L ACCEPTION DE PERSONMES EST CONDAMNEE
§. 14. ▼. 8. 9. L'ACCEPTION DE PERSONNES EST CONDAMNÉE a) parla loi fondamentale de TÉTangile.
8. El furroi vofiov xeletzê (iaailixbv, xaxà rny ypa- ^v ylAyaTifiOBig rbyTiktioior as (og aeamor/^ xaXdig noiéiiB' 9. el âè TtçoaœnoXrjnTSiTs j â/uaçrlay içyd^ea&e, llsy^ofiEVoc vno za vofiH wg naça/Saxai,
8. Si donc vous observez complètement la loi royale, conformément au précepte de l'Ecriture: ,,Tu aimeras ton prochain comme toi-même/^ cela va bien; 9. mais, si vous faites acception des personnes, vous êtes en faute, étant convaincus par la loi d'être transgresseurs.
Le lien de ce paragraphe et du précédent est obscur et contesté, mais on ne peut douter qu'il n'en existe un réel. D doit y avoir entre les deux articles une transition de sentiment, et certainement une idée sousentendue. C'est sur la nature de cette idée que les Itt. diffèrent. Les uns (Scmarling, Theile etc.) supposent qu'après s'être montré si sévère pour les riches, l'apôtre s'attend à ce qu'on lui objecte le devoir de la charité universelle, qui ne permet pas mieux de haïr les riches que les pauvres, à quoi il répondrait: „Oui, il est bien d'observer la loi delà charité universelle; mais, si vous faites acception des personnes, vous ne l'observez pas.*' Cette explication hypothétique me semble fort invraisemblable et très-superficielle. Je crois bien plutôt (avec Gebser) que d'une applicatioa vicieuse et restreinte de la loi de charité, St. Jaques remonte à la loi même; qu'après avoir stigmatisé comtne insensée l'acception de personnes, il la flétrit maintenant comme criminelle, puisqu'elle viole la grande loi chrétienne. Cette transition-ci est fort simple; elle ne suppose aucune ellipse embarrassante; elle est parfaitement en harmonie avec le contexte.
Au restO) dans cette explication-ci comme dans l'autre, ce paragraphe nous enseigne à voir avec charité les torts des riches condamnés au paragraphe précédent, et à entendre cette condamnation d'une manière plus large. L'apôtre est certainement bien éloigné de vouloir les exclure du bénéfice de l'aniour chrétien.
8. MivTOi. Mot composé de la particule discrétive (Àév, et de rendytique toi. Mévroi, donc,parconséquent, quelquefois cependant. ici el (lévxoi signifie nécessairement $i donc, et appuie le t. 8 sur ce qui le précède. Il y a donc un lien réel entre les deux idées.
NofÂOv. Le mot propre aurait été Ivrolri, et c'est celui que le N. T. emploie d'ordinaire, en parlant de l'ordre d'aimer son prochain comme soi-même. Mais Jaques agrandit encore le précepte en le nommant vôfioç, et en y ajoutant Tépithète paatlcxôç. n est comme saisi de l'importance du commandement, de son universalité et de ses conséquences, et ce sentiment passe dans son langage. Il est donc bien éloigné de vouloir exciter les pauvres contre les riches, et c'est ne l'avoir pas compris, que de l'interpréter dans ce sens.
Je transcris à ce sujet quelques lignes d'un commentateur catholique du 17ème siècle, Cornélius a Lapide, qui lie mal, à ce . qu'il me semble, les deux paragraphes, mais qui met dans la boudie de l'apôtre des paroles dignes de lui: „Non veto quin lege communi caritatis divites diligatis: si enim hoc facitis, bene facitis, dummodo personas non accipiatis, nec pauperes aspemamini, praesertim quia, ut aît Sanctus Ambrosius in Luc. XVI , neque omnis sancta paupertas aut divitiœ criminos», sed ut luxuria infamat divitias, ita paupertatem commendat sanctitas.^^
TeJietTe. Tekéia signifie proprement finir, mettre à fin (de rikoç); de là achever, accomplir, et ici observer complètement; ce qui n'est qu'une nuance métaphorique de l'idée d'accomplir, n signifie aussi dans le N. T. payer (les impôts, Hatt. XVII, 24 ; Rom. XUI, 6).
