‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 58 sur 100 · I. V. 20—24. Exemple d'Abraham · texte numérisé non relu

I. V. 20—24. Exemple d'Abraham

Du V. 20 au 22 l'apôtre conserve la seconde personne du singulier; au v. 23 il est contraint par l'idée d'interrompre cette forme, et au v. 24 il ne la reprend point, et recourt à la seconde personne du pluriel. Gebser a cru en conséquence que, v. 20 — 23, nous avions toujours la suite de l'objection annoncée v. 18

90 ÉPITRE DE ST. JAQUES CHAP. Il, V. 20^25.

par alX hgeï tiç, et qu'au y. 24 seulement Tapôtre reprenait la parole en son propre nom. Cela me semble peu probable, car le T. 24 est un élément nécessaire du raisonnement qui précède, et ne peut guère se placer dans une bouche différente. Je croirais plutôt que Jaques continue assez naturellement la forme commencée, comme s'adressant toujours à la même personne, mais en oubliant, pour ainsi dire, qu'il a fait parler un tiers. Puis, cette forme étant rompue au t. 23, il Tabandonne et reprend tout aussi naturellement au v. 24 la seconde personne du pluriel , beaucoup plus convenable pour la conclusion.

20. QéXeiç âè yvcivai; foime pleine de vivacité. Elle éveille Fattention, et promet un argument évident et nouveau. C'est dans un but et pour un effet analogues, que Paul emploie les formes: rvù}Ql^Ofi€v de vfiïv (2 Cor. VIII, 1), è ^élofiev de vfiaç àyvoeïv, etc.

Kevk. Ce mot peut se traduire ici de diverses manières. Les Itt. le rendent le plus souvent par vide de foi, rebelle, incrédule. J*aime mieux lui donner la signification de vide de sens, léger, irréfléchi; cela se lie mieux avec la forme d'introduction: „Eh bien! veux-tu savoir . . . .'S qui suppose des adversaires entachés d'ignorance et de stupidité.

21. ^A^qaàiJL. L'exemple d'Abraham était ici tout à fait à propos. C'était une argumentation forte et heureuse, que celle qui appuyait la nécessité des œuvres pour la foi sur l'exemple d*Âbraham, père et modèle des Chrétiens Judaîsants, type de la foi parfaite, honoré à ce titre de l'approbation et des récompenses divines, et surnommé par ce motif Père des croyants (Rom. IV, 11). La vie du patriarche et les leçons qui pouvaient s'en déduire figuraient souvent dans la théologie juive, et se rencontrent aussi dans le N. T. (Jean VIII, 39; Rom. IV, 1 et passira; Gai. III, 6 et passim; Héb. XI, 17 — 19). On ne peut donc conclure avec certitude de cet appel à l'exemple d'Abraham, que Jaques ait eu l'intention de faire une allusion polémique aux enseignements de Paul, et on pourrait l'envisager simplement comme un emploi naturel et très-heureux d'un lieu commun de la théologie juive. Toutefois nous reviendrons sur cette question au v. 26.

-Hfiûiv, (le père) de nous, Juifs et Judaisans,

ABRAHAM ET RAHAR. 91

Ovx etc.; négation interrogative , équivalant à une forte affirmation.

jB§ ÏQyœv èôi7ialù}&r]. Nous renvoyons au v. 23 les explications à donner sur la justification d*Âbrahani. Quant à la doctrine de Jaques sur la justification des fidèles, on la verra ressortir de tous les détails de cette subdivision, et elle sera plus spécialement comparée à celle de Paul, v. 26.

'EâixalcodT]. Voyez ci-dessus I, 20. JvKatSa&ai signifie être agréable à Dieu, parce qu'on est juste devant lui, ou parce qu'on est rétabli dans les privilèges de la justice. Dieu veut le bien moral et approuve ceux qui le pratiquent. Son approbation est en raison nécessaire du perfectionnement moral de ceux qu'il approuve. 11 approuve ceux qui sont ôUaioij ou qui, par leur repentir, leur docilité, leur renoncement et leur amour, en un mot par leur foi, ont une communion de volonté avec lui assez réelle, pour être susceptibles de recevoir son approbation. Ainsi l'homme peut être justifié par une foi assez vivante pour produire les œuvres, ou par des œuvres provenant d'une intention assez pure, pour prouver que la foi, c'est-à-dire l'amour, vit dans le cœur. Telle parait être ici la pensée de St. Jaques. Voyez au v. 22.

