‹ Étude et commentaire sur l'Épitre de St. JaquesChapitre 90 sur 100 · Kai vfieïç, vous aussi, comme le laboureur · texte numérisé non relu

Kai vfieïç, vous aussi, comme le laboureur

Kaçâlaç. Voyez t. 5. Le cœur se prend là eu mauyaîse part, comme siège des passions; ii n'en est pas de même ici, où il désigne plutôt le principe du sentiment et de la pensée, l'homme moral doué de volonté et de sensibilité.

*fcr Ttaçaola . . . ijyyiKe. Voilà peut-être le passage le plus positif du N. T. sur la proximité de la Ttaçoala. Cette erreur fut générale dans la première Eglise, et mérite que nous nous y arrêtions quelques instants.

Elle ne reposait sur aucun enseignement direct de la révélation. En eCTet J. C. avaif^ déclaré que le Fils lui-même ne connaissait pas ce moment solennel, et par conséquent il n'avait rien enseigné de précis sur ce point; il en est de même de ses disciples. Voyez Matt. XXIV, 36. 42; Marc XIII, 32; Act. I, 7, et 1 Thess. V, 1-3.

Cependant Tespérance erronée d'une Ttaçsala prochaine fut partagée par les apôtres même, qui en reconnaissaient l'incertitude et se déclaraient ignorants de l'époque. Elle fut acceptée par St. Paul, par St. Jaques et par tous.

Cela résulte clairement et de notre épitre, et de la 1ère épître aux Thessaloniciens , et de bien d'autres endroits du N. T.

On ne s'étonnera pas de l'universalité de cette erreur, si l'on fait les réflexions suivantes:

1) L'attente d'ime parousie prochaine était la satisfaction trèsnatcvelle d'un profond besoin de la foi; celui de voir se réaliser prompiement d'une manière extérieure, visible, frappante, le triomphe du Royaume de Dieu sur le Judaïsme et le Paganisme, et la délivrance de l'Eglise persécutée.

2) Quoique le N. T. n'enseignât directement nulle part l'imminence de la Parousie, quoique J. C. et les apôtres eussent déclaré très-positivement ne rien révéler à ce sujet, cette attente n'était pas sans trouver dans les discours du Maître des points d'appui réels. Il était facile et naturel d'interpréter dans ce sens

l'espérance chrétienne. 175

en particulier les paroles relatives à la prochaine destruction de Jérusalem. Gomp. Matt. XXIY, 34; Marc XIU, 30; Jean XVI, 16 (fiiTiQOv) etc.

3) J. C. avait, si ce n'est nourri cette espérance, du moins ordonné et excité le sentiment qui la faisait naître, quand il recommandait de veiller pour n'être pas surpris, de s'attendre au jugement solennel, et de placer au Ciel son cœur et son trésor. Voyez Matt. XXIV; Luc XU, 34— fin.

4) L'erreur où tomba l'Eglise était une exagération de l'homme, mais la tendance qu'on exagérait, l'attente confuse et constante entrait dans les vues de Dieu, ainsi que le .prouve ce que nous venons de dire des enseignements de J. C. Dieu voulait que la Révélation restât vague en tout ce qui tenait aux formes et aux époques de la téléologie, choses d^ailieurs essentiellement obscures et même impossibles à exprimer en langue humaine. Le voile d'obscurité jeté sur les dates, les temps et les scènes du monde à venir est même un des contrastes qui font ressortir la divinité de TEvangile, comparé aux fausses révélations. Mais Dieu voulait en même temps que chaque Chrétien, laissé dans l'incertitude sur l'époque du retour de Christ, fût constamment excité, stimulé, tenu en haleine par la perspective soit de l'avéqement du Seigneur, soit de sa propre mort. Les raisons données plus haut expliquent suffisamment comment la vigilance pleine d'inquiétude et d'espoir des premiers Chrétiens se porta de préférence sur la naçaala.

§. 37. V. 9. EXHORTATION SPÉCIALE A LA PATIENCE ENVERS LE PROCHAIN, FONDÉE SUR L'ATTENTE DU JUGEMENT.

