‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 38 sur 100 · RÉGÉNÉRATION CHRETIENNE · texte numérisé non relu

RÉGÉNÉRATION CHRETIENNE

20. 'O^. Ce mot s'explique ici diversement suivant les trois systèmes exposés vers la fin du v. 19. Mais avant d*y revenir, il nous faut nous assurer du sens dtf reste de la phrase.

JLuawavvtiv QeS. Tous les exégètes sont d'accord que ces mots, bien souvent analysés et rendus d'ordinaire ^ar justification, signifient exactement ro âixaiov ivwTttov Qeë, ce qui est juste aux yeux de Dieu ; sens qui convient parfaitement ici. Cette phrase revient donc à dire que i; OQyii avâçôç, c'est-à-dire que l'homme, en s'abandonnant à la disposition désignée par oçyi^, ne fait pas une chose agréable à Dieu.

Dans le premier système d'interprétation on énonce donc simplement l'idée que Dieu n'aime pas la colère, ce qui nous éloigne toujours plus du contexte antérieur et postérieur. On ne peut, ce semble, voir là qu'une exégèse superficielle et irréfléchie, qui n'a pas même songé à chercher un lien de sentiment ou de pensée entre les diverses paroles de l'apôtre. H est étrange que ce reproche tombe au plus haut degré sur un exégète penseur et profond comme Bengel, qui ajoute cette scholie à OQyrj avâçoç: „Sexus virilis maxime iram alit.^' Les hommes les plus distingués ont, comme le vieil Homère, leurs moments de sommeil.

Dans le second système l'apôtre déclare que le zèle amer et irritable est désapprouvé de Dieu, quoiqu'il ait la prétention de

de son écrit. Puis, comment faire dn Cbap. IV ua développement de l'idée de oçyii^ Cela ne se peut sans forcer on plutôt sans amoindrir on effacer 1« sens des développements dont ce chapitre abonde. L'apôtre y analyse avec profondenr et sévérité les passions, leur nature et leurs tristes effets ; les passions en général, dans toute leur misère et leur désastreuse puissance ; «t il se trouverait qu'il n'en aurait parié que comme source de la colère! Mais en fait dans ce chapitre, passé le v. 1, il n'y a pins rien qui s'applique à ce vice. Les v. 11 et 12, en outre, devraient, vu leur contenu, appartenir à la seconde partie et non à la troisième.

Je pense avec Mr. Pfeiffer que l'écrivain sacré, en écrivant les v. 19 — 21, avait la tète préoccupée et le cœur ému des développements qui allaient suivre. Mais ce n'est qu'une pensée qu'il va féconder, ce n'est pas un thème qu'il veuille régulièrement développer, moins encore un plan qu'il annonce et qu'il se prépare à traiter dans l'ordre indiqué. S'obstiner à diviser Tépître symétriquement au V. 19 , ce serait méconnaître la tendance bien moins logique que pratique de St. Jaques, et risquer d'obscurcir renchaînement véritable de ses pensées et de ses sentiments*

défendre sa cause. Cette explication est dans un parfait rapport avec^le contexte, dont Tidée essentielle est le don de la révélation. LiSGO : „Cette colère qui se nourrit de disputes myenimées, ne peut plaire au Dieu qui commande l'amour. Lors même que la colère de Fhomme imite dans son objet la colère divine, et se dirige comme elle contre le méchant, elle pèche encore en nature et en manifestation, puisqu'elle se produit au dehors avec une àcreté passionnée.*'

S'il était possible de donner ici à âixaioavrri la signification de dvxaUaoïÇy justice, il en résulterait un sens excellent, très-net, très-naturel et tout à fait en harmonie avec le contexte, sois qui a été adopté un peu à la légère par toutes nos versions françaises: „Car la colère de l'homme (c'est-à»dire le zèle intolérant et amer) n'exécute point la justice de Dieu.*' Hais dans le N. T. ôtxaioavrr] a constamment le sens de justification et non de justice.

