CHAPITRE IV BACTÉRIOLOGIE
Du foyer d’inoculation, les microbes sont entraînés par les vaisseaux lymphatiques afférents au ganglion ; mais la manière dont ils se comportent à ce niveau est essentiellement variable.
4° Dans les cas les plus bénins, comme Metchnikoff l’a observé pour Pérysipèle curable, les microbes n'arrivent même pas au ganglion le plus voisin; ils sont détruits par la phagocytose dans le court trajet qui s'étend du derme au ganglion. Dans ces cas, la réaction locale est généralement très intense;
2 Dans certains cas, les microbes, après avoir produit une réaction plus ou moins forte à leur point d'entrée dans l'organisme, ne trouvent pas dans le premier groupe ganglionnaire une barrière suffisante. Ils franchissent ainsi une série de ganglions et ne vont déterminer de phénomènes appréciables cliniquement que dans des ganglions assez éloignés; c’est ce qu'on a observé plus d’une fois dans les infections à streptocoque ou après les piqûres anatomiques ; dans les infections expérimentales, il arrive aussi parfois que le ganglion éloigné réagisse plus que le ganglion local; ce fait peut tenir à une prédisposition anatomique du ganglion ;
3° Dans des cas très graves, le microbe très virulent ne détermine au niveau du derme aucune réaction, franchit tous les ganglions sans les ivriler d’une façon appréciable, passe dans le canal thoracique et arrive ainsi dans le sang : l'infection générale traduit seule la réaction de l'organisme; il y a eu sepli-
cémie d'emblée. Ces faits s'observent dans certains cas de piqûre anatomique ;
4° Le plus ordinairement, les microbes libres ou englobés par les phagocytes sont apportés au ganglion: Il semblerait théoriquement qu'on dut trouver des bactéries en plus ou moins grand nombre dans les voies lymphatiques afférentes, puis dans les sinus du ganglion lui-même; il n’en est rien. Si on trouve assez facilement des microbes dans les voies lymphatiques afférentes, autour du ganglion, on n’en trouve qu’exceptionnellement à l’intérieur du ganglion pendant la période de réaction. Les microbes arrivent probablement en petit nombre et sont englobés et digérés; peut-être sont-ils transformés en granules n'ayant plus les réactions colorantes ordinaires des microbes, ce qui rend leur recherche impossible. L’ensemencement du ganglion montrerait sans doute qu'il reste encore quelques bactéries, mais dans les conditions expérimentales, il est très difficile d’ensemencer le ganglion sans ensemencer aussi le tissu conjonctif périphérique.
Quoi qu'il en soit, il résulte de ces recherches que le ganglion en activité offre un terrain très défavorable au développement des bactéries et que celles-ci ne peuvent y coloniser que beau-
coup plus tard, quand le ganglion à demi détruit a perdu toute
sa résistance. Dans certains cas cependant, le ganglion devient un centre d’arrêt, une sorte de repaire pour les microbes, comparable en cela à la rate qui, dans la fièvre paludéenne et la fièvre récurrente, conserve dans sa pulpe des agents infectieux pouvant de nouveau infecter l'organisme. -
Phisalix, ayant inoculé à des cobayes une race spéciale de bactéridie charbonneuse atténuée, vit que les animaux ne mouraient pas. Les bactéridies n'avaient pas envahi la circulation sanguine, mais étaient restées cantonnées dans les ganglions les plus voisins du point d’inoculation, où, en sacrifiant l’animal, on les retrouva sous forme de coccus arrondis; par contre, l’ensemencement du ganglion donna naissance à des formes bacillaires. Les bactéridies étaient capables de rester sous cette forme dans le ganglion pendant une période de 29 à 72
jours ; puis la généralisation se faisait et entrainait la mort de l'animal.
Ces expériences prouvent la bossibilité d’un arrêt des mierobes dans les ganglions et d'une atténuation passagère de leur virulence ; celle-ci peut s'exalter plus lard, les germes les moins résistants disparaissant complètement, tandis que les plus virulents persistent seuls.
