SÉCHERESSE
Les très faibles densités de larves observées pour la génération F, ne correspondent pas au nombre d'œufs déposés par F, même si l’on tient compte du parasitisme. L’échec de l’incubation peut être attribué à des facteurs extérieurs tels que la sécheresse. De janvier à mars, la pluviométrie est rigoureusement nulle, le développement des œufs est assuré par les réseryes d’eau contenues dans le sol. Les effets de l’asséchement progressif du sol sur la vitalité des œufs sont mal connus. Les élevages ont montré que les oothèques sont détruites lorsque le sol se dessèche dans les deux ou trois jours qui suivent la ponte. Leur résistance semble par contre beaucoup plus grande à partir du moment où les œufs ont augmenté de volume et où les embryons sont sur le point d’atteindre la phase de catatrepsis :
J'ai pu faireéclore après réimbibition des œufs ayant perdu leur turgescence et dont le chorion était plissé. L’asséchement du sol, lorsqu'il survient en fin d’incubation, retarde sensiblement l’éclosion et souvent la supprime ; dans bien des cas, la mort survient avant que les larvules (a), complètement développées et pigmentées, aient réussi à percer le chorion ; si quelques larvules parviennent à se dégager du chorion, elles ne peuvent pas effectuer la muë intermédiaire.
Ces expériences qualitatives donnent déjà des indications que, seules, des études quantitatives permettront de préciser valablement. Il est intéressant, déjà de noter le parallélisme de comportement des œufs vis-à-vis de la sécheresse d’une part et de la submersion d’autre part. REMAUDIÈRE (54) puis SHU- MAKov et YAKHiMovicH (59) ont montré en effet que, dans le cas de la sub-
(a) Je désigne sous le nom de « larvule », la «larve vermiforme » ou «larve primaire » des acridiens. Ce stade fugace commence lorsque se produisent les premiers mouvements d’oviruption ; il s'achève lorsque l’insecte effectue la mue intermédiaire.
78 G. REMAUDIÈRE
mersion, le stade le plus résistant est celui qui précède le renversement de l'embryon. Les embryons ayant dépassé ce stade peuvent achever leur développement sous l’eau, mais l’éclosion des larves ou leur mue intermédiaire sont compromises, si des conditions favorables ne sont pas rétablies dans des délais assez courts.
La difficulté des expériences sur l'effet de la dessiccation du sol sur l’incubation réside dans le fait que, pour suivre l'état de développement des œufs, il est nécessaire de déterrer l’oothèque et de détruire la texture du sol voisin ; il est aisé de comprendre le rôle primordial joué par l’étui de terre qui entoure l’oothèque ; lors du forage du trou de ponte, la femelle ne rejette pas de déblais, elle tasse au contraire le sol voisin à l’aide de son oviscapte : il en résulte une gaine dont les propriétés physiques (capillarité en particulier) diffèrent profondément de celles du sol voisin. Au cours de l’incubation, le gonflement des œuïs, dû à l’absorption d’eau, augmente encore la compression du sol entourant l’oothèque.
Le second écueil de ces expériences est la difficulté dans laquelle on se trouve pour maintenir le sol à un taux d’humidité constant ou pour suivre de façon continue les variations de la teneur en eau. |
Le degré de finesse des éléments du sol intervient également dans une large mesure pour le maintien de l’eau. Selon les cas, il semble que la dessiccation du sol entraîne tantôt la mort des embryons, tantôt le ralentissement de leur développement (sans qu’il s'agisse d’une véritable diapause, un simple apport d’eau étant susceptible de permettre la reprise normale de l’évolution embryonnaire). gr
Il est intéressant de rappeler ici que Bonenagrmer et SHUuLov (2), étudiant la diapause chez Dociostaurus märoccanus THuN&8., ont montré que, non seulement la phase précédant le catatrepsis (phase C de ces auteurs), mais aussi les deux phases antérieures à celle-ci, sont susceptibles de présenter des retards de développement embryonnaire.
B. — LARVES 1. — Morphologie, développement.
Chez Locusta migraloria, le nombre des stades larvaires varie selon les sousespèces, les sexes, et les conditions de vie.