Quant au troisième sens dans lequel on prend 6^, et du» quel résulterait cette idée: „L'impatience dans les souffrances déplaît k Dieu,'* il doit être écarté par les mêmes motifs que le premier.

n semble que ce verset fasse allusion à une sentence du fils de Sirach I, 19 : Ov dvvrjoecai dv^og aôiKOç dtxauodijvai. Cette allusion ne peut cependant être un argument suffisant en faveur du premier système d'interprétation, et elle pourrait 'même être considérée comme favorable au second.

21. n y a de nouveaux débats sur le sens et le lien de diverses portions de ce verset.

Jw, pour dùà o, quam ob rem, à cause de cela. Cette conjonction a pour effet ordinaire de lier la conséquence ainsi annoncée avec ce qui précède immédiatement. On s'est appuyé là-dessus pour prendre ogyri dans le sens absolu de colère, en prenant TtQOPuvriTi pour son opposé. Nous reviendrons là-dessus en étudiant ce dernier mot; mais il faut remarquer ici que cette interprétation rend la phrase presque inintelligible, ou lui donne du moins un sens niais et bizarre: „La colère déplatt à Dieu; par conséquent recevez avec douceur la parole sainte.'' Quel rapport le sentiment avec lequel on reçoit la parole sainte peut-il avoir avec le vice de la colère? Il vaut beaucoup mieux, ce semble,

RBGÉNÉRATIOIf CHRETIENNE. 43

rapports dià à Tidée générale da t. 19, ou même à l'idée plus générale encore du t. 18, suivi de ses conséquences au v. 19, le T. 20 étant regardé comme une espèce de parenthèse. De cette masHère il y a un lien étroit et naturel entre le t. 19 expliqué comme nous l'avons fait, et le y. 2t application et conséquence du §.6: „Puisque Dieu vous a régénérés par la parole de vérité, hâtez-vous de vous l'approprier."

^Anod-éfi&fOi., Ce participe fait attendre le verbe dé^aad'e, La grammaire comme l'Evangile veut la réunion des deux. Le chrétien a besoin de combattre le vice et d'accepter la parole, et l'un ne peut suffire sans l'autre. Ce sont la foi et les œuvres.

^FimoQlavy mot arc. Xey. Il s'explique [suffisamment par la comparaison de II, 2 et 3, où ^vfcaçoç fait antithèse à lafiTtQOç, 'PvjtaQia signifie donc saleté, souillure, et ici souillure du péché. Les auteurs profanes lui donnent ordinairement le sens A'avarice sordide, auquel cependant on ne peut guère le restreindre ici.

ÏIsQiaaeiav. Ce mot peut désigner également l'abondance, le gain, ou le reste, et il peut dans diacun de ces trois sens s'appliquer id de différentes manières. De là sont résultées de trèsdiverses interprétations de ce passage. Il semble probable qu'il doit s'exjdiquer par une endiadin, Tteçi^auelav ayant le sens d'un attribut de xcmlaç, comme s'il y avait Tteçicarj T^cmla, Cela nous conduit à choisir le sens d'abondance. C'est, selon nous, une métaphore tirée de la végétation luxuriante de certaines herbes ou des branches gourmandes d'un arbre firuitier, ce que Philon nomme TteqiTTàç qwaeiç. C'est dans ce sens que Plutarque recommande aTtorl'd'ea&aL rà fceqtvcà trig ^pvxrjç- Nous rendrions donc ttcqvaaeiav xccKlaç par malice vigoureuse et développée,

Kccxiaç, méchanceté, malice, dans le sens relatif et comme sentiment actif envers autrui ; mais aussi dépravation, dans un sens absolu. Ce mot parait faire allusion à cette OQyi^ mentionnée aux V. 19 et 20. Dans la pensée de l'apôtre, il comprend donc, entre autres éléments, le zèle amer, dont un esprit méchant est souvent le principe. Kaniaç est le complément de ytequaaelav seulement, et non pas de ^vTtaqlixv comme le voudraient quelques interprètes. Il n'y a nul besoin de complément pour ce dernier mot, dont le sens est bien déterminé.