l^vevéyxaç, ayant offert, après avoir offert, IdvatpéQeiv, porter en haut, est synonime de 7tQoaq)équv ; expression très-usitée en parlant des sacrifices. Le raisonnement de Jaques est clair. Grotius : „Ouod si Abrahami fides illa adeo praedicata Gen. XV, 6 profuit quidem, sed non sola, quid est cur alii de sua fide non opérante plus promittere sibi debeant? Abraham, si fidem ad favorem Del conciliandum ac retinendum sibi credidisset sufficere, abstinuisset opère tam luctuoso, de quo jam loquitur hic scriptor.*^

22. Ceci ne doit pas être traduit dans un sens interrogatif ; car, dit Knapp, „quietus hic ac remissus sermo ei magis couve* nit, cui propositum est edocerequid ex ante dictis efficiatur; omninoque ad unum orationis ambitum pertinent quse v. 22 et 23 continentur.^'

Ce verset renferme, en deux thèses successives relatives à Abraham, la véritable doctrine de Jaques sur la justification, doc* trine très-daire, aussi digne de notre attention comme "philosophique et raisonnable, que comme évangélique et inspirée. On peut

l'envisager comme édairdssant, coordonnant et complétant soit l'en* seignement de Paul à ce sujet, soit celui de Jaques lui-même au verset précédent, trop bref et trop incisif pour suffire à l'exacte appréciation du dogme.

SwrjQysi. 2vvsQyeïv rive, contribuer à quelque résultat par un moyen quelconque; avvBQyéiyy travailler avec, aider.

SvvrJQyei roïç egyoïç. L'apôtre représente ici la foi, non comme remplacée par les œuvres, mais comme se réunissant aux œuvres pour opérer la justification de l'homme, ce qui modifie la thèse en apparence si absolue du v. 21 , et relève le rôle de la foi, que Jaques était bien loin de vouloir annuller. Il ne dit nulle part que la foi soit inutile ou superflue, mais seulement que, séparée des œuvres, elle est morte, ou en d'autres termes n'existe pas. Ce qui revient à dire (comme il va le faire) que les (Buvres sont nécessaires pour la compléter.

^Teleuod-rj. TeXeiëv, rendre parfait, est synonime de a/rorsXeïv. Voyez I, 15. Voyez aussi 2 Cor. XII, 9, où Tskeiëfiai au passif a le sens de développer, manifester sa puissance, sens qui conviendrait parfaitement ici.

Cette seconde thèse de l'écrivain sacré est le complément de la précédente. La première faisait ou laissait entendre que la foi est nécessaire pour produire les œuvres ; celle-ci affirme qu'il faut les œuvres pour compléter la foi. Ainsi l'apôtre présente sa doctrine avec plus de netteté qu'au v. 21. Cet enseignement, dont la forme est remarquablement précise et mesurée, est pour le fond parfaitement équivalent à l'enseignement métaphorique des v. 20 et 26. Nous retrouverons encore au v. 24 la même doctrine, quoique autrement exprimée.

La formule du v. 21, I? ïçywv diytaiëaô-ac, doit donc évidemment être commentée par le v. 22, et (comme l'observe Kern) elle doit, d'après Jaques lui-même, être modifiée comme suit: dixaiêa&ai è^ ÏQyoïv oîç 17 Ttlgcç avveqyeî, xai è^ wv ^ nlgiç TsXeiSrac.

23. Kal €7tXrjQiid7] 17 yQaqnj 17 Xéyaaa. Cette formule, ainsi que ïva TtXrjQœdi] et quelques autres analogues, est fréquemment employée dans le N. T. pour annoncer des citations de l'Ancien. Voyez en particulier Marc XV, 28 et Jean XIX, 24.

