DE LA RÉSINE (RÉSINA JALAPÆ
La racine de jalap, nous l’avons déjà dit, contient en moyenne 45 °/, de résine appelée autrefois magistère de jalap.
Cette résine est brune, âcre, non amère, opaque et d’un blanc plus ou moins jaunâtre, suivant le degré de pureté ; quand on la frotte ou qu’on la chauffe, elle dégage une odeur faible caractéristique; sa poudre est d’un Jjaune-clair. Elle détermine une constriction de l’arrière-bouche, suivie quelquefois de crachotements ; insufflée dans l’œil, elle y cause une cuissori douloureuse.
Elle se dissout dans l’alcool, les acides azolique et acétique ; elle est insoluble dans l’eau et dans l’éther, dans l'essence de térébenthine et dans l’ammoniaque; elle ne cède rien également aux huiles volatiles et à la benzine. Son insolubilité dans l’éther sulfurique est même un caractère distinctif de sa pureté; il en est de même avec l'essence de térébenthine. Elle se ramollit au contact du chloroforme sans s’y dissoudre sensiblement ; au bout de quelque temps, elle surnage ce liquide sous la forme d’une masse poisseuse.
L'alcool est son disolvant par excellence; elle est complète ment soluble aussi dans une solution de potasse caustique, caractère qui lui est commun avec les résines de scammonée et de gayac; mais ces deux résines sont solubles dans l’éther, ce qui les distingue de la résine de jalap.
QT —
Triturée dans l'acide nitrique, elle produit, au bout de quelques heures, un liquide sirupeux jaune verdâtre; M. Mayer a constaté qu’il se formail, dans ce cas, de l'acide oxalique.
Suivant l'analyse de Gæbel, elle serait constilute de carbone 96,62, hydrogène 9,47, oxygène 53,91.
Composition chimique. — Le principe actif de celte résine a été nommé convolvuline (C#H50), du nom du genre convolvulus ; cetle convolvuline appartient chimiquement au groupe des glucosides, c’est-à-dire des substances susceptibles de se dédoubler en plusieurs principes immédiats, parmi lesquels se trouve toujours la glucose.
C’est une substance résineuse qui paraît être un homologue de la jalapine, extraile du jalap fusiforme (jalap mâle de Ledanoïs), à tel point que certains auteurs ont prétendu, à tort, croyons-nous, que le jalap officinal est composé à partie égale de convolvuline et de jalapine ; mais cetle assertion est loin d’être démontrée. En effet, M. Mayer, a, il est vrai, annoncé que la convolvuline et la jalapine coexistaient dans plusieurs espèces de jalap, mais il n’oublie pas de faire des réserves el il ajoute que la convolvuline est plus abondante dans les variétés en forme de tubercules fexogonium purgu ou jalap officinal), landis que la jalapine prédomine surtout dans les variétés fusiformes. M. Guibourt semble partager celte opinion, en disant que la jalapine forme seulement les trois dixièmes de la résine de jalap.
Nous n'avons pas sans doute la prélention de faire la lumière sur ce point, mais il nous semble que la jalapine n’est pas un des principes constituants du jalap officinal, où du moins qu’il y entre en bien minime partie, si l’on s’en rapporte aux différences sensibles qui existent entre le jalap officinal et le jalap fusiforme. Eu effet, celui-ci, non seulement ne contient pas autant de résine que le premier, mais encore el surtout
PAS n'offre pas un principe purgatif aussi certain que celui du jalap tubéreux.
Il paraît donc vraisemblable qu'il doive exister une différence nettement tranchée dans la composition chimique de ces deux jalaps, puisque leurs propriétés purgatives sont si dissemblables.
Nous nous appuyons, dans notre dire, sur l'autorité de M. Naquet qui altribae la convolvuline au jalap officinal seul, comme M. Henninger fait de la jalapine le principe exclusif du jalap fusiforme.
Convolvuline. — La couvolvuline est incolore, inodore, insipide, transparente, soluble dans l'alcool et insoluble dans l’eau et dans l’êther. Son point de fusion est inférieur à 400°, quand elle est humide; il s’élève à 150° lorsqu'elle est sèche, point où elle fond en un liquide transparent el un peu jaune. Son insolubilité dans l’éther la distingue de la jalapine, comme nous l'avons dit plus haut ; lorsqu'on la pulvérise, elle donne une poudre semblable à la gomme arabique.
Elle se dissout facilement dans les solutions alcalines chaudes et même froides, en se transformant en acide convolvulique, l'acide acélique aussi la dissout, ainsi que l’acide nitrique, mais ce dernier à chaud, à moins qu’il ne soit concentré, dans lequel cas il y attaque immédiate et formation d’acide oxalique et d'acide ipomæique, qui se présente sous la forme d'aiguilles excessivement fines. Par l'acide sulfurique, elle prend une coloration rouge carmin qui vire au brun; il se produit dans celte réaction de la glucose el du convolvulinol, d'où ilrésulte, ainsi qu'il a été dit plus haut, que la convolvuline est un glucoside. Elle exerce nne action purgalive trèsforle, même à la dose de 0,10 centigrammes.
