RÉGÉNÉRATION CHRÉTIENNE
d'idées, qui en dicte Tordre et en explique la forme. Ce n'est parfois qu'avec crainte et difficulté que nous avançons dans ce travail. Ici en particulier on peut différer beaucoup, et en fait on a grandement disputé sur le lien réel des pensées de Tapôtre, et sm' le sens précis de plusieurs de ses expressions. Elles ne peuvent même être complètement éclaircies qu'en supposant des allusions quelquefois douteuses. Nous exposerons les avis différents et leurs motifs à l'appui, après quoi nous nous déciderons , non pas toiyours d'une manière absolue, mais avec réserve, et en choisissant simplement la probabilité la plus élevée. Cet examen nous conduira à présenter pour ce paragraphe un sens général, dans l'exposition duquel nous serons presque toujours d'accord avec ScHOTT, Kern et Lisco.
Cherchons d'abord le tien de ce paragraphe avec le précédent, et avec la subdivision entière dont il forme la conclusion.
Après avoir dit que le péché vient de l'homme et que la grâce vient de Dieu, l'apôtre a conclu en insistant sur le don de la révélation fait aux chrétiens, devenus par là les prémices des créatures.
Se rattachant à cette dernière idée, et voulant appUquer tout ce qui précède à ses lecteurs et à leurs devoirs, Jaques les somme maintenant de s'attacher à la parole révélée pour être sauvés. Le développement de cette instruction est jainsi l'appUcation de la thèse du §. 5 : „Le péché vient de l'homme, donc vous devez le combattre ;^^ et de la thèse du §.6: „La grâce vient de Dieu, donc vous devez la saisir."
Quelques unes des idées sommairement énoncées dans ce paragraphe seront reprises et développées dans la suite de l'épître.
Le V. 19 en particulier, composé de trois préceptes distincts, symétriques et précis, semble si ce n'est un thème que l'apôtre veuille développer (voyez la note à la fin du v. 19), du mofais un résumé profond et substantiel des sentiments et des principes qu'en se mettant à écrire, il avait l'intention de graver dans le cœur de ses disciples et d'empreindre dans leur vie.
Il y a quelques variantes peu importantes sur ce verset. Au lieu de ioç€ les principaux instruments Alex, et Occid., et avec eux Lachm. et Tisch., sans motif sufOsant, lisent îgc, sachez, ' Griesb. accorde quelque probabilité à cette leçon.
^ïige lie ce qui va suÎTre à ce qui précède, et annonce le caractère de conséquence et d'application du nouveau paragraphe.
nSç &v&Qûmoç, hébralsme, comme ta^ij^V^ pour huxgoç ifidiv.
Taxvç, prompt, rapide, aft, Xey., employé d'une manière analogue dans les LXX elles autres écrivains eOénistes. Prov. XXIX, 20: vcxxvç iv l6yoiç\ Sir. FV, 29: rctxvç iv yliiacj]] Sir. V, 11: t«- Xvç Iv oa(çoaaei.
Elg TO ocKÔaai. Ici les Itt commencent, avec diverses modifications, à se diviser entre deux systèmes que nous devons exposer.
Beaucoup d'anciens pères de l'Eglise et aussi d'interprètes modernes prennent ox&acrt et kaXîjaai à la lettre, sans ajouter aucun complément à l'idée. Suivant eux le] précepte de l'apôtre n'est qu'une exhortation à la réflexion, à la réserve et à la gravité, exhortation qui semble appuyée par les reconmiandations analogues m, 1 — 12, et qui serait tout à fait en harmonie, il faut en convenir, avec le caractère de profondeur, de philosophie et de pensée empreint dans cette admirable épitre. Toutefois on ne voit pas le rapport que cette exhortation aurait avec le contexte.
D'autres Itt, et de ceux qui en général s'attachent phis à l'exégèse des pensées qu'à celle des mots, croient devoir après ôxSaai sousentendre lôyov àhqd'eiaç^ cette même parole révélée dont il vient d'être fait mention comme ayant fait du chrétien les prémices des créatures. Ils s'appuyent, et avec raison ce semble, sur le mot &ÇB, qui exige que le v. 19 soit la conséquence de ce qui précède ; sur le v. 22 , qui, faisant un pas de plus, recommande aux mêmes hommes de ne pas se contenter d'être ïxyyB (cette fois le mot y est) àxifoaTal, enfin sur la manière vraisemblable et naturelle dont cette interprétation lie entre elles les pensées fondamentales de répitre. De même après Xakîjaaij pris dans le sens de di^âaaxBiv, ils sousentendent héçoiÇy et voient ici la condamnation d'un empressement présomptueux à enseigner les autres. Cette interprétation sera mieux éclaircte par les développements à donner sur OQyrj dans ce verset et dans le suivant. Elle se fonde sur la signification d*caS0ac dans le même système, à laquelle elle se rattache étroitement; sur son harmonie parfaite avec l'esprit gé-
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néral de TépUre et les préceptes qu'elle contient; sur sa liaison avec le commencement du chap. m (spécialement y. 1), qui bien coin{Nri8 favorise singulièrement ce système-d, et non Tautre, comme il semblerait d'abord.
Bçaâvç eiç o^ytjv. Les Itt se partagent sur ces mots-ci entre trois systèmes d'interprétation, dont l'examen nous aidera à choisir entre les deux précédents.