A une période plus tardive, lorsque l'infection a détruit le ganglion ou lui a fait perdre ses moyens de résistance, celui-ci se laisse envahir par les bactéries qui lui arrivent, soit par la voie lymphatique afférente, les bactéries venues du foyer d'infection primitif continuant à affluer au ganglion mais n'y étant plus détruites à mesure qu'elles arrivent; soit par la voie sanguine, l'infection générale de l'organisme amenant au ganglion, comme à tous les autres viscères, les bactéries qui ont pululé dans certains points, dans la rate ou dans l intestin par exemple.
Les bactéries se retrouvent surtout dans les sinus sous-capsulaires et en beaucoup plus petit nombre dans les sinus caverneux. Dans le sinus, elles sont le plus souvent libres, mais on les voit aussi dans l’intérieur des leucocytes polynucléaires et des macrophages (infection charbonneuse, érysipèle du nouveauné, peste). Elles peuvent se présenter sous un aspect anormal ; dans un cas de diphtérie, j'ai vu, tant à la périphérie du ganglion que dans les sinus, des bacilles de Lœæfiler transformés en granules arrondis, contenus dans l’intérieur des leucocytes.
La persistance de la phagocytose chez les individus qui ont succombé à l'infection nous montre bien la puissance de résistance du ganglion qui peut conserver en partie son rôle de défense alors que l’intoxication du reste de l'organisme est assez profonde pour que la mort survienne.
Les bactéries ne pénètrent qu'exceptionnellement dans les
cordons folliculaires et dans les follicules qui, comme les cor-
puscules de Malpighi de la rate, sont réfractaires à l’envahissement microbien (Bezançon). Cette pénétration ne se voit guère que si le follicule a été détruit par les hémorragies intrafolli-
culaires (charbon), ou par la nécrose totale (érysipèle du nou-
veau-né).
Les bactéries peuvent encore se retrouver dans les vaisseaux sanguins sous forme de trainées dessinant le trajet des capil-
laires (charbon).
Même dans les cas où l’envahissement des ganglions s'est
produit, le nombre de bactéries que l’on y retrouve est toujours relativement restreint et jamais les voies lymphatiques du gan-
glion ne présentent un feutrage de bactéries comparable à celui
qu’on voit dans la rate charbonneuse.
La résistance du ganglion à l'infection microbienne est encore démontrée par les recherches bactériologiques que J'ai faites sur l’envahissement des ganglions bronchiques par les microbes de l'infection pulmonaire. On a vu que le nombre des colonies microbiennes était toujours plus faible dans le ganglion que dans le tissu pulmonaire correspondant. Il faut ensemencer très largement la pulpe ganglionnaire, non seulement avec une pipette, mais à l’aide de petits fragments excisés aseptiquement pour obtenir quelques colonies. Souvent même, lorsque l’ensemencement avait prouvé l'existence d'une infection ganglionnaire, la recherche des microbes, par frottis sur lamelle ou par examen des coupes histologiques, a donné des résultats négatifs.
On peut done en conclure que le ganglion est un vérilable crible qui arrête les microbes au passage et les détruit ; si, comme le dit Perez, les microbes persistent 2 et 5 mois dans sa pulpe, ils ne persistent du moins qu'en petit nombre.
Les expériences de Phisalix el de Perez prouvent de plus
que les microbes, qui séjournent quelque temps dans le gan-
glion subissent une atténuation de leur-virulence. Perez à pu
obtenir, par le passage répété dans les ganglions, l’affaiblissement du pneumocoque, du bacille typhique, du staphylocoque, de la bactéridie charbonneuse, du bacille de la peste et de la tuberculose.
J'ai pu constater plusieurs fois cette atténuation de la viru-
re
lence. Dans un cas d'érysipèle du nouveau-né, le streptocoque
provenant de la plaque cutanée, inoculé à la dose de 1/2 centimètre cube de bouillon de culture, dans la veine de l'oreille, a tué un lapin adulte en 4 Jours avec infection générale, alors que le streptocoque recueilli au niveau du ganglion correspondant dans des conditions identiques et inoculé à la même dose à un lapin du même poids, n'en à amené la mort qu'après 2 mois.
Dans un autre cas j'ai isolé à la fois le pneumocoque d’un foyer pulmonaire hépatisé ct du ganglion bronchique correspondant. Le premier a tué la souris en 24 heures, le second en 4 jours.
LAB. 1i