ABBAfiAM ET RAHAB. 93

. n est reconnu que ces formules n'indiquent pas toujours une citation exacte, une prédiction positive, une conséquence réelle du passage cité, mais souvent une simple application de nature à frap* per ou à édiOer. D y a ici quelque chose de semblable, puisque Jaques applique au sacrifice d'Isaac (Gen. XXII) l'éloge donné à Abraham par le texte sacré longtemps auparavant (Gen. XV, 6), à l'occasion de la foi d'Abraham à la promesse divine d'une nombreuse postérité. Sous ce point de vue la citation que Paul fait (Rom. IV, 3t et Gai. III, 6) de ce même passage pour en tirer une conclusion en apparence contraire à celle de Jaques, est beaucoup plus exacte, puisque dans le texte de la Genèse il n'est question que, de foi et non d'œuvres. Mais Jaques généralise cette formule, en l'appliquant à la vie entière d'Abraham, œuvres et foi. Il laisse la lettre et prend l'esprit. C'est comme s'il disait: „Ce que l'Ecriture dit d'Abraham s'applique non seulement à la foi manifestée dans une certaine occasion, mais à la nature même de cette foi vivante, qui se manifesta toujours par des œuvres admirables. Considérez en particulier le'saçrifice d'Isaac, qui eut lieu quelque temps après; il démontre ce qu'était réellement cette foi, et comment les œuvres y étaient intimement unies."

Si donc Paul a mieux suivi la lettre de la citation. Jaques de^ son côté en a parfaitement saisi l'esprit. Aussi Jaques n'est-il ni le seul, ni le premier, qui ait appliqué la déclaration de la Genèse et l'éloge qu'elle donne à la foi d'Abraham, au sacrifice d'Isaac, c'est-à-dire à ce qu'il y a eu de plus saillant dans les œuvres du patriarche. On trouve des allusions à ces deux idées réunies, Sirach. XLIV, 20; 1 Macc. II, 52, et même Héb. XI, 17—19.

Kaï q)lloç -d^eS exAiJ^. Cette phrase commente et éclaircit la précédente. Wikoç â'eS n'exprime pas une idée réellement différente de âlxaioç, comme nous l'avons dit v. 21 ; q>lXoç doit, ce semble, se prendre ici dans le sens objectif ou passif {aimé de Dieu), quoique les passages de l'A. T. où Abraham est ainsi désigné, et auxquels Jaques parait faire allusion , semblent plutôt le prendre dans le sens subjectif ou actif {aimant Dieu). C'est Esaîe XLI, 8: '^srjN arj'jîaisi, et 2 Chron. XX, 27: tfrîîii* ûH'grîN. Les LXX les ont traduits tous deux dans le sens passif.

Du reste Tidée de çlkoç '3'eë n'est nullement exprimée dans

94 éPITRE DE ST. JAQDIS GHAP. II, T. 20^25.

la Genèse, mais elle est implicitement contenue Gen. XXII, 16. Il est évident de plus que cette expression était usitée chez les Juifs. Outre les deux passages qui viennent d*étre indiqués, Philoih lait dire à Dieu en parlant d'Abraham, g>lXoç fis, et même le Coran désigne ainsi Abraham*

24. 'Oq5t€. L'auteur sacré revient à la seconde personne plurielle, et abandonne tout à fait le personnage qu'il apostrophait au V. 20. n déduit ici de l'exemple d'Abraham une conclusion plus générale que celle qui est exprimée v. 22 et 23. Là en effet il ne concluait que relativement à la justiGcation d'Abraham ; ici il fait de cette conclusion spéciale un argument en faveur de sa thèse sur la justiOcation en général.

Toiwv est retranché par les meilleors instraments et par la presque nnanimité des criliqaet.

Le point d'interrogation placé d'ordinaire après fiàvov doit être supprimé, et la phrase prise dans un sens positif, comme le V. 22.

Quoique la formule de la justification l^ egycov semble d'abord bien absolue, le mot fiôvov montre qu'il n'en est pas ainsi, et que Jaques veut seulement qu'on réunisse les œuvres à la foi. De plus cette formule doit évidemment s'interpréter d'après ce qui précède, et, comme le dit Scharling: „Plena sententia haec est: 'Oçare, on «I ïgycov (tïjç Ttlgecoç) ôixaiSrai avd-Qconoç, xal èx «c Ttigeuç (xa^ éavTTjv, x^Q^9 '^^^ eçycov) fiôvov.^^

Page 1