite, ces cellules placées dans de mauvaises conditions nutritives se nécrosent; le protoplasma se colore de plus en plus mal ; il prend un aspect granuleux, et ses limites sont diffuses : le noyau, d’abord plus pâle, finit par ne plus se colorer du tout :

pa

Es S . « . Fr CE + la cellule est alors réduite à une masse irrégulière, pâle, qui se

déchiquète etse résout en granulations fibrinoïdes emportées par la lymphe.

Des altérations aussi marquées ne surviennent que dans les infections de durée assez longue ; certaines toxines les produisent plus particulièrement, la toxine typhique et la toxine pneumonique par exemple. Nous ne les avons pas rencontrées dans les infections expérimentales, probablement à cause de leur évolution trop rapide.

En mème temps que les cellules endothéliales desquamées, les leucocytes polynucléaires apportés au ganglion subissent la nécrose. Si quelques-uns sont encore intacts dans les troncs lymphatiques afférents, le nombre de ceux-ci devient déjà moindre dans le sinus, et les systèmes caverneux n’en contiennent plus aucun. Le protoplasma du leucocyte perd ses limites nettes, son noyau se déforme, se subdivise, se résout en une série de petits grains accolés, en une véritable poussière nucléaire, qui ne fixe plus les matières colorantes.

Nécrose dans les systèmes folliculaires. — ()n voit souvent apparaître dans les follicules et plus particulièrement au niveau des centres germinatifs, de petits foyers de nécrose quise distinguent du reste du ganglion par leur teinte plus claire. Ces foyers arrondis ou ovalaires peuvent grandir, se multiplier, envahir la nappe réticulée et même les cordons.

La nécrose porte sur les deux variétés de cellules qui occupent les follicules : les cellules claires, vésiculeuses (cellules endothéliales, conjonctives et leucocytes mononucléaires) et les petits lymphocytes.

Les cellules claires peuvent subir plusieurs modes d’altération :

4° Dans le premier cas, le noyau devientextrèmement vésiculeux, le réseau chromatique se rompt et la chromatine se réunit en deux ou trois amas, disséminés dans l’intérieur du noyau. Quelquefois lachromatine forme des bandes accolées à la paroi; de sorte que la membrane nucléaire reste seule colorée, et plus fortement qu’à l'état normal, tandis que la partie centrale du

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noyau ne présente plus aucune granulation. Le noyau conserve

sa forme ou prend celle d’une caisse à violon: “

2° Souvent après une phase d'hypertrophie, le noyau se plisse, se déforme, devient extrêmement irrégulier ; la chromatine se. tasse en certains points, laissant le reste du noyau clair; il en rébulte des cellules épithélioïdes analogues à celles des follicules tuberculeux ;

- 3° A côté des altérations précédentes, on trouve généralement dans le même foyer nécrotique des cellules dont le noyau’ a bourgeonné, comme s’il tendait à se faire une division directe ou indirecte de la cellule. Ce bourgeonnement se produit avec ou sans augmentation de la chromatine. Dans le premier cas, le noyau est formé par la réunion de 3 ou 4 petits lobes assez clairs. Dans le second cas, les grains de chromatine irréguliers, plus ou moins nombreux, restent reliés entre eux par de petits fils chromatiques, formant ainsi des figures bizarres et très | variées. Ce sont ces aspects qu'Arnold a-décrits sous le nom de. « fragmentation indirecte » et qu’il considère, en s'appuyantsur la conservation des filaments chromatiques et sur la coloration aussi foncée que celle des figures de karyokinèse, comme une variété de mitose, particulière aux organes lymphoïdes. Œrtel : la retrouve dans les ganglions diphtériques et la regarde comme une karyokinèse pathologique. Mais la présence exqusive de ces figures dans les ganglions atteints de nécrose, l'absence de corps cellulaire environnant, doiventles faire considérer plutôt comme une forme de destruction nucléaire.

