V. 5-7. L'ACCEPTION DE PERSONNES EST INSENSÉE
5. ^jixéoare, àdeXipoi fis àyanrjroly èx o S-êoç è§€- Xé^aro rèç mœ^èg t5 xoofis nXsoisg iv niçBiy xaî xlt]- (forofisg TTjg (iaaiXsiag, ^g ènrjyyeUaTO %dlg ayan&aiv avjor; &/TfM€Îg de fixifiriaaxB xor nrœxov. Ovx ot nXHaïoi xaxadvvaçBVHOtv vfiœv, xaî avxol êlxsaiv v/nâg elg x^ixTJçia ; 7. Ovx avxol jiXaacprifièai xb xaXov ovofia xb ènixXri&èv i(p' vfiag;
5. EcouteZy mes frères bien aimés: Dieu n^a-t^il pas choisi les pauvres de ce monde pour les faire riches en la foi, et héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui r aiment? 6. Or vous, vous dédaignez le pauvre. Ne sont^ce pas les riches qui vous font violence ^ et qui vous traînent devant , les tribunaux? 7. Ne sont^ce pas eux qui blasphèment le beau nom que vous portez?
L'apôtre démontre par deux termes moyens successifs la folie de l'acception de personnes.
L V. 5 et une partie du v. 6 : L'acception de personnes n'est pas en harmonie avec les vues impartiales et miséricordieuses de Dieu.
IL Fin du v. 6 et y. 7: Elle favorise ceux qui eu sont le moins dignes.
I. y. 5. 6/2. Contraste de Tacception de personnes et des voies divines.
5. 'AxéaaTê; forme animée qui réveille l'attention et annonce une idée puissante, un raisonnement décisif.
Ovx\ négation interrogative équivalant à une énergique afBrmation.
^^eXé^aro. Ce verbe répond à l'hébreu iti^. L'aoriste représente ici l'élection comme un acte ancien, et qui se perd dans l'antiquité des conseils divins. L'image et l'idée de l'élection appartiennent à l'A. T., et sont nettement exprimées Deut. XIV, 1. 2, en parlant du peuple choisi de Dieu : ta?b îb nvîrib njrTî "ina tjai rt^jç. Les mots èTdéyea&ai, hXoyri, l^Xexxoi répondent à l'idée des faveurs accordées à ce peuple. De là ces mots ont été métaphoriquement employés dans le N. T. pour désignt^r la société spiritueUe, plus favorisée encore, et appelée à la foi qui devait lui ouvrir les portes du royaume de Dieu. L'idée d'élection renferme donc d'abord l'idée de choix, puis celle d'appel; choix et appel provenant soit de l'action providentielle, soit de l'action surnaturelle.
Tuf x6afÂ8 T8T8. Le mot Tère est retranché par runanimilé des critiqaes et par tons les anciens instraments. C'est probablement une glose empruntée à Tbébren îTlJil Û^ÎS^Ïl. Il paraît décidément n*êlre pas authentique. Mais rë xoafia doit être conservé, quoique quelques mss. lisent ly Ttp xoafjKp.
nrcoxàç r5 yioOfiQ. Ces mots sont traduits de diverses manières, mais évidemment ils doivent signifier: pauvres quant aux biens de ce n^onde: „rerum mundanarum egeni,'^ par opposition à Ttlaaleç iv Ttlgei, riches quant à la foi.
Les Itt. se partagent entre trois manières différentes de lier ces mots aux deux attributs suivants Ttlualaç et yc}ir]Q0v6iÂSç, .
Les uns sousentendent eig to eîvat avant TtXaaiQç: „il a choisi les pauvres, afin qu'ils fussent riches p&m* la foi, et qu'ils devinssent héritiers etc.^' D'autres placent la même ellipse avant yXrjQOvôf^sg: „Dieu a choisi ceux qui étaient pauvres en biens terrestres, mais riches en foi, pour qu'ils fussent aussi héritiers etc.*^
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D'autres enfin ne veulent rien sousentendre, et font de /rrcoxèç, TtXaalsç et ycXriQOvôftQç des sujets du méoie verbe i^eXé" ^ctTOf et des attributs divers du même sujet sousentendu àvd^ixH Ttaç: „Dieu a choisi (a préféré) ceux qui étaient à la fois pauvres, riches et héritiers." Ce dernier système semble un véritable non sens. S'ils étaient héritiers, c'est que Dieu les avait choisis; il ne les a donc pas choisis parce qu'ils étaient héritiers. Je préfère la première des trois interprétations, comme la plus vraisemblable, et pour le fond, et pour la forme. Comparez pour celle-ci Ephés. I, 4: i^BléScero 'fifiàg , . . sîvai '^f^aç ayloç xal àficifisç . . .
