T. 14-16. FAUSSE SAGESSE CONDAMNÉE
14. jEI âè ÇfjXov mxçov kx^ts xal èçi&eiay èv rfj xaçâi(jc vfimv, firi xaraxavxàaâs xal tpevâealf^e xaxà rrjg àXrjS^siag. 15. Ovx et^iv avrrj fi aocpia arœd-ev xareç- XOfMsvTi, àXX èmyaiOQj tpvxixfj, âai/wviaiârjg. 16. ^"Oti» yàç ^fiXog xal èçid-eia, ixéi àxaxaçaaia xal nàv (pav- Xoy nçàyfia.
14. Que si votre coeur renferme un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez point et ne faussez point ainsi la vérité. 15. Cette sagesse n^est point celle qui vient d^en haut ; mais elle est terrestre, animale, dia-bolique; 16. car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, là se trouvent pareillement des désordres et toutes sortes factions indignes.
Voici maintenant les caractères de cette fausse sagesse que la douceur n'accompagne point. Le y. 14 l'accuse et la condamne. A l'appui de cette condamnation, le v. 15 ré?èle sa nature, et le T. 16 expose ses œuvres.
14. ZrjXog a un sens bien plus étendu que le français zèle. 11 indique en général une ardeur passionnée pour ou contre des principes, des entrepris£S ou des personnes. 11 [se prend souvent en mauvaise part, et en particulier il est assez habituellement employé pour exprimer la jalousie, l'envie et la haine. Ici il est déterminé par TtixQog, et en conséquence il répond nécessairement à l'idée d'une irritation oi^eiUeuse et jalouse, sous couleur de religion.
'Eçld-eia, esprit de dispute, animus rixarum amans. Ce mot
FAUSSB SAGESSE. 125
est joint comme ici à ÇÇAoç, pris en mauvaise part, 2 Cor. XII, 20, et Gai. V, 20. Oecuménius : igid-sta dé içiv ercltpoyoç q)t'' Xovetycla; à quoi Théophylacte ajoute xoraAaA/a avv xaKoXoyl<f, deux substantifs tout à fait en rapport avec la disposition que combat St. Jaques.
^v T^ xaç^/çf vfiâiv doit se rattacher à ÇijXov autant qu'à €Qld'€iav, le premier étant encore plus intérieur. Le cœur est la source des actions, et nous pouvons remarquer à chaque ligne de cette épître comment St. Jaques y place toujours le siège de la vertu, le foyer de la piété, et les racines du péché. Il ne dit pas: „Si vous persécutez les autres, et si vous excitez des disputes;'^ mais: „si vous avez dans le cœur les passions qui produisent ces actes."
Mrj, Quelques interprètes prennent ceci pour une négation interrogative. Schott: „Nonne perperam gloriando et mentiendo veritati adversamini ?" Mais cela n'est pas nécessaire, et le sens d'une négation impérative va encore mieux.
KarccKewxcia^e, Voyez plus haut II, 13.
KarcM. xal rpevdead-e^ endiadin. Le premier verbe doit être rendu par un gérondif: „Ne vous rendez point coupables de mensonge, en vous glorifiant d'être ao(poï xaî êTtigi^fioveç, tandis que vous n'avez pas droit à ce titre." On pourrait aussi renverser l'endiadin, en faisant xpsvâea&e synonime de ipevâôfisvoi: „Ne vous glorifiez point à l'aide de mensonges contre la vérité." L'apôtre reprocherait ainsi aux coupables d'inventer des mensonges pour se relever eux-mêmes et dénigrer leurs frères. Mais le premier sens semble plus naturel. L'apôtre s'occupe ici de l'orgueil religieux et non pas du mensonge.
Weideod-B xarà tîjç alrjâ-elag. La construction de la phrase n'est pas parfaitement claire. Faut-il rattacher xcerà t, al, à xa- TaKavxSa-^e comme à ifjevâsaâ-ef Non, car ces deux verbes ne sont point symétriques par le sens. De plus ce serait prêter à l'écrivain une pensée bien moins naturelle, et pour le fonds et pour la forme, que dans les autres hypothèses.
La version de Lausanne 1839 a traduit: „Ne bravez pas la véritéy et ne mentez pas contre elle." C'est là une élégante et ingénieuse paraphrase; mais elle semble inconciliable avec le contexte.
L'apôtre, en réprimandant ses lecteurs, leur parte comme à des hommes orgueilleux qui abusaient de la parole par présomption, jalousie et vanité; non comme à des impies effrontés, se glorifiant de leur révolte. D'ailleurs cette interprétation parait supposer que akri&ela désigne ici la vérité révélée, la loi divine, ce qui semble fort douteux.
Quelques Itt. ont, il est vrai, paraphrasé ce mot, par la loi de Dieu. Schn.: „Contra veritatem christianam quam profitemini, contra fidem qu« talia interdicit." Mais c*est détourner tout à fait le sens naturel de xpeédea-d-e. Schn. au reste ne tarde pas à revenir au sens véritable: „Nisi forte praestet xcnrà xrig àXri&dag simpliciter pro expositione th tpevâeadixi uberiore sumi, sicut Isocrati dicitur tpevâea&ai rijç àhf]^elag.^^
15. Voici maintenant la fausse sagesse dévoilée, et sa valeur réelle mise à nu.
Ovx îgiv, Schn.: „Gravitatis causa incipit versum negatio.'^
AvTTj ; celle-là, cette mauvaise sagesse qui aime les disputes.
2oq>la avayd-ev nuxreQXOfÂérq. Voilà la sagesse chrétienne, teUe que l'entend St. Jaques , celle qui seule donne le droit d'instruire les autres. Elle se manifeste avant tout par la bienveillance et la douceur. Cette sagesse-là vient d'en haut L'apôtre l'a dit déjà I, 11 et suivants.
Que la vraie sagesse soit un don de Dieu, c'est ce qu'annonçaient de nombreux passages de l'A. T., ce que les sages païens ont reconnu, ce que les écrivains ellénistes ont souvent professé. Nous citerons un des passages remarquables de Philon sur cette matière (De nom. mut. 1085): ^Oiçàviov aoçiav avœd'ev Int" 7téfÀ7t€c Totç ïfiêQOv àçevfjç èxàaaiç yjvxccïç o q>QOVTJae(og ev^rjvlav %x(av.^*
KaTBQXOi^évrj. Comment cette sagesse descend-elle d'en haut sur les hommes? Probablement les sages de l'antiquité païenne n'avaient aucune réponse précise à faire à cette question; ils se bornaient à supposer vaguement une espèce d'inspiration qu'ils ne pouvaient définir. Mais la foi nous fait connaître trois voies diverses par lesquelles Dieu se communique aux hommes qu'il aime : la Révélation, la Providence et l'onction intérieure. St. Jaques ne parait pas avoir ici en vue la première de ces trois sources, puis-