Baaikiyiôv. On peut s'étonner que tant d'Itt. distingués n'aient pas saisi le sens tout simple et si beau que Jaques parait évidemment donner à ce mot, celui de loi importante, universelle et sacrée. HiGHAEUS voit dans cette loi royale une loi prescrite même aux rois. Calvin dit: „Regia lex, meo judicio, didtur ut via re-* gia, plana sdlicet, recta et œquabilis; qu» sine diverticulis vel ambagibus tacite opponitur.'^ Bèze de même. Le Peschito, suivi par de nombreux Itt., traduit loi royale par loi de Dieu, envisagé comme le plus grand des rois. Ghotids: „lex Christi, qui rex noster'' etc. L'épithète royale semble bien plutôt indiquer id la
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majesté, l'autorité, rimpoitance de la loi, par une métaphore tirée de la majesté, de l'autorité, de l'importance relatives des actes, des édits et des lois qui remontent au monarque lui-même. Nôfxoç fiaailixôç est pour St. Jaques la grande loi qui domine et résume toutes les autres. C'est exactement la pensée de J. C, quand (Matt. XXII, 38. 39) il appelle le commandement de l'amour de Dieu f^eyàXrj xai Ttqckri èvroXrj, et celui de l'amour du prochain comme soi-même , ôevréça . . . bfioLa cevzjj, Philon a employé le mot fiaaiÀiycog dans le même sens, quand il a dit (Quod omnis probus liber, p. 888): fiaaiXixcireQOv àdhv aQerrjç; il n'y a rien de plus royal que la vertu, c'est-à-dire de plus important. Il faut comparer avec ce précepte Rom. XIII, 8 — 10 et Gai. V, 14, qui expriment sous une forme un peu différente exactement la même vérité.
Karà rijv yQaqyqv. Le précepte d'aimer son prochain comme soi-même avait été donné par Moïse (Lévit. XIX', 18), avant de l'être par J. C, et Jaques qui écrit à des Judaîsans le leur fait remarquer; yQaq)rj en effet ne peut indiquer ici que TA. T., et n'a jamais d'autre sens dans le N. T.
Toutefois entre le précepte de Moïse et celui de J. C. la différence est grande. Moïse ne recommandait l'amour du prochain qu'entre les Juifs ; car dans le passage du Lévitique zov TtXrialov OH (vers, des LXX) ,est déterminé par le parallèle toïq vloïç tS Xa5 aa, J. C. au contraire étend ce précepte à tous les hommes, et l'appuie sur cette règle pratique: „Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux.^^ (Matt. VII, 12 ; Luc YI, 31). Au reste l'apôtre sentait bien cette différence; et, quand il donne au commandement l'épithète de royal, il est clair qu'il parle comme disciple de J. C, et non comme interprète de Moïse. Dans Moïse, en effet, ce commandement restreint, secondaire et comme perdu dans la foule des préceptes rituels, ne pouvait absolument pas être ainsi désigné. J. C. seul lui a donné son véritable sens, son importance fondamentale, et son autorité universelle.
l^yamjaetg. Ici, comme dans nos langues modernes, le futur remplace l'impératif.
Kalêg 7touttB\ même expression que plus loin, v. 19. Cela équivaut à €v fcga^eta, Act XY, 29.
72 ÉPITRB DE ST. JAQUBS CHAP. II, T. 10. il.
9. IlQoafOTtolriTCTeïte, an. Xey. (yoyes ▼. i); en opposition à vofiov Tekeïte, comme constituant une infraction à la loi royale.
Id^ai^lav iifya^eoS'e; en opposition à xaXaiç Ttoêélfe* Comparez Matt. Vn, 23: èifya^ea&ai àvoiAlav.
^keyxofiBvor^ développement et preuve de àfAaqTUxv l^à- ^eaS-e: étant condamnés comme transgresseurs ; proprement étant convaincus, étant démontrés transgresseurs.
f . 15. f. 10. 11. L'ACCEPTION DE PERSONNES EST CONDAMNÉE
b) par rautorité uniTerselle de la loi de Dieu.
10. '^Ogiç yàç olov %oy vofiov ri]^aeiy mcdoBi âè èr érlj yéyore Twyxiûy evoxoç. 11. *0 yàç ehuor* yyMri fioix^^Tls/^ «îi^« *«^' jyMri ^orsvajig/^ El âè à fwixBvaeiÇj (povBvaeiç âè, ysyoraç naçafiAxrig yojiw.