^y Ttlget; non pas riches d'une grande abondance de foi, mais enrichis par la toi, riches en ce qui tient à la foi, en biens assurés par la foi. Kern : „|y Ttlgec indique que la foi même est ce qui rend le chrétien riche à l'intérieur. Cette richesse intérieure, fondée sur la foi, consiste*- dans la plénitude de la vie chrétienne, par laquelle le fidèle, élevé au dessus du temporel et du terrestre, est transporté dans l'empire de l'éternité, et devient participant du bonheur étemel. C'est en cela que consiste le beau privilège du chrétien."
KXtiQOvôf^aç. Image biblique répondant à celle de vlod'eala, Rom. Vffl, 15—17. Comp. Matt. V, 5.
Tijç paaiXelaç. Kern: „Ici, comme I, 12, paaiXela n'indique pas seulement le royaume futur de la gloire, mais le royaume étemel de Dieu, tel qu'il est déjà dans le présent, et qu'il s'accomplira dans l'avenir. consiste dans la communion intérieure avec Dieu et avec le rédempteur, dans ces rapports intérieurs qui unissent entre eux et avec Christ, leur chef et leur centre, les régénérés par la foi: communion qui forme un tout organique, en possession d'un bonheur déjà présent, et cependant garanti pour l'éternité."
^Hg pour vjv, attraction de paaiXelaç.
Ce verset prouve que les Eglises Judéo-chrétiennes, et spécialement rËglise de Jémsalem étaient surtout composées de pauvres; ce qui du reste se déduirait assez naturellement de l'histoire des Évangiles et des Actes.
6. ^Yfietç âk . . . nxisy^bv. Ce commencement du v. 6 doit rentrer dans le I, puisqu'il oppose la conduite de l'homme à celle
de Dieu, développée au verset précédent CommeDt ThonEone ne rougit^il pas de dédaigner les petits et les pauvres, quand Dieu les choisit pour leur prodiguer ses plus précieux trésors. Comparez 1 Cor. I, 26 — 28. L'argument est identique, quoique le but soit un peu différent
Cet argument est de nature à frapper et à toucher l'âme chrétienne. Le spectade de la miséricorde de Dieu, la même pour tous ses enfants, est bien fait pour réveiller Fhomme et l'arracher à ses petites passions égoïstes et vaniteuses.
Ces mots vfieïç ai . . . TtTioxov semblent devoir être pris d'une manière affirmative, sans aucun mélange d'interrogation.
^H%i(iàacn;e. L'aoriste donne à la phrase le caractère d'une assertion positive. ^AripLaC^EiVy dédaigner, et montrer son dédain.
Tov Tttœxôv. Abstraitement pour ràç TtTiaxég.
n. V. 6/2. 7. L'acception de personnes est une faveur accordée aux moins dignes.
6 (fln). Karadvvagevaai, verbe dïg ley., ici et Act. X, 38. HÉsYCH. rend xaTadvvageveiv par ^la^eiv. Il parait signifier contraindre, opprimer, traiter en esclave.
KçiTTjQia. ^'EXtcsiv eîg liQLvrjQux, rapere in jus, Kqttriqiov a signifié 1. règle du jugement, moyen de preuve, indice, critère; 2. moyen et lieu du jugement, tribunal; 3. cause jugée ou à juger, procès.
Nous avons dans cette fin du v. 6 un second argument contre l'acception de personnes, non pas, comme on l'a cru, un simple argument ad hominem, mais un raisonnement d'une valeur réelle. En effet il tend à prouver par un exemple saillant, que non seulement (comme cela a été montré dans le premier) la préférence accordée par la TVQoaœTtoXrjXpla est une œuvre de passion indigne du chrétien, mais que de plus par là la passion se trompe niaisement elle-même, puisqu'elle favorise par un égolsme malentendu ceux qui sont le moins bien disposés pour nous. Ce raisonnement est certainement très-propre à imprimer un caractère de stupidité à l'acception de personnes.
7. Ovx avroï phxaq)r]^5av. Le sens donné à ces paroles variera suivant l'opinion qu'on se fera des riches désignés dans ce
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paragraphe. H y a en effet sur ce point deux systèmes qui divi^ sent les Itt., et influent sur la manière de traduire fikaagyifj^Sai.