Les lymphocytes subissent aussi plusieurs variétés d’altéra- : Hons : 1° un certain nombre semblent se transformer en leucocytes à noyau vésiculeux, à protoplasma plus abondant et ces leucocytes transformés peuvent eux-mêmes subir la nécrose :

2° Les lésions capitales consistent en une nécrose directe du lymphocyte qui devient irrégulier, à bords crénelés, l’aspect irrégulier étant dû à de petites boules de chromatine détachées de la masse principale à laquelle des filaments chromatiques les relient parfois. Il n’est pas rare de voir 5 ou 6 de ces excroissances de volume très variable. Ces granulations chromaliques

se détachent ensuite de la cellule et déviennent libres. On peut les identifier aux « tingible-kærper » de Flemming ; : 3° Les lymphocytes altérés se présentent encore sous un autre

aspect : la chromatine a disparu du centre du noyau,et ne per-

siste qu'à la périphérie sous forme d'une mince bordure qui représente tantôt un cerele complet (aspect en ©), tantôt un cercle incomplet (aspect en croissant - en double accent : ).

Toutes ces formes de nécrose peuvent se rencontrer simultanément ; cependant chaque toxine entraîne pour ainsi dire sa lésion spécifique qui prédomine sur les autres variétés d’altérations. : | # |

La loxine diphtérique et la toxine charbonneuse produisent plus spécialement la fragmentation nucléaire avec surproduc-

tion de chromatine et conservation des filaments chromatiques.

La toxine pneumonique détermine plutôt l'expulsion de boules chromatiques et la vésiculation du noyau des lymphocytes.

La toxine staphylocoecique amène surtout des formes de division directe avec bourgeonnement du noyau sans accumulation de chromatine ie

La toxine typhique, qui. frappe surtout les grosses cellules des voies lymphatiques, amène aussi l'expulsion de boules chromatiques du noyau des lymphocytes.

Quel que soit le mode d’altération des lymphocytes, le résultat est toujours le même, les grains de chromatine se résolvent en fragments de plus en plus ténus que l'on retrouve en liberté au milieu des cellules moins altérées. Cette fragmentation en arrive à un degré tel qu'on ne retrouve plus qu'une véritable poussière nucléaire. she

Tous les grains ne subissent pas cette fragmentation progressive, un certain nombre sont englobés par les’ macrophages (cellules endothéliales, cellules fixes et leucocytes mononu-

eléaires en circulation). Une variété de macrophages mérite

d'être mentionnée particulièrement ; c'est celle qui se présente à l'intérieur des centres germinatifs sous laspect d’une grosse

cellule ovalaire ou rameuse, à noyau vésiculeux, et dont le pro- “toplasma est farci de granulations foncées, à réaction nucléaire,

de dimension variable. Ces cellules, qui existent déjà à l’état normal dans les follicules, augmentent d'importance dans les infections expérimentales, au fur et à mesure que la karyokinèse diminue. ?

Dans certains cas, le ganglion est le siège d’un processus nécrotique qui frappe en bloe tout l'organe ; l'aspect est analogue à celui que donne un territoire organique privé de sang par un thrombus ou un embolus. Le noyau et le protoplasma des cellules ne se colorent plus, mais la topographie de l'organe persiste. Ce mode de nécrose se voit dans les ganglions de l’érysipèle du nouveau-né.

Il reste à mentionner quelques autres altérations.

Les vaisseaux sanguins peuvent être atteints d’endopériartérite et surtout d’une dégénérescence hyaline de leur tunique moyenne (fiève typhoïde, diphtérie, pneumonie, etc..). Dans un cas d'infection chronique à staphylocoques, j'ai même vu survenir une dégénérescence amyloïde des artérioles. |

Des thromboses vasculaires peuvent se produire soit à la périphérie, soit à l’intérieur du ganglion. AA

De la fibrine peut s'épancher à la périphérie du ganglion et dans les voies lymphatiques, comme il s’en produit au point d'inoculation (diphtérie, pneumonie).

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