44 ÉPITRE DE ST. JAQUES CflAP. I, Y. 19 — 21.

nQCPUTKiç se rencontre deux fois dans le N. T., ici et 1 Pierre m, 15. U est quelquefois employé dans le fils de Sirach, mais TtQaôrrjç est beaucoup plus usité. Ces deux mots dérivent de TtQovç ou Ttçastç, dùttx, déhonnaire, IlQavTrjç signifie douceur, mais quel est le rapport de cette idée avec le contexte, et de quelle nature de douceur Jaques veut-il parler? H faut choisir entre quatre réponses à ces questions:

1) nQctvtrjç pourrait désigner ici un esprit calme, docile et paisible, reconunandé d'une manière «absolue, sans rapport avec le contexte, et comme disposition chrétienne. C'est ainsi que ScHOTT a traduit ce mot par placide, et que Pott l'a commenté en disant: „Eam animi désignât mansuetudinem, qua tradita accipimus, ab omni contumada et repugnandi cupiditate alieni/' Ce sens est beau certainement et digne de l'apôtre; mais l'absence de tout rapport avec le contexte précédent le rend invraisemblable.

2) On pourrait regarder TtQccvTr^ comme faisant opposition à xccKlaç, ou à 6^ (colère), dans le sens de douceur envers les hommes. Cette antithèse semblerait avoir quelque probabilité, mais elle perd sa vraisemblance, quand on examine l'ensemble du contexte. U n'est pas question ici de bienveillance o|i de malveillance, mais des dispositions avec lesquelles on doit recevoir la parole sainte.

3) nQavrrjç pourrait être opposé à oçyi^, pris dans le sens d'impatience, et signifier résignation à la volonté divine dans les souffrances. Mais nous avons cru devoir repousser ce sens de 0^ ; il n'est ici nullement question de souffrances, mais, avonsnous dit, de la parole de Dieu et de la manière de la recevoir.

4) Enfin TtQovvïjç peut être opposé à oçyi^, pris dans le sens de zèle amer, çt signifier ainsi une disposition à la douceur dans la manière de recevoir ou de transmettre la parole sainte. L'apôtre recommanderait ainsi de conserver jusque dans le zèle une bienveillance aimable, et de prouver notre foi par le calme et la sérénité de notre cœur. Ce sens excellent se lie bien avec l'idée générale du contexte.

Tbv SfKpvTOv Xôyov. Sghulthess, traduisant littéralement, a vu là la raison naturelle. Ce qui est plus singulier, c'est qu'il a été devancé dans cette explication par bien des pères et des scho-

RÉGÉifÉRATIOIf CHRETIENNE. 45

Hastes. La fin du verset démontre qu'il est ici question de la révélation, du Xôyoç aXri&elaç (v. 18).

^'Efxqnrvoç, planté, exprime tout aussi natureUement la révélation plantée ou semée par J. C. et les saints hommes, que la raison donnée à tous les hommes par le Créateur. Bien plus, c'est là une image biblique, usitée dans le N. T. Voyez, par exemple, la parabole du semeur, et 1 Cor. III, 6 : iyœ ègwrsvaa. On trouve jusque dans les auteurs profanes cette image associée à l'idée de révélation. Ainsi Homère, Odyssée XXII, 347, fait dire au chantre Phemius:

JvToâiâaxTOç ô^iifjii, &€oç ai (AOi èv ^^€<rly oïfiaç

UartoUtç iyigwûey,

Jé^aa-d'B, On a voulu trouver une contradiction entre l'emploi de ce verbe et Tépithète efiçwrov donnée à la révélation. Si la parole de Dieu est plantée en nous, a-t-on dit, comment est-ce l'afiaire de l'homme de la recevoir? Cette prétendue difficulté n'en peut être une pour ceux qui croient que, même après avoir entendu la parole de vérité et avoir senti son influence, l'homme a quelque chose à faire pour en nourrir son âme et l'appliquer à sa vie.

