‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 15 sur 100 · TÉMOIGNAGES INDIRECTS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES INDIRECTS

Les fausses Clémentines et les fausses Constitutions Apostoliques, ouvrages judaîsants, font beaucoup d'emprunts à St. Jaques. Les premières en particulier en reproduisent un grand nombre de fragments. Le testament des XII Patriarches, apocryphe judaîsant du second siècle, semble pareillement y faire quelques allusions.

De l'ensemble de ces divers témoignages il résulte que l'épitre de St. Jaques a reçu précisément l'accueil naturel à supposer a priori, vu son caractère judaîsant, et les doutes conçus sur les droits apostoliques de son auteur. En effet elle a été immédiatement admise et toujours révérée dans les principales églises judéo-chrétiennes, et dans celles qui les avoisinaient. Dans les autres elle fut tenue pour authentique et canonique par ceux qui l'attribuaient au fils d'Alphée; mais elle laissa des doutes (au point de vue de la canonicité bien plus que de l'authenticité), dans l'esprit de ceux qui la regardaient comme l'œuvre d'un simple frère de J. C. Dès la fin du Sème siècle les doutes avaient presque cessé, et presque toutes les Eglises s'étaient réunies pour l'admettre dans le Canon.

Tin. CANONICITE.

L'épitre est authentique, mais a-t-elle droit à une place dans le Canon? Si elle n'est pas l'œuvre d'un apôtre, fait-elle règle de foi, comme les épitres des apôtres institués par J. C?

Mais pourquoi la rejeter?

Nous tenons pour canoniques les écrits de Luc et de Marc, qui ne furent jamais apôtres. Comment repousserions-nous celui de Jaques, homme éminent, révéré non seulement des Judaîsants,

XTIII PROLEGOMENES.

mais des autres Chrétiens et des Juifs eux-mêmes; de Jaques, chef de TËglise de Jérusalem, membre du Concile des Apôtres, et dont la parole décida leur avis; de Jaques enfin, traité en apôtre et en collègue par St. Paul, et désigné par lui comme une des colonnes de TEglise? Comment ne donnerions-nous pas le titre d'apôtre, à celui que St. Paul a désigné sous ce nom (Gai. I, 19) et semble mettre de niveau avec St. Pierre et St. Jean (Gai. il, 9)? Les titres de notre épitre à la canonicité ne sontils pas au moins égaux à ceux de l'épitre aux Hébreux, qu'aucune critique sage et mesurée ne voudrait pourtant repousser?

Et ces titres extérieurs sont singulièrement confirmés par le contenu. Quel Chrétien sérieux et réfléchi éprouverait du regret ou de la répugnance à accepter l'autorité de ces enseignements profonds qui dévoilent, humilient et relèvent le cœur avec tant d'efficace, avec une si charitable et divine sagesse? — Quant au dogme, n'oublions pas que cette épitre, si elle a besoin d'être complétée par les autres, sert à son tour à les compléter. Nous reviendrons la dessus au chapitre suivant.

Il est encore une remarque qui doit trouver place ici. Les ouvrages Judaîsants du premier et du second siècle, comme le Pasteur d'Hermas et les Clémentines, renferment, à côté de belles choses, des excentricités et des bizarreries spéciales à ces églises. Mais l'épitre de Jaques en est entièrement exempte, et ce n'est pas, à mes yeux, un médiocre caractère de divinité. Cette preuve négative est d'une grande force; elle manifeste dans l'épitre l'action de l'Esprit Saint, précisément comme la comparaison des Evangiles apocryphes fait ressortir avec éclat la divine origine des canoniques.

PROLEGOMENES. XIX

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