‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 86 sur 100 · III. V. 17. Conclusion · texte numérisé non relu

III. V. 17. Conclusion

On ne voit pas au premier coup d'œil le lien de cette sentence avec ce qui précède. La particule èv prouve cependant que ce lien existe, et que l'apôtre s'adresse toujours aux mêmes hommes. Ces hommes sont plus coupables encore à ses yeux, parce qu'ils ont la connaissance du mal qu'ils font; ou peut-être parce qu'ils s'estiment des juges compétens et infaillibles de la vertu et du péché.

U est aisé de reconnaître là l'empressement orgueilleux des Judéo-Chrétiens à enseigner et condamner autrui , en se donnant eux-mêmes pour des Chrétiens plus éclairés que les autres, et d'un ordre supérieur. Comparez III, 1 et passim.

EiôoTi etc. Maxime très-probablement proverbiale.

Ovv ne se rattache pas aux .mots entre lesquels il est placé, mais à la fin du verset {àfiaçTla ccvri^ àgiv), où se trouve l'idée essentielle, que l'apôtre a hâte de faire pressentir.

^^/Àoçrlà, non seulement le péché au sens subjectif, mais surtout le réat et la responsabilité objective.

L'idée dominante de ce paragraphe est celle de toute l'épître: l'importance de la vertu pratique et d'une conduite fidèle, l'insuffisance de la foi et de la vertu bornées à la théorie.

En terminant cette section, on doit remarquer combien elle aide à caractériser ces Judéo-Chrétiens auxquels s'adressait St. Jaques. Elle nous les montre comme des hommes accoutumés au commerce et aux voyages, spéculateurs avides et Chrétiens orgueilleux, disposés à la vanterie présomptueuse, et ayant des prétentions au savoir religieux. Le chapitre III et quelques versets du premier nous les montraient déjà comme animés d'un esprit de condamnation, dépoiwus de douceur et de charité, et voulant enseigner et censurer, plutôt que se corriger et s'instruire.

Ce sont bien là les mêmes hommes que nous retrouvons dans les Actes et les Epitres, toujours endins à entraver l'œuvre de St. Paul, non seulement à Jérusalem, mais encore à Antioche, en Galatie et ailleurs ; courant dans ce but la mer et la terre, condamnant la prédication de la foi, et tentant d'y substituer celle d'un orgueilleux Christianisme légal. Chose étrangel c'est au nom de St. Jaques (Gai. 11, 12) qu'ils osent faire cette guerre orgueilleuse aux enseignements de Paul, et se livrer à toute l'amertume de la sagesse terrestre, animale et diabolique, condamnée par notre apôtre ! prétention mensongère, contre laquelle heureusement son épître proteste comme sa vie.

SECTIOIIY. CHAP. y, v. 1-6. APPLIMTIOI A U CUPIDITÉ DES HiUraS RICHES.

Cette section nouvelle renferme une sévère leçon adressée sans ménagement, si ce n'est exactement aux mêmes hommes que la précédente, du moins au même vice, quoique revêtu d'une forme nouvelle, et se manifestant dans des circonstances un peu différentes. Elle est pareillement précieuse pour la caractéristique des Judéo-Chrétiens.

Les détails de se morceau et les menaces qu'il renferme ont un caractère à la fois poétique et prophétique, qui fait en quelque sorte pressentir l'approche de la grande catastrophe de la Judée. Il est probable que l'auteur écrivait peu avant la révolution qui amena la ruine de Jérusalem. L'émotion produite par les signes avant-coureurs de cet immense désastre, et l'attente de la parousie du Seigneur se reflètent dans cette portion de son écrit. Cela

n*ôte rien cependant au caractère général et positif de ces sévères enseignements, applicables à tous ceux qui croient à l'action de la Providence et à la rétribution future.

