HISTORIQUE DES RECHERCHES
SITUATION ACRIDIENNE AVANT 1950
Les recherches de LEAN (80) (32) et de Zocorarevsky (75) (77) entreprises dans la zone d'inondation du Niger et dans les régions voisines de cette zone, avaient pour buts de reconnaître les emplacements des aires grégarigènes et d'étudier les conditions dans lesquelles s’y produit apparition de la phase grégaire. Malgré la présence de nombreux vols (l'invasion de 1928 n’était pas encore éteinte en 1932-33) sillonnant les régions prospectées, ces auteurs parvinrent à localiser les foyers grégarigènes ; ils montrèrent aussi la complexité des différents facteurs dont l’enchaînement aboutit à la pullulatio: de l’espèce et à sa grégarisation. Les recherches sur les modalités de la formation des invasions ne pouvaient être menées de front avec celles des aires grégarigènes, car les premières réclamaient des observations suivies sur des espaces restreints, alors que les secondes, les plus urgentes, exigeaient la prospection de vastes étendues.
Le Service de Surveillance de l’Aire grégarigène, installé à Tilembéya (près de Diafarabé) depuis 1939 et doté d’un personnel sédentaire, a pour attributions de détecter et détruire les bandes primitives dès leur formation et de collecter régulièrement les renseignements recueillis dans les différents secteurs par plusieurs dizaines de surveillants africains. Les observations sont
consignées dans les rapports semestriels rédigés par le chef de service ; lors des
années de pullulatior, ces rapports sont complétés par un chapitre consacré
à la lutte, dans lequel sont mentionnées en particulier les localités et les dates
d'apparition des bandes.
L'étude de ces documents inédits permet de considérer comme acquis
les faits suivants :
19 les foyers grégarigènes qui se révélèrent actifs au cours des dix dernières années sont situés pour la plupart dans les régions Ouest-Sud-Ouest et Sud du lac Débo (Région de Dogo, Banguita en 1942 et 1943 — Région de Dogo, Banguita et de Sormé, Ouro-Alfaka en 1947 — Région de Dogo, Banguita en 1949) (fig. 3) ;
20 les bandes de larves congregans sont apparues dans tous les cas au moment de la décrue du Niger ;
30 l'apparition des bandes a toujours été précédée d’une augmentation importante du nombre des individus durant la saison des pluies précédente ;
16 G. REMAUDIÈRE
LA
40 l’apparition des bandes n’a eu lieu qu'après des années à forte . crue et à décrue tardive.
Durant mon séjour sur le territoire de l’Aire grégarigène (du 8 décembre 1949 au 3 décembre 1950), ma base fut établie à Dogo (canton de l’Ouro N’Dia), au centre des foyers grégarigènes connus. À l’exception de quelques tournées dans les régions de Tilembéya, Sormé, Ouro-Alfaka, Ouro-N’Dia, Tomara et Dégué, j'ai pu consacrer mon temps d’une façon presque continue à suivre le cycle biologique du Criquet migrateur dans un rayon de 15 km. autour de Dogo, ceci de janvier à fin novembre 1950.
- Malgré la récente formation de bandes primitives dans les régions étudiées, Je me suis trouvé, à mon arrivée à Dogo, en présence d’un peuplement peu dense de Locusla appartenant incontestablement à la phase solitaire. Les bandes congregans d’avril 1949 avaient été anéanties par la lutte ; les densités de Locusta étaient demeurées assez élevées jusqu’en octobre, mais l'espèce s'était raréfiée considérablement au cours des derniers mois de 1949.