Ainsi Key (26) et Zororarevsky (77) ont montré que les mâles de L. m. migralorioides passent par 5 stades larvaires, tandis qu’une partie des femelles présente un stade supplémentaire qu'ils qualifient, suivant ses affinités, d’Âge extra-troisième ou d'âge extra-quatrième. Aucun cas de stade extra-quatrième n’a été observé dans la nature, ni dans les élevages au cours de la mission. Pour abréger ces désignations, nous appellerons « stade III bis », le stade extratroisième des auteurs.
Pour éviter toute ambiguïté, nous conservons les dénominations suivantes pour les différents stades :
Cycle al stades ist list LT stCTIT, 86. 'IVet, Vi Ai.
cycletàa 6 stades: sb.1 st. IL) st III, sé. II bis, :stIV st. V\ Ai
- Nous continuerons He d'appeler en AC ernent SN ENÉER EN les deux derniers âges d’une larve, que celle-ci soit passée par cinq ou six stades. (Gette convention a l'avantage de permettre de désigner sans ambiguïté les deux derniers stades d’une larve dont on ignore le développement antérieur).
Aucune différence morphologique susceptible de permettre une distinction aisée entre les stades III et LIT bis, IV et IV bis, n’a été décelée par les auteurs. Dans le but de préciser avec la plus grande sécurité possible le stade des larves récoltées dans la nature, les mensurations suivantes ont été effectuées sur chacune d'elles (a) : P, longueur du pronotum et F, longueur du fémur. Les graphiques (fig. 23-24) donnent la corrélation existant entre ces deux grandeurs pour l’ensemble des larves et adultes de la génération F, qui purent être recueillis dans les différentes stations prospectées dans la région de Dogo.
Les points figuratifs des mensurations des mâles se répartissent en 5 nuages bien individualisés correspondant respectivement aux stades : II, III, IV, V et ailé. L'élevage des larves du stade IT confirma l’inexistence du stade III bis chez les mâles.
Le graphique des femelles est plus difficile à interpréter que celui des mâles, les nuages de points étant peu séparés les uns des autres et mal définis en raison notamment du nombre trop faible de femelles récoltées. La ligne A indique la limite de séparation entre les individus ayant les ailerons relevés (stades IV et V) et ceux dont les ébauches alaires sont appliquées contre les épimères (stade IIT ou TIT bis et stades antérieurs). L'espace qui sépare les deux nuages précédant celui du stade IV est suffisant pour permettre de délimiter un stade III et un stade III bis.
Le nombre d'individus appartenant à chaque de est le suivant : st. Il: 3, st. ITT : 26, st. IIT bis : 13, st. IV : 25, st. V : 21. La disproportion existant entre le nombre de femelles capturées à chacun des stades III, IV et V d’une part et au stade III. bis d’autre part, atteste qu’une fraction appréciable de la population ne passa pas par lé stade III bis.
L'élevage (b) des larves femelles récoltées dans la nature aux stades II et III a permis d'établir un troisième graphique de corrélation entre F et P. Les nuages de points obtenus pour les individus qui passèrent seulement par 5 stades (représentés par des cercles) sont distincts de ceux des individus à 6 stades (représentés par des croix) (fig. 25).
On constate ainsi que les plus petites larves du stade III passent par le
(a) Lies mensurations ont été effectuées par lecture directe sur règle graduée, la larve vivante étant complètement immobilisée entre le pouce, l’index et la règle. L’erreur commise dans ces conditions est de l’ordre de + 0,1 mm. pour les stades II à IV. La carène pronotale des solitariformes, ne permet pas d'appliquer simultanément la règle à ses deux extrémités. On y parvient cependant jusqu’au stade IV, car une légère pression de la règle suffit à aplanir le lobe latéral sans modifier la grandeur à mesurer ni endommager l’insecte. Par contre, au stade V la dureté des téguments rend fréquemment nécessaire l'emploi du compas, l'œil n’ayant pas suffisamment de recul pour annuler l’erreur de parallaxe commise par la mesure directe sur la partie convexe.
(b) Les larves ont été élevées isolément et mesurées un jour ou deux après chaque mue.
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