Les couleurs vives et solennelles de tout ce morceau rappellent les prophètes de TA. T. , dans leurs plus énergiques paroles. L'effrayante rigueur du langage de l'apôtre réveille le souvenir de Joël, de Michée et de Jérémie. On retrouve également ici l'emploi du prétérit prophétique substitué au futur, parce qu'aux yeux du prophète l'événement qu'il doit prédire apparaît déjà comme accompli. Au v. 4 Dieu est nommé, comme dans l'A. T., kvqwç

1. '^y« vvv ol TiKàaioiy xXavaaxB oXoXvil,orTeg ènî raiç raXainwçiaiç vfiœv raïg «7if(>/o^€yais:- 2. 'O nXSroç vfxœv aéarjTis, xal rà Ijuaria vfiœr atiTo/Sçœra yeyovev. 3. ^"0 /p^aô^ vfjLwv xal 6 açyvçoç xariœrai, xal 6 log avxwv slg fiaçrv^iov vfiïv egaij xal (payerai làg ad(fxag vfiwv œg nvç' è&rflav{)iaaTB èv saxciraig fifiéçaig.

1. A vous maintenant qui êtes riches ï Pleurez et hurlez y à cause des misères qui vont fondre sur vous. 2. Vos trésors sont tombés en pourriture, et vos vêtements précieux sont devenus la pâture des vers. 3. Votre or et votre argent se sont rouilles , et cette rouille sera un témoignage contre vous; elle rongera vos chairs comme le feu. Vous avez employé les derniers temps à amasser des trésors!

l.^'Aye vvv\ même forme que IV, 13. Cela nous indique évidemment un morceau symétrique et un reproche analogue fait aux mêmes hommes, ou à des hommes d'une catégorie voisine. La formule du v. 13 s'adressait aux Xéyovreg ... et celle ci aux itXéatoi, Les uns et les auti*es étaient des hommes avides et

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passionnés pour les biens de la terre. Les premiers mettaient de Torgueil, à ce qu'il semble, à diercher la fortune ; les seconds sont représentés comme en jouissant sans humanité. Les premiers étaient plutôt des commerçants, et les seconds des propriétaires. Toutefois il ne faut pas oublier que ces détails, empruntés au négoce et à l'agriculture, sont des images individuelles, des traits saillants, destinés à mieux caractériser les personnages, et à faire ressortir la leçon générale adressée à tous ceux qui s'attachent aux richesses.

nXéaioi semble désigner ici plus spécialement les riches propriétaires. Les propriétés agricoles étaient avant le développement moderne du crédit, du commerce et de l'hidustrie, le signe le plus apparent de la richesse, celui qui excitait le plus l'attention, le désir et l'envie.

Les riches auxquels l'apôtre adresse ses censures sont des membres de l'Ëglise. (Gomp. nos remarques sur I, 10 ; n, 2 et 6). Gela résulte nécessairement du contexte, et de la symétrie entre cette section et la précédente, décidément écrite pour des clu*étiens. Gonmient d'ailleurs St. Jaques se fût-il adressé à des hommes qui n'auraient pas dû lire son épître? Sans doute il est pénible d'avoir à constater que l'église de Jérusalem et celles qui s'y rattachaient renfermaient, aussi bien que celle de Gorinthe, des riches trop attachés à leur argent et des Ghrétiens peu dignes de ce nom ; mais il n'y a malheureusement rien là d'invraisemblable.

KXavaare. Nous avons déjà fait observer que l'aor. impératif indique une chose qui va certainement et immédiatement arriver. Gela est encore plus marqué dans le style prophétique.

^Ololv^ovTcç'j verbe onomatopée, qui rappelle l'hébreu b'^Vsi* Suidas: ^çrjvsïv.

KX, oloXv^ovreg. Gette réunion de deux verbes synonimes donne à l'expression un caractère d'énergie, analogue à celui qui résulte en hébreu de la réunion du verbe fini à l'infinitif absolu (Genèse II, 17: n:ittn ni»). Comparez plus bas v. 17: TtQoasvxfj TiQoarjv^aTO.

^Tteçxo^évaiç, qui doivent prochainement arriver; allusion à l'attente de la parousie de Christ. Voyez plus bas v. 7 — 9.

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