Préparation de la convolvuline. — Pour la préparer, on épuise la racine de jalap officinal par l’eau bouillante, puis on
A) ee la dessèche, on la pulvérise finement et on la soumet à l'action trois fois répétée de deux fois son poids d'alcool à 90°: le liquide alcoolique est ensuite traité par l’eau, jusqu’à ce qu’il se forme un trouble persistant et décoloré par le charbon animal. On évapore enfin la liqueur à siccilé. La résine qui reste comme résidu n’est pas pure.
Pour la purifier, on la pulvérise et épuise par l’éther, puis on dissout la résine dans la plus petite quantité d’alcool et on précipite la solution alcoolique par l’êther. On répète ce dernier trailement jusqu’à ce que le précipité soit tout-à-fait débarrassè des parlies solubles dans l’éther.
La convolvuline ainsi obtenue peut être considérée comme pure.
Acide convolvulique (CS*H'%O%Hf). — Pour oblenir cet acide, on soumet la convolvuline à l’action des bases, le plus souvent on l’a fait bouillir quelque temps avec de l’eau de baryte, en agitant continuellement.
C’est une substance blanche, attirant l'humidité, complètement soluble dans l’eau et l'alcool, insoluble dans l’éther. Dissoute dans l’eau, elle a une forte réaction acide et une odeur caractéristique rappelant celle des coings. Avec Pacide nitrique concentré, il se produit la même réaction qui à lieu entre cet acide et la convolvuline; il en est de même avec l’acide sulfurique.
L’acide convolvulique décompose aveceffervescence les carbonates alcalins et alcalino-terreux, solutions qui préciplent par le sous-acétate de plomb.
Les sels de baryte ou de chaux formés par l’acide convolvulique sur l’eau de baryte ou un lait de chaux, sont amorphes, jaunâtres, amers, solubles dans l’eau et dans l'alcool, fusibles entre 100°et 110°, donnant également par l’eau une solution à odeur de coing.
On obtient aussi un convolvulinale de potasse, en saturant cet acide par un excès d’alcali; ce sel présente les mêmes pro— priélés que les deux précédents.
Acide convolvulinolique (convolvulinol.)-- L'acidesulfurique et l'acide chlorhydrique étendus et bouillants convertissent l'acide convolvulique en acide convolvulinolique et en glucose …
L’émulsine produit le même effet sur l'acide convolvulique, comme on le voit par l'équation suivante:
C2H'%0*; + 8H?0 — CSH°07 + (6CSH120f).
Acide convolvulique Eau. Acide convolvulinolique. Glucose
Cet acide est un corps inodore, d’une saveur aigre et amère, gras au toucher, se ramollissant sous les doigts; il fond entre 38° et59°, fondu et mêlé à l’eau (qui le dissout mais moins bien que l’eau acidulée), il donne à ce liquide l'odeur du caroubier. L'acide sulfurique le colore en jaune, puis en rouge-amarante; l'acide nitrique l’oxyde avec formation d’acide oxalique et ipomæique (mêmes réactions qu'avec la convolvuline).
Nous ne consacrerons pas de longs développements à l'étude de la jalapine, nous nous contenterons d'indiquer les caractères qui peuvent servir à la différencier d’avec la convolvuline.
La jalapine est un peu soluble dans leau, soluble en toute proportion dans l'alcool et dans l’éther, la benzine, le chloroforme; le pétrole el l’essence de lérébenthine la dissolvent moins facilement. Elle se dissout dans les bases solubles, mais les acides ne la précipitent pas de sa dissolution.
Les sels que donne l’acide jalapinolique présentent la plupart une forme cristalline, landis que ceux produits par l'acide convolvulinolique sontle plus souvent amorphes.
Signalons également un éther jalapinolique (C'$H* (C*H5) O5 obtenu en saturant d'acide chlorhydrique la dissolution alcoo=
Lt: es
lique de jalapine, tandis que dans ce cas la convolvuline se converlilen glucose et acide convolvulinolique. Une autre différence exisle entre l’acide convolvulinolique et l'acide jalapinolique, c’estque ce dernier se prépare par l’action des alcalis sur le jalapinol :
Jalapinol Eau Acide jalapinolique
À son tour le jalapinol est obtenu en dédoublant la jalapine ou l’acide jalapique par les acides étendus:
CSH!:80%° "1 SH?0 —— C*?H5° 07 - 6CSH'205
Acide jalapique Ean Jalapinol Glucose