, Les uns ne voient ici qu'un précepte relatif au vice de la colère, pris dans son sens général, précepte sans rapport avec le contexte, mais en harmonie avec l'esprit général de l'épttre. Cette interprétation a pour elle le sens littéral A'6çyi^\ mais, en l'exami-' nant de près, elle semble peu vraisemblable. Comment, dans cette hypothèse, ce précité se lierait-il par Sge avec ce qui précède, et quel rapport pourrait-on trouver entre les deux idées?
D'autres Itt., auxquels nous croyons devoir nous attacher, s'appuyant sur le contexte, sur l'enchaînement des idées, sur le caractère spécial de l'épltre, sur UI, 1—12, auquel le v. 13 se rattache comme conclusion, à peu près comme le précepte qui nous occupe se rattache à l'ordre d'être fiçadvç elç to laXijaaij entendent par OQyrj l'esprit de dispute et le zèle amer, trop aisément excités par un empressement vaniteux à se mettre en avant et à enseigner les autres ; disposition déplorad)le et pourtant naturelle dans la ferveur d'une religion naissante, disposition qui au chap. in attire si fortement l'attention de l'apôtre, et qu'il condamne avec tant de sévérité au v. 13 etc.
Enfin d'autres Itt., cherchant un lien avec le contexte, perdent de vue à mon avis le véritable enchaînement des idées. Us rattachent oQyqv par antithèse à vTtofxovri du §. 2, et sont conduits à le traduire en conséquence par irritation contre la Providence. Ce troisième système ne s'appuye évidemment que sur une méditation très-superficielle de l'épitre; il néglige le vrai contexte, et pour expliquer un mot, il le rattache non à ce qui le précède, mais à ce qui l'a précédé dans une section de l'épttre antérieure, trèsdistincte et consacrée à un but différent.
Les deux premiers systèmes répondent exactement à ceux que nous avons exposés sur l'interprétation des mots précédents (raxbç elç tb wtëaai). Dans les deux cas le premier système s'en
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tient littéralement aux mots, et le second cherche à rendre compte du sentiment, de Fidée et du nexe. C'est de part et d'autre une exégèse purement grammaticale mise en opposition avec une exégèse philosophique, et (pour emprunter le terme introduit par Gbrmar) panharmonique. Toutefois le lien entre les systèmes correspondants, quoique intime à notre avis, n'est pas tellement évident que plusieurs Itt. ne l'aient rompu, en prenant l'exégèse philosophique au conunencement du verset et l'exégèse grammaticale à la fin. *)
*) II est ane de ces ioterprétations qai mérite one attention particnliére.
Cet onvrage-ci était prêt à être mis sons presse, qaand j'ai tronvé dans les Theologisehe Studien und Kritiken (1er cahier de 1850), an travail intéressant sur l'ensemble et l'enchaînement général de l'ÉpItre de St. Jaques, par Mr. E. Pfbiffbr. Candidat k Berlin. Je me trouve complètement en accord avec Tesprit et le but de cette dissertation, née du besoin de manifester la profondeur et l'unité d'idées^ de tendance et de sentiment de cette remarquable épttre. Mr. Pfeiffeb, en outre, a vonln par là combattre indirectement, mais efficacement, des hypothèses hasardées et des interprétations superficielles, qui amoindrissent tristement un livre d'une haute et divine valeur. Pour ma part je l'en félicite et je l'en remercie. Je ne puis toutefois être toujours d'accord avec lui sur les détails et tout spécialement sur les V. 19—21 du Chap. I, qui sont précisément le point saillant de sa dissertation. Je tiens cependant à exposer son explication, pour donner aux lecteurs français occasion de la connaître.
Après avoir analysé, d'une manière qui prête bien à quelques objections, les 18 premiers versets, Mr. Pfeiffeb présente le verset 19 comme renfermant l'indication méthodique de ce qui va suivre, et, pour ainsi dire, le plan en trois préceptes du corps principal de l'épîlre. Le premier serait développé de I, 22 à II, 26 ; il serait entendu par conséquent dans le même sens que je l'ai fait. La seconde partie occuperait les 12 premiers versets du Chap. HT, condamnerait l'abns des paroles, et s'adresserait plus spécialement aux Docteurs chargés d'enseigner les autres. Quant à la troisième partie qui irait de III, 13 à IV, 17, elle correspondrait à fiçaâvç êîç oqy^v, oqyii étant pris dans le sens littéral de colère. Le Chap. V se rattacherait ensuite à l'ensemble, d'une manière moins régulière.
Il est évident que les détails ne peuvent tous s'accorder avec cette ingénieuse hypothèse, et l'auteur le reconnaît. Mais il la maintient en gros, et dans des limites qui semblent encore trop étendues. En particulier, elle ne paraît pas pouvoir soutenir l'examen en ce qui touche au troisième précepte et à la troisième partie. Je ne veux pas revenir sur ce que j'ai dit du sens probable du mot ôç^jf ; mais je dois faire remarquer, que la troisième partie telle que la conçoit l'auteur, séparerait beaucoup trop 111, 13 et ce qui suit, de ce qui a précédé , ces deux morceaux étant intimement liés dans la pensée de l'apôtre et dans le mouvement