9. Mrj geya^ers xax àllriXœv, àôeltpoï/iva firix^i- SijTS' îâè; o xçirrig nço tœy ô-vQœr êgrjxsr.

9. Ne gémissez point, en vous plaignant les uns des autres y mes frères, de peur que vous ne soyez jugés. Voici! Le juge est à la porte.

L'écrivain sacré s'écarte un instant de son sujet, et s'arrête à une application pratique, évidemment motivée par le caractère

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spécial des Jadéo-Cbi*étiens. Cette espèce de digression rappelle les leçons de douceur, de charité, d*indulgence que Tapètre s'est cru déjà plus d'une fois obligé de donner à ses lecteurs. Il n'y est pas tant conduit, ce semble, par le rapport qui existe entre la patience chrétienne dans l'infortune et le support du prochain, que par l'identité du motif qui doit porter à l'un et à l'autre. L'attente du jugement dernier et de la Ttaçnala, douce et consolante pour le Chrétien souffrant, effrayante pour Thomme sans indulgence, mais salutaire à l'âme de tous deux, est le remède dont ils ont pareillement besoin et que l'apôtre leur présente.

9. 2reva^€T€. 2T€vaÇù), gémir, se plaindre fortement, est pourtant plus faible que x^àÇw.

Mrj geva^ere xar akkr^Xcov : „ne vous laissez point aller à des plaintes amères contre les autres.*' L'ensemble du verset nous montre ce précepte, adressé aux opprimés plutôt qu'aux oppresseurs, comme un touchant complément des sévères leçons contenues V. 1—6. L'apôtre n'a pas de passion contre les riches. S'il leur a fait entendre de rigoureuses vérités, il sait bien que leurs torts n'excusent pas ceux des pauvres, et il veut avant tout que ceux-ci soient parfaitement chrétiens. C'est à eux qu'il vient de dire f.iceKQadvfÀT^(TaTe . . . grjQl^aTs, car ce sont eux qui étaient tentés de se plaindre de leurs oppresseurs avec une coupable amertume. Jaques leur déclare qu'ils doivent attendre patiemment le juge divin dont l'arrivée est prochaine; que s'impatienter du délai par soif de vengeance et par colère, serait indigne de Chrétiens qui ont foi dans l'immortalité, et que ce serait s'attirer à leur tour un jugement plus sévère.

KqiS-^t€. Tous les bons instruments anciens ont cette leçon, aa lien de xa- Tttxçid-^re du texte reçu. Les copistes apparemment, ne comprenant pas toute Ténergie do cetie expression: de peur que vous ne soyez /uy^;^ Tout remplacée par xaTaxQid-^T€: que vous ne soyez condamnés, qui leur paraissait plus logique et plus fort.

II fiiut également rétablir devaut XQirijç Tarlicle o, effacé à tort dans le texte ordinaire.

"Iva fit] xQidijre. Cette menace a quelque chose de plus effrayant encore que xatoKçixHJTe, car elle suppose que le coupable est perdu sans ressource, s'il comparaît une fois devant son

l'attente du jugement. 177

juge, et qu'il n'a point de miséricorde à espérer, si lui-même a été sans indulgence pour ses frères.

'O xçiTTjç; le xvçlog du v. 8 dans sa glorieuse Ttaçaala.

IIqo Tùiv SvQciv, devant la porte, c'est-à-dire prêt à entrer ; image pleine de vie, qui se retrouve Matt. XXIY, 33, et Apoc. III, 20, pour exprimer la même idée, ou une idée analogue.

§.38. v.lO. 11. EXHORTATION A LA PATIENCE, FONDÉE SUR L'EXEMPLE DES SAINTS HOMMES.