D'ailleurs dé^aaS'e pourrait bien ne pas devoir être pris ici dans le sens purement actif et trop restreint qu'on voudrait lui donner. Si l'on traduit TtQccuvxjg par zèle doux, et charitable, on doit nécessairement admettre que l'apôtre parle non seulement de la manière dont on reçoit la parole dans l'acte de la régénération, mais de l'usage qu'on en fait auprès des autres. Dans cette hypothèse il ne faudrait pas traduire par écoutez renseignement de la paroh avec douceur, mais usez avec douceur de la parole que vous recevez, ou bien: que renseignement de la parole produise en vous une disposition d la douceur etc.

^vvafievov. La parole divine peut sauver nos âmes, c'est à dire purifier, changer, régénérer l'homme intérieur, lui rendre la communion avec Dieu, cette communion qui est à la fois le principe, la condition et la plus haute expression du seul bonheur possible pour l'homme immortel: du salut.

Cçtte parole peut produire cet effet, parceque, venant de Dieu, expression de sa volonté, dépositaire de sa pensée, elle peut pro-

duire rbarmonie avec lui. Cela a lieu qoand die eat stmée dans une âme qui Taccepte réellement, c'est à dire d&Bi la volonté et la vie se mettent d'accord avec la volonté et la viç divine.

Tàç tpvxàç vfAÛiv. On a voulu ne voir ici qu'un hébraisme, D^'^nitii;; 9 pour vfÂaç. Mais la comparaison de V, 20 nous montre qu'U est bien ici question de l'âme, proprement dite, de l'bomme intérieur.

C'est dans ce sens, dans la signification chrétienne et moderne, que Jaques prend ici rpvxq (comparez encore V, 20), et non dans le sens platonicien accepté par St. Paul, de principe des instincts et des appétits animaux. Voyez plus bas III, 15.

Cette phrase sérieuse par laquelle l'apôtre termine cet avertissement solennel sur le prix et T^cace de la parole semée en nous paraît un rappel de là grande vérité du v. 18. C'est une conclusion du §. 7, destinée à réveiller la pensée d'application à laquelle il est avsmt tout consacré, quoique dans ses développements l'apôtre ait préludé aux leçons plus spéciales de douceur et de modération, sur lesquelles il insistera plus tard.

SECONDE DmSlON. I, 22— H, 26.

On trouve réellement dans cette seconde division le développement d'une seule idée, celle de la religion pratique opposée à la foi de pure théorie. Cette idée. Jaques la présente sous différentes faces, et en déduit les a{^lications les phis convenables aux lecteurs spéciaux en vue desquels il écrit.

Par la nature même du sujet cette nouvelle portion de l'épltre a un caractère moins psychologique que la précédente. En revanche, plus claire et plus populaire, elle est aussi plus animée; revêtue çà et là de formes presque dramatiques à force de vivacité, elle ajoute au caractère original et saiUant de tout l'écrit.

Quand on médite bien l'enchaînement des sentiments et des idées, on arrive à distinguer ici trois subdivisions, exposant et appliquant la pensée générale sous trois faces différentes: 1) I, 22 — 27. La pratique de la religion, opposée à la simple théorie. 2) II, 1 — 13. L'amour des hommes, opposé d l'acception des personnes. 3) II, 14 — 26. Les OBUvres, opposées à la foi morte.

ECOUTBB SANS PRATIQUER. 47

nmtall «DBDlflSIOI, GBAP. I, t. 22 BI . U PRiTIM1 1» LA RELI6I0I, OPPOSÉE A LA SIIBPLI THiOillL

Page 1