ÉCOUTER SANS PRATIQUER
22. rivêO&s âè noirjxai l6ys, xai firj fionry èxçoaraîy naçaXoyi^ofisvoi éavrëg. 23/'Ori eï riç àxçoar^ç X6ys iori xaî à noiTiTrjÇj èrog soixer àv9ql xaravoëyri To nçoaœnov ri\g yevéaswg avrS èr èaonrçœ' 24. xareyofjOê yàç éavxov xai ànsk^Xvds^ xal ev&éœg èneld- &Bro onoiog r/v.
22. Ayez soin d^étre observateurs et non pas seule-ment auditeurs de la parole, et ne vous trompez pas vousmêmes par de faux raisonnements. 23. Car, si quelqu^un est auditeur et non pas observateur de la parole, il est semblable à l'homme qui contemple dans un miroir sa figure naturelle. 24. Cet homme, en effet, s'est regardé, puis a passé, puis aussitôt a oublié quel il était.
22. Proposition simple et claire, exprimée avec yigueur et concision. L'expression fait ressortir l'opposition du TtoiriTrfi et de V ay^qocLTrig, personnifiés et mis en vue dans ce verset, dans le suivant et dans le v. 25.
Cette antithèse répétée a une couleur quelque peu dédaigneuse et sévère, qui trahit le sentiment intime de l'auteur, plus fortement encore que ne le fait son argumentation. On y entrevoit la douleur et l'étonnement qu'éprouve l'apôtre dans la profondeur de sa conviction chrétienne, à la vue des insensés qui peuvent accepter la parole, sans se mettre en peine de lui obéir.
On peut comparer avec cet enseignement Matt. VII, 21 ; 24 — fin; Luc VI, 46; Rom. U, 13. Il tient beaucoup de place dans St Jaques, mais il en tenait déjà une bien grande dans les discours de.J. C, et nous retrouvons ici sous la plume du disciple les graves leçons du maitre.
noirjTijg chez les Grecs signifie presque toujours un poète, mais, dans le N. T. et chez les écrivains ellénistes, il a plutôt le
sens de Iqyârriç. Josèpbe (Ant XVDI» 3, 1) déngne J. C. comme Ttaçaôô^cjv eçyiov Ttoirjrrjv.
noirjTài kôys, les honmies pieux et soumis. Comp. 1 Hacc. II, 67: Ttocrjftai vôfia.
l/47tQoataL Sousentendez lôya.
Jaques adressait probablement cet avis et par conséquent cette épltre à des hommes orgueilleux qui faisaient ostentation de science et de zèle, en négligeant le devoir; disposition fréquente parmi les Juifs, et qui se rencontrait probablement aussi parmi les Judéo- Chrétiens. Etrange et cependant naturelle illusion de l'homme, qui, au lieu de s'humilier devant Dieu, se dierche lui-même et se glorifie dans sa foi! Elle a été signalée par les docteurs des Juifs et par ceux des Païens, comme par les apôtres du Sauveur. Pirke AbothII, 17: „Non interpretatio maximi pretii est, sed actio.*' Epigtète parle des q>cX6aoq>OL avev t5 tcqoxtbiv, fiéxQt tS Xéyeiv,
IlaQaloyl^eaS'ac est proprement XoylÇeaS-ai naq o deî, ou Ttagà Tfjv àXri-d'eLav, mal calculer y de là tromper, Col. II, 4. naçaloycCôfievoL éavréç sont des gens qui se trompent eux-mêmes par de faux calculs, mais qui au fond veulent se tromper. L'expression de l'apôtre, énergique et concise, les montre à la fois comme trompeurs et trompés. Elle peint avec une déplorable vérité l'homme qui cherche à endormir sa conscience pour se livrer en paix au péché.
23. Voici encore le TtoiriTriç et YàKQOcai]Ç opposés et personnifiés.
AoyB est remplacé par vofÀ» ici et an verset précédent dans un certain oombre de manuscrits; mais les critiqaes s'accordent à rejeter cette variante.
^oixev a le sens de ofioiôç ègi; voyez v. 6.
IdvdçL Comparez v. 20. Sens de ovS'Qwtcoç, c'est-à-dire de Tiç, comme en hébreu «S'élit.
Karavoëvcc. Quelques Itt. déduisent de ce passage que xa- Tavoétv signifiait proprement regarder rapidement et légèrement; d'autres regarder avec attention, examiner. Les deux déductions sont également hasardées, et il faut nous borner à rendre plus vaguement ce verbe par contempler,
Tb TtQÔoœTtov tîjg yevéaewç. Cela revient à TtQoawTtov
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yvviaiov {vultus nativus). On a fort inutileineiit subtilisé sur cette expression.
ïv èaôftTQq), '!Eao7tTQOv de eïaoTtrqoVy même sens, miroir (de métal).
24. Ce verset a quelque chose d'abrupte dans la forme, qui se lie mal avec ce qui précède. Il devrait y avoir, ce semble, TUxravoriaaç yàg éavrov àjceXrjXv^e. Ce serait là la tournure régulière, mais Fécrivain Ta brusquement changée contre une autre moins correcte, mais vive et dramatique. Il s'est regardé, il a passé, a a oublié.
23 et 24. Il y a singulièrement de vérité et de vivacité dans la comparaison qui, dans ces deux versets, est rapidement plutôt encore que nettement exprimée. L'image parfaite et fugitive qui apparaît subitement dans le miroir et en disparait aussitôt, comme du souvenir, représente bien la légèreté de cet èxQoarriç qui, ébloui, touché quelques instants de la beauté de la parole sainte, frappé des vérités qu'il y découvre, ne songe plus le moment d'après à l'appliquer à sa propre vie.
Le choix de cette comparaison nous indique le point de vue duquel l'apôtre envisageait le christianisme, et ce qu'il voulait qu'on cherchât surtout dans ses enseignements. La parole sainte, le A6yoç révélé, était à ses yeux un miroir nous retraçant nous-mêmes à nous-mêmes, nous contraignant à reconnaître nos péchés et nos mauvais penchants. La religion devait avoir avant tout pour effet de nous conduire à les déplorer et à les combattre. Ainsi donc elle devait être intérieure et subjective, bien plus qu'extérieure et formelle. L'épitre entière est en réalité le développement de ce principe. La vie intérieure y est partout, la forme n'y est nulle part