LA FOI MORTE
sumé de la subdivision entière. C'est la thèse de Tapôtre ramenée et formulée après la démonstration.
Cette thèse est exprimée à l'aide d'une comparaison déjà indiquée T. 17. Au premier coup d'œil cette comparaison peut causer quelque surprise. On ne s'attendrait pas à voir la foi comparée au corps visible et matériel , et les œuvres extérieures à l'esprit II est bien probable que l'apôtre Paul s'y fût pris autrement, et qu'il eût comparé la foi à l'âme, et les œuvres an corps. La comparaison de Jaques est cependant en réalité plus naturelle qu'il ne semble d'abord, car pour lui les œuvres ne sont probablement pas seulement les actes matériels, mais surtout le principe de vie, d'amour, 1' iXevô-eçla qui les fait accomplir. Dépouillée, de ce principe, la foi n'est à son tour qu'une forme extérieure tout à fait étrangère à l'activité vivante de l'âme chrétienne.
En terminant cette subdivision, nous devons en déduire la réponse à deux questions qu'elle a soulevées, et que nos remarques ont déjà édaircies:
1) Quelle était la doctrine de Jaques sur la justification, et en quoi différait-elle de celle de Paul?
2) Jaques a-t-il eu l'intention de combattre, soit directement, soit indirectement, la doctrine de Paul, ou peut-être les exagérations de ses disciples?
I. Nous croyons avoir suffisamment montré, spécialement au T. 22, que Jaques voulait chez les disciples et la foi et les œuvres, une foi qui produisit les œuvres, et des œuvres qui fussent le produit de la foi. C'est précisément aussi là ce que voulait Paul ; donc, au point de vue pratique, il n'y a aucune différence entre la doctrine de l'un et celle de l'autre. En ce qui tient à la conduite de la vie, l'un et l'autre auraient probablement donné les mêmes préceptes et les mêmes directions. C'est là l'essentiel.
Mais, au point de vue théologique, c'est-à-dire en ce qui tient aux principes, à leur exposition et à leur enchaînement, il faut reconnaître franchement qu'il n'en est pas complètement de même.
La diversité d'enseignement des deux apôtres est sans aucundoute plus apparente que réelle. Elle tient en grande partie à ce qu'ils attachaient des sens assez divers aux mots foi, œuvres, et à ce qu'ils combattaient des adversaires différents ; Paul, luttant
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contre des adversaires qui élevaient assez haut les œuvres de la loi pour nier la nécessité de la foi, et Jaques contre des Judalsants qui supposaient que la croyance au monothéisme dispensait d'une conduite conséquente.
Alalgré toutes ces restrictions, cependant, il reste toujours une différence réelle entre la doctrine ou plutôt entre la philosophie dogmatique de Paul et celle de Jaques; une différence au moins de point de vue et de tendance. Pour Texprimer, j'emprunte la formule exacte et précise donnée par Sgharling : „Paul envisageait la foi comme source des bonnes œuvres parce qu'elle justifie l'homme, et Jaques comme justifiant l'homme parce qu'elle est la source des bonnes œuvres/^
II. La solution de cette première question ne suffit pas à résoudre la seconde. C'est dans les détails de renseignement de Jaques, et dans les circonstances où il se trouvait, que la solution doit être cherchée.
Cette seconde question a été vivement débattue entre les critiques , et, à l'heure qu'il est, ils sont encore bien loin d'être d'accord.
Ceux qui ont vu dans ce chapitre une allu&ion polémique à l'enseignement de Paul, se sont principalement appuyés sur l'opposition des deux doctrines, et surtout sur la contradiction saillante des formules employées pour les exprimer; puis sur cette circonstance si frappante, que les deux mêmes exemples, celui d'Abraham et celui de Rahab, sont choisis des deux côtés pour appuyer des thèses contradictoires, au moins dans la forme.
A cela on a bien répondu que les deux doctrines n'étaient pohit réellement opposées ; que l'épitre de Jaques s'adressait à des disdples et à des abus étrangers à l'enseignement de Paul , que l'exemple d'Abraham, étant un lieu commun de la théologie des rabbins, avait pu être employé des deux côtés sans intention polémique; que celui de Rahab n'était pas employé par Paul, puis que le passage dont on argumente se rencontre dans l'épitre aux Hébreux, qui n'est pas de lui. Ces raisons ont toutes une force réelle, cependant elles ne paraissent pas encore suffire pour prouver complètement la négative, en face des faits historiques qui rendent le contraire extrêmement probable. En effet, on ne peut nier d'autre part que dans la première église il n'y eût lutte établie,