10. Car, si quelqu^un observe toute la loi, mais cependant pèche contre un commandement particulier, il devient coupable de la violation de touê. 11. En effet, celui qui a dit : „Tu ne commettras point adultère,^^ a dit aussi: „Tu ne tueras point/^ Que si fu évites de commettre .adultère, mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la loi.
Dans ce paragraphe et dans le suivant l'écrivain généralise sa pensée, s'élève plus haut que le tort spécial de l'acception de personnes, et remonte à l'idée fondamentale de toute cette division de l'épltre, celle de la pratique opposée à la croyance.
10. La liaison de ce paragraphe avec ce qui a précédé est aisée à saisir. L'apôtre répond à l'objection sousentendue de ceux qui regardent l'acception de personnes comme un petit péché, en leur disant que la moindre désobéissance consentie par la volonté constitue l'état de péché, éloigne l'homme de Dieu, et en fait un transgresseur de la loi. Par conséquent c'est là l'effet de l'acception de personnes.
"Ogvg yàç etc. Cette maxime se retrouve dans plusieurs écrits des Rabbins; il est donc probable qu'elle avait cours par-
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mi les Judalsants. auxquels Fépttre s'adressait. Une faut pas perdre cela de yue dans le développement de ce verset.
"OXov Tov vôfiov. Dans le langage ordinaire des Juifs et dans les sentences rabbiniques auxquelles notre verset fait allusion, ces mots indiquaient Tensemble de l'A. T. et de ses prescriptions. Mais on ne .peut guère douter que Jaques n'y joignit ici dans son esprit la loi chrétienne, quoiqu'au v. 11 il ne prenne des exemples que dans le Décalogue. Quoique judaîsant, écrivant à des judalsants, et n'envisageant, à ce qu'il semble, le Christianisme que comme un développement et un complément du Judaïsme, Jaques n'en était pas moins le disciple intelligent, pieux et inspiré de J. C, tout imprégné de son esprit, comme l'épltre entière le prouve. Ceci même le prouve avec évidence. Voyez ce qui a été dit au v. 8.
T^QijaBi . . . Ttralôtt, 11 y a qoelqoes variantes peu importantes sur ces denx mots. Qaelqoes instruments alexandrins entr'aatres, mais sans antorité suffisante, lisent rtiçi^ai^, nraifsn, variante née probablement de la similitude de prononciation.
Tri^au. TriQéia répond à l'hébreu *W^^ ou ■lâSj, et a signifié d'abord observer, de là garder, puis enfin conserver. Observer dans le sens de fixer ses regards, et métaphoriquement ses idées sur un objet, sur une règle ou sur un modèle pour s'y conformer exactement. C'est le sens qu'a id TrjçTjaei.
Ilralaei. ILcalio signifie tomber et plus spécialement heurter contre une pierre qui cause votre chute; de là métaphoriquement heurter contre un commandement de la loi, qui devient ainsi l'occasion d'un péché, le violer, et d'une manière plus générale pécher. Comparez plus bas III, 2.
jEy évl. Le substantif manque, et l'ellipse, quoique peu obscure, a été rempKe de manières assez diverses. .
ScHULTHESs a vouIu Suppléer àv&çœTtipy hypothèse bizarre, contredite par le contexte, et qui n'a pas trouvé faveur. On s'est assez généralement accordé à reconnaître que l'idée sousentendue est celle de commandement, et qu'il faut traduire comme s'il y avait €v ivl vôfiîp, ou plutôt en prenant ivl comme un neutre équivalent à fiiq rûv èvroXûv. Jusqu'ici tout est facile. Hais, eflûrayés de la sévérité dogmatique et de l'injustice apparente de l'enseignement, un grand nombre de pères et d'anciens l\U (Augustin,
74 ÉPITBE DE ST. MQUES CHAP. II, 10. 11.
OEGUMÉmus, Thbophtlacte, Gassiodorb, Bédà etc.) se sont figurés qu'il s'agissait ici d'un certain commandement principal, de la loi royale de l'amour du prochain; interprétation décidément contredite par le V. 11, qui commente celui-ci, et contraint à le prendre dans le sens universel d'un commandement quelconque.
Nous donnerons un peu plus loin l'exposition de la doctrine et de la pensée de l'apôtre, teUe que nous la comprenons.
IlavTœv; également au neutre, par opposition à évl, et avec le sens de Ttàvrwv ivToXdv.
