I. V. 9 — 10/2. Développement du contraste
Il n'y a pas de lien logique et précis entre ce paragraphe et ce qui Fa précédé, mais, comme c'est l'ordinaire dans St. Jaques, un lien de sentiment.
L'apôtre a déploré avec éloquence et poésie les funestes effets de cette langue, devenue sous sa plume comme l'effrayante idéalisation d'une puissance indomptable et méchante. Le même sentiment le conduit à mettre en saillie un des caractères les plus honteux et l'une des plus tristes œuvres de cette langue funeste. C'est ainsi que dans la section suivante (v. 13 — 18) il reviendra encore aux péchés de la langue, tout en traitant un sujet différent. Les crimes et les malheurs dus à l'abus de la parole, voilà l'idée dont il est maintenant préoccupé. Elle se retrouve dans chaque précepte nouveau, et elle donne à toute cette division une unité, si ce n'est logique, du moins de sentiment ek de tendance.
C'est au point de vue subjectif que l'apôtre juge et développe dans ce morceau le triste contraste des paroles de nature opposée. Tout à l'heure îl s'afQigeait des effets objectifs et pour ainsi dire sociaux de cette langue f4€g^ iS •d-avccrrjçoQa. Maintenant ce n'est plus l'effroi qu'il cherche à exciter, c'est la honte. Ce n'est plus aux spectateurs et aux victimes du mal qu'il s'adresse, mais aux coupables. C'est une réflexion pleine de tristesse sur leur dégradation morale qu'il laisse échapper.
9. On ne trouve en tête de ce v. ni yàç, ni aucune autre particule de liaison. L'auteur nous a accoutumés à ces brusques passages qui n'ôtent rien à la clarté, mais qui ajoutent à la force en trahissant le sentiment.
EvloysiÀev. Allusion aux bénédictions et aux doxologies {evXoylai) par lesquelles commençaient toujours les prières des Juifs, et dont ils accompagnaient même toute mention du nom de Dieu.
HONTEUX USAGE DE tA LANGUE. 117
Sioy, Plasienrs instraments alex. et occ, Lachm. et Tisch. lisent xvçtoy, Noos ne ti-ouvons pas ces témoignages suffisants, et nous nous appuyons en outre sur les critères internes: Bsbu faisant partie de la formule ordinaire, et par cela même probable: Seby xal ncuéqa,
Qsbv xai TVceréQa. Voir I, 27. Formule fréquemment employée. Elle sert ici à faire contraste avec tùç àvd-QWTtsç règ xa^' ofiolcoaiv ^eS, une ligne plus loin.
^£v avT^. Il y a énergie et emphase dans la répétition de ces deux mots.
KaTaçtified-a. KccTaçccofiai , wfiai, répond à l'hébreu *i*iîj, maudire, dira precor. Cette première personne du pluriel est une expression communicative qui fait symétrie à evXoyëfxev,
Kad-^ 6f40l(oaLV. Allusion à Genèse I, 26, et IX, 6. L'homme, même pécheur et dégradé, conserve toujours de sa grandeur première certains traits de l'image de Dieu, qui devraient lui assurer les égards et l'affection des adorateurs du Très-Haut On ne peut le mépriser et l'avilir sans méconnaître la dignité quasi divine qui lui fut conférée, et le Dieu qui voulut lui imprimer sa ressemblance.
Enseignement remarquable! Quelle dignité cette argumentation suppose chez l'homme!
On a recueilli sur qette image divine conférée à l'homme un grand nombre de passages intéressants des écrivains juifs et profanes. Nous n'y insisterons pas; mais nous croyons devoir transcrire un précepte rabbinique, qui reproduit (d'une manière, il est vrai, beaucoup moins saillante) le raisonnement de St. Jaques (Bereschith-Babba 24): „Hœc summa magna in lege est: Ne dicas, postquàm contemnor, contemnatur etiam sodus meus, postquam ego vituperor, vituperetur etiam proximus meus. Dixit R. Tanchuma: Si autem ita fueris, scito, quem contemnas, eum nimirum, de quo scriptum est: ad similitudinem Dei fecit eum.'^
10 (1ère moitié du verset). Résumé bref et saillant du contraste; par cela même fort argument à l'appui du précepte du V. 1. Pour sentir la force de ce raisonnement et la vérité de ces traits, il n'est pas besoin de recourir à l'hypothèse exposée et réfutée v. 1, et de supposer qu'il est ici question des docteurs de l'Eglise {ÔLÔàaKaXoi) appelés par leurs fonctions à louer Dieu, mais les faisant servir à anathématiser les hommes.
U. V. 10/2—12* Condamnation du contraste signalé.