DÉVELOPPEMENT
Voyez-vous ce temple rustique, bâti sur le sommet d'u&e coUine , et entouré de vieux ormes, qui semblent ses contemporains? La flèche gothique s'élève au-dessus des arbres , et se détache dans un ciel pur , avec les grolles et les corneilles qui voltigent autour d'elle. Approchons : d^à nous somnies dans l'enoeinte funèbre qui enviroonie l'église ; aucun monument ne frappe nos regards ; l'herbe a recouvert d'elle-même la tombe du laboureur qui ne fait plus la moisson , et quelques croix de bois , qui ne résisteront pas au premier orage, atiefttent seules tes pertes les plus récentes du hameau.
La porte de l'église est ouverte , mais personne dans le temple : ce
' Nouvel/es narrations françaises, par M. A. Filon. A Paris, chez L. Haehette.
Des narrations
n'est point Theure de la prière , et tous les villageois se livrent à leurs travaux accoutumés. Cependant une femme prosternée ^e seule, écrites, derrière un pilier. Vieille et pauvre, elle a droit au respect comme à la pitié : dans la plus humble condition , sous le costume le plus grossier , la vieillesse imprime au front de l'homme un caractère sacré. Que demande cette femme avec tant de ferveur ? Est-ce le salut d'un mari mort jadis à Tannée , ou la vie d'un fils malade dans une chaumière voisine ? Dieu le sait ; mais, quel' que soit le motif de sa prière, la présence de cette pauvre femme semble ajouter quelque chose à la sainteté du lieu ; et ces murs noircis, que ne décore aucim chef-d'œuvre des arts, cette image de la Vierge grossièrement taillée, ces autels de bois , qui n'ont d'autre ornement qu'une croix entourée des fleurs de la saison, tous ces objets enfin , dans leur naïve simplicité, inspirent une émotion plus religieuse, un recueillement plus profond , que les temples lés plus ornés et les plus majestueuses basiliques
Nous arrivons au troisième et dernier genre de narrations écrites. Maintenant que nos élèves, soigneusement exercés, sont quelque peu brisés sur la facture de la phrase française, nous pouvons, sans trop d'inconvénient, leur laisser plus de liberté dans leurs compositions. A cet effet, renonçant aux notes et aux arguments, nous nous contenterons de leur lire les narrations qu'ils seront appelés à reproduire par écrit. N'oubliant point cependant que nous avons affaire à des Étrangers , pour qui maintes choses , familières à l'élève français, apparaissent comme des révélations et des découvertes, nous agirons avec sagesse si nous leur signalons, soit une expression que nous désirons voir figurer dans leur ouvrage, soit une pensée ou un tour de phrase empreints de sentiment, de délicatesse,