Les uns voient ici des riches chrétiens traitant durement les pauvres, et les faisant condamner civilement par les tribunaux, sans miséricorde et sans charité, à peu près comme les riches Corinthiens que Paul censure 1 Cor. VI, 1—8. Dans ce cas filaaqrif]fjLHOL ne signifierait pas blasphèment^ mais sont cause qu'on blasphème, idée analogue à Rom. II, 24; cette odieuse conduite chez des membres de l'Église, faisant mal juger de l'Église et de sa foi.
Mais cette interprétation de pXccaiprifiSaL est philologiquement invraisemblable, quoiqu'on trouve dans Eusèbe fiXaaq)r]fiëvTag pris dans ce sens.
Les autres Itt. voient en effet, et je pense avec raison, des païens et des Juifs dans les ^léaiot du v. 6. Cela me semble beaucoup plus probable philologiquement et moralement De plus le contexte parait l'exiger, puisque l'argumentation du v. 5 repose ^n entier sur le fait que les pauvres et non les riches ont été appelés au royaume des cieux. Probablement aucun It. n'aurait hésité à adopter ici ce sens, si I, 10; H 2, et surtout V, 1—6, l'apôtre n'avait en vue directement ou indirectement des riches Judéo* chrétiens, égoïstes et impitoyables; d'où l'on a conclu que c'était de ceux-là qu'il devait être ici question. Cette raison ne parait pas décisive. St. Jaques peut fort bien avoir pris son argument dans la conduite des riches Juifs. En admettant, d'après V, 1 — 6, l'avarice égoïste de quelques riches chrétiens, le fait particulier de poursuivre de pauvres frères devant les tribunaux reste encore invraisemblable.
Tb TtaXbv ovoiaa. Quel nom ? Probablement celui de Christ, renfermé dans celui de Chrétiens. Les membres de l'Église Chrétienne se nommèrent d'abord entre eux àôeXçoL, fÀaâtjral, ayioi etc., puis Us reçurent d'ailleurs les noms àe Na^coçaïoi, raXikaïoi; à Antioche enfin (Act. XI, 26) Us furent nommés XçigtavoL Dès ce moment le nom de Chrétien se répandit rapidement dans tout l'Empire, quoique employé par les honunes restés en dehors du Christianisme, plutôt que par les Chrétiens eux-mêmes, Comparez les paroles d' Agrippa, Act. XXVI, 2S : ^Ev 6Xly(p fXB TteLd-eiç
68 ipiTRE 0B 8T. JAQUB8 CHAP. II, ▼. 8. 9.
XQiguxvov fëvéa^ai, et Tacite, Annal. XV, 44: „Quos per flagitia inyisos vulgus Christianos appellabat/'
. Pour décider pleinement quel est le nàkhv ivo^a ici sousentendu, il faudrait donc être fixé sur la date de notre épltre, et ces deux questions se lient réellement. Aussi plusieurs des Itt qui l'ont rapportée à une époque peu avancée de l'œuvre apostolique, ont cru qae le nom était àÔ€Xq>ol ou Na^iaçaîoi, etc.
*'Ovofta %o iTCixkriô'h èq>^ vfiaç. Cette tournure est de l'hébreu tout pur, b^'^V.^ M*71^3 &i^.: le nom appelé sur vous, c'est-à -dire le nom qui vous a été donné, que tous portez. En bon grec on dirait: xaleïaâ'ai ou ovofia^ead-ai &i rivoç^ comme Eph. m, 15 : i| & Ttaaa Ttarçià . . . ovofia^erav.
On peut être tenté de s'étonner de la sévérité un peu amère avec laquelle l'apôtre condamne les riches. Hais il faut se souvenir 1. que, comme nous l'avons dit, ce caractère de riches se confondait avec celui de persécuteurs ennemis de la foi, ou d'oppresseurs avares; 2. que l'Église de Jérusalem, à la tête de laquelle était notre apôtre, avait plus qu'aucune autre donné et reçu l'exemple du sacrifice des richesses, et qu'elle était ainsi profondément imprégnée de l'esprit de l'égalité des hommes devant Dieu ; 3. qu'il n'est pas dans le caractère du style de St. Jaques d'exprimer et de ménager les nuances, mais plutôt d'indiquer avec force et sévérité les points extrêmes par des touches vigoureuses. En cela l'apôtre imite son maître, et, quand il condamne les riches en particulier, il ne fait guère autre chose que reproduire le langage de J. C.