CHAPITRE HUITIÈME
Du styl«
tagnes les chemins sont des précipices; nos chevaux marchaient avec beaucoup de peine; mon camarade allait devant; un sentier qui lui épistoiaire. parut plus praticable et plus court nous égara. C'était ma faute; devais-je me fier à une tête de vingt ans? Nous cherchâmes tant qu*il fit jour notre chemin à travers ces bois; mais plus nous cherchions, plus nous nous perdions, et il était nuit obscure quand nous arrivâmes dans une maison fort noire ; nous y entrâmes, non sans soupçon; mais comment faire? Là nous trouvons toute une famille de charbonniers a table, où du premier mot ou nous invita ; mon jeune homme ne se fit pas prier : nous voilà mangeant et buvant, lui du moins, car pourmoi j'exami^is le lieu et la mine~^denos hôtes. Nos hôtes avaient bien la mine de charbonniers^ mais la maison, vous l'eussiez prise pour un arsenal ; ce n'étaient que fusils, pistolets, sabres, couteaux, coutelas.' Tout me déplut, et je vis bien que je déplaisais ;ftussi; mon camarade au contraire, il était de la famille, il riait, il causait avec eux ; et, par unç imprudence que j'aurais dû prévoir (mais quoi, il est écrit...), il dit d'abord d'où nous venions, où nous allions, que nous étions Français; imaginez un peu, chez nos phis mortels ennemis, seuls, égarés, si loin de tout secours humain ! Et puis, pour ne rien omettre de ce qui pouvait nous perdre, il fit le riche, promit à ces gens pour la dépense, et pour nos guides le laidemain, tout ce qu'ils voulurent. Enfin il parla de sa valise, priant fort qu'on en eût grand soin, qu'on la mît au chevet de son lit ; il ne voulait point, disait-il^ d'autre traversin. Ah! jeunesse 1 jeunesse ! que votre âge est à plaindre! Cousnie, on crut que nous portions les diamants de la couronne... Le souper fini, on nous laisse; nos hôtes couchaient en bas, nous dans la chambre haute où nous avions mangéf. Une soupente élevée de sept à huit pieds, où l'on montait par une é($hc!lle; &étAiX le coucher qui nous attendait, espèce de nid dans lequel on s'introduisait en rampant sous des solives chargées de provisions pour toute l'année. Mon camarade y grimpa seul et se coucha tout endormi, la tête sur la précieuse valise ; moi, déterminé à veiller, je fis bon feu et m'assis auprès. La nuit s'était déjà passée presque entière assez tranquillement, et je commençais à me rassurer quand sur rheore où il me semblait que le jour ne devait pas être loin, j'entends au-dessous de moi notre hôte et sa femme parler et se disputer; et prêtant l'oreille par la cheminée qui communiquait avec celle d'en bas, je distinguai ces propres mots du mari : Eh bien !
enfin^ voyons, faut-il les tuer Ums deux f A quoi la femme réé^^ioUh^ pondit oui; et je u'enteudis plus rien.
Que vous dirai^je ? Je restai respirant à peine, tout mon eorps froid comme un marbre ; à me voir vous n'eussiez su si j'étais mort ou vivant. Dieu! quand j*y pense encore!..» Nous deux presque sans armes, contre eux douze ou quinze qui en avaient tant! et mou camarade mort de sommei! et de fatigue ! L'appeler, foire dn bnût, je n*osais; m'échapper tout seul, je ne pouvais; la fenêtre n'était guère haute, mais en bas deux gros dogues hurlant comme des loups. En quelle peine je me trouvais! Imaginez4e si vous pouvez. Au bout d'un grand quart d'heure, qui fut long» j'entendis sur l'escalier quelqu'un, et par la fente de la porte je vis le père, sa lampe dans une main, dans Tautre un de ses grands couteaux. Il montait, sa femme après lui, moi derrière la porte; il ouvrit, mais avant d'entrer il posa sa lampe, que sa femme vint prendre, puis il entre pieds nus, et elle dehors lui disait à voix basse, masquant avec ses doigts le trop de lumière de la lampe, doucement^ va doucement. Quand il fut à l'échelle, il monte, son couteau dans les dents, et venu à la hauteur du lit, ce pauvre jeune Jiomme étendu, offrant sa gor^e découverte, d'une main il prend son couteau, et de l'autrç... Ah ! cousine !... il saisit un jambon qui pendait au plancher, en coupe une tranche et se retire comme il était venu. La porte se referme, la lampe s'oi va, et je reste seul à mes réflexions.
Dès que le jour parut, toute la famille à grand brait vint nous éveil* 1er, comme nous l'avions recommandé. On apporte à manger, on sert un déjeuner fort propre, fort bon, je vous assure. Peux cbapODs en faisaient partie, dont il fallait^ dit notro hôtesse, emporter l'un et manger l'autre. En les voyant, je compris enfin U sens de ces ter* ribles mots : Faut-il les tuer tous deuic f Et je vous crois, cousine, assez de pénétration pour deviner à présent ce que cela signifiait.
Cousine, obligez-moi; ne contes point cette histwe. D'abord, comme vous voyez, je n'y joue pas un beau rôle, et puis vous me la gâteriez. Tenez, je ne vous flatte point : c'est votre figure qui nuirait à l'effet de ce récit. Moi, sans me vanter, j'ai la mine qu'il faut pour les contes à faire peur. Mais vous, voulez-vous conter? prenez des sujets qui aillent à votre air. