CHAPITRE SEPTIÈME
d originalité. Nous n'entrerons pas dans plus de détails j^ à ce sufet ; nous en avons assez dit pour ks maîtres ««"^«on» capables, et c'est à ceux-là seuls que nous nous adressons.
Il y a de malheureux élèves pour qui la nature est une si cruelle marâtre, qu'ils ne sont pas même capables de rédiger ces petites narrations ; lectures et notes ny font rien. Et cependant nous pouvons d'autant moins les abandonner à leur triste sort, qu'on voit tous les jours des jeunes gens, dont on commençait à désespérer, se développer comme par enchantement , et récompenser enfin la constance de leurs maîtres. Voici la manière dont nous procédons avec ces êtres dignes de tout notre intérêt. Nous leur lisons trois ou quatre phrases, quelquefois moins, jamais plus; celles-ci, par exemple, qui sont tirées du Premier soir de la Pluralité des mondes : •
« Nous allâmes donc un soir apfès souper nous promener dans le « parc. Il faisait un frais délicieux, qui nous récompensait d'une « journée fort chaude que nous avions essuyée. La lune était levée il « y avait peut-être une heure , et ses rayons , qui ne venaient à nous « qu'entre les branches des arbres , faisaient un agréable mélange « d'un blanc fort vif avec tout ce vert qui paraissait noir. »
Nous leur lisons donc ces phrases, jusqu'à satiété, s'il le faut. Ensuite nous leur dictons les mots suivants :
Mler^ soir, souper ^ promener y parc.
Faire frais délicieux ^ récompenser ^ journée chaude ^ essuyer. Lune levée j heure^ rayons y venir entre^ branches, arbres, faire agréable mélange^ blanc fort vif^ vert, paraître noir.
rentes.
~^ Bien que ces signes isolés ne soient unis entre eux
iiarratioiis par aucuo Hon pereeptible, il y a ensemble entre toutes ces idées, et il ne faut qu'on léger travail pour reconstruire les phrases d'où ces mots sont tirés.
Quand nos pauvres d'esprit seront assez forts pour qu'on cesse de les mener ainsi par la main, on peut faire un pas de plus, et rendre progressivement leur tache plus difficile. On ne leur donnera plus alors, sur les phrases de Fontenelle citées tout à l'heure, que les notes que voici :
Souper j promenade, parc. Fratekéur^ agréable compensation. Clair de lune^ vive blancheur j arbres^ vert noir.
Dans ces notes, toute pensée, quelque minime qu'elle soit, se trouve représentée par le mot générateur lui-même, et l'élève, avec un tantinet de sagacité, parviendra à rétablir un texte, et à lui donner avec le texte original , sinon une ressemblance frappante , du moins un air de parenté assez proche. Assortissant les mots ci-dessus, il dira peut-être :
Après le souper, on fait avec plaisir une promenade dans un parc. La fraîcheur de Tair à ce moment est une agréable compensation des chaleurs de la journée. Le clair de lune répand une vive blancheur sur la terre, et forme un doux contraste avec le yert noir du feuillage des arbres.
et il n'aura pas mal employé les éléments de composition qui lui ont été confiés.
^La recommandation que nous avons faite pour tous