*!Evoxog; équivalent de èvexofievog, de héxofÀai^ je suis lié, tenu, serré ; evoxoç, garrotté, embarrassé, et de là, métaphoriquement, exposé (i, responsable devant, ordinairement avec le datif de la chose : Matt. V , 22 : ïvoxoç t^ ycçlaet^ . . . rt^ uvveÔQlqf. De là *€voxoç a souvent signifié, conmie ici, reus, portant la responsabilité, la coulpe 4'un certain crime, avec le génitif de la personne insultée, du commandement violé, de la chose profanée. Ainsi 1 Cor. XI, 27 : ïvoxog t5 aœficcrog ta hvqIq.
Quant à la thèse étabUe par l'apôtre dans ce verset, nous voudrions Texposer sans l'exagérer ni la restreindre. Pour cela rappelons-nous d'abord le caractère prononcé habituel au style de notre apôtre; puis les paroles de J. C. (Matt. V, 19), tout à fait analogues à celles de Jaques, et qui paraissent devoir également être expUquées en tenant compte des formes sentencieuses et saillantes du langage de notre Seigneur; enfin rappelons-nous encore les apophthegmes rabbiniques auxquels l'écrivain sacré fait allusion. Tout cela nous fera clairement comprendre qu'il faut rechercher le fond de la pensée de l'apôtre et l'esprit de son assertion, bien plus qu'il ne convient d'en presser la lettre.
Cette pensée doit être cherchée dans le v. 11, qui la commente; mais il faut en outre tenir compte de la tendance habituelle à notre écrivain, et du caractère de profondeur philosophique et d'analyse psychologique qui le distingue.
Nous arriverons ainsi à considérer l'enseignement du v. 10 comme la conséquence et le résumé de deux idées qui sont le complément Tune de l'autre; la 1ère plus objective et philosophique, la 2de plus pratique et subjectire.
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La 1ère est celle du y. 11. J'en emprunte le déyeloppement à Kern.
„La loi morale étant réyélée à Thomme comme volonté de Dieu, son intégrité, ou, ce qui revient au même, son unité tire sa sanction de l'unité du législateur, d'où découle l'obligation absolue et universelle de l'obéissance, fondée sur la sainteté absolue et universelle de la volonté divine."
La 2de est à la fois donnée par le contexte et par la tendance habituelle de l'enseignement de l'apôtre.
L'obéissance universelle que Dieu demande, et la désobéissance partielle que Jaques condamne si sévèrement, ne sont pas tant l'obéissance et la désobéissance matérielles dont l'homme même le mieux disposé n'est pas toujours le maître, que l'obéissance et la désobéissance de la volonté, laquelle doit toujours être en harmonie avec la volonté divine. C'est là ce que demande et ce qu'enseigne St. Jaques; c'est ce qui résulte de tout son enseignement, de la nature du péché {7tQoaœ7toXrjipla)y à l'occasion duquel cet enseignement général est donné, de l'objection sousentendue à laquelle l'écrivain sacré répond dans ce paragraphe, et de la mention qu'il fait au v. 12 de la loi de liberté.
St. Basile a ^onné le premier une autre explication de la thèse de Ja(j[ues, explication belle et chrétienne, mais qui ne peut être adoptée. Il dit que le violateur d'un seul commandement est coupable comme s'il les avait tous violés, parce que ev tfj èlXelipet. Tcal t5 fiiTcgS ro Ttav xvvâvvevev. Un petit péché, une infraction minutieuse faite à la fidélité affaiblit l'âme, accoutume au mal et conduit à de grandes fautes. Cette idée, assez pratique et profonde pour qu'on pût l'attribuer à nôtre apôtre, n'est pourtant pas celle qu'il énonce ici, puisqu'elle n'est pas celle que le v. 11 développe et appuie.
11. Ce verset, qui ne présente aucune difficulté, est déjà expliqué par ce qui précède: „Le même législateur, dit Jaques, a donné tous les commandements; tu dois donc également obéir à tous. L'infraction volontaire et réfléchie d'un seul montre que tu n'es pas soumis au maitre, et que tu es prêt à enfreindre les autres dans l'occasion." Jaques rend ce raisonnement plus saillant
76 ÉPITRE DE ST. JAQUES GEàP. II, ▼• 12. 13.
en l'appliquant aux commandements du Décalogue, et en y dioisissant ceux qui ont plus spécialement trait à l'amour des hommes.