10. ""Ynoâsiyfia kd/isrs, àdeXq)oL fis, rrjg xaxona- &dag xal rrjg fiaxço&vfiiag, règ nçotprfcagy. qt iXdXrjaar T(p oro/Ltari xvçis. 11. YJ« fiaxaQilQofiev règ vno/uévovxag' rriv vno/uorrjr '/cw/3 rjxàoate, xal to rékog xvçis €Ïâ€T€j on TioXvanlayx^^S i^tv b xvçiog xal oïxxiçfiœv.

10. Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience, les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur, 11. Voici, nous déclarons heureux ceux qui souffrent patiemment. Vous avez ouï parler de la pa~ tience de Job, et voits connaissez la fin que le Seigneur a donnée à ses souffrances; car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion.

L'auteur revient au sujet des v. 7 et 8, et il fonde la patience sur un motif nouveau, l'exemple des prophètes et des saints hommes de TA. T.

10. ^YTtôdetyfxay exemple à suivre, modèle. Les anciens Grecs auraient dit TtaQaâeiyiAa, 1 Pier. II, 21 on trouve avec le même sens v7toyQaf,if46g, mot également étranger au grec classique.

ldâ£Xq)oi f48 doit être la ici avant r^^ xccxonad^eiaç, malgré le texte reçn. Mh parait devoir être conservé, malgré le témoignage contraire de plasieurs

anciens instruments.

Kccxonad-iiaç. Une malbenrcuse faale d'impression de Griesbach (Halle 1806)

a fait supposer ici Pexisteoce et Tinserlion dans le texte reçu de la va-

riante xaxoniid-iiaç, qnt n'a jamais existé. Quelques critiques on ItL ont sans examen transporté cette prétendue ?arianto dans lenr appareil.

KccKOTtaô'elaç, uTt. icy., souffrance. Les LXX 8*en servent pour rendre SiKbn, fatigue et ananété.

'YTtôâeiyfÂa . . . rîjç xccxOTt. xal zrfi ficniçod-. Le sens de cette phrase ne doit pas se réduire, comme le voudrait Schn., à celle-ci : rîjç ev xaxoTtad'elif ficncgo^filaç, car ce n'est pas seulement la patience des prophètes que Fapôtre veut rappeler aux Chrétiens souffrants, mais aussi leurs souffrances, afin qu'ils ne s'attendent pas à un meilleur sort. Comparez Matt. XXIII, 34, et Héhr. XI, 35—38.

Œ ikakrjaav t<jî ovôficcri; idée de quelque importance dans les vues de l'apôtre, et raisonnement a fortiori. Ces prophètes, chargés d'une mission divine , ont été appelés à souffrir (xox.), et ont souffert patiemment (fuccxç,). Les Chrétiens qui n'ont pas reçu les mêmes privilèges ne doivent donc pas s'étonner de n'être pas mieux traités. En outre ils sont, en leur quahté de Chrétiens, tenus de souffrir comme eux courageusement pour la foi.

""OvoixaTC, En parlant de Dieu, cette expression signifie: avec une autorité communiquée de Dieu (rtjîT^ ûÇs)* Dans la formule du baptême seulement le sens est un peu plus étendu. Mais, quand c'est de J. C. qu'il est question, les emplois de cette expression sont beaucoup plus spéciaux et amènent des sens différents. Yoy. plus bas au v. 14.

11. MaytaçlÇoiÀSv , ôiç Xey., ici et Luc I, 48. Il répond à l'hébreu ^'Uïïfijt, déclarer heureux. Comp. Matt. V, 2 et suiv.

„Nous déclarons heureux ceux qui souffrent avec patience pour la volonté de Dieu! Nous nous inclinons avec admiration et respect au souvenir de Job, de Jérémie, d'Amos, et de tous ces hommes dignes de mémoire par leurs souffrances, grands et consacrés par leur soumission! et cependant, chose étrange! nous nous refusons à les imiter! Appelés à souffrir bien moins qu'eux, et en outre bien plus dignes de châtiment, au lieu d'aspirer à leur patience et à leur foi, nous nous révoltons contre les dispensations divines.** Tel est implicitement le beau, raisonnement de l'apôtre ; raisonnement bien digne d'être annoncé par cet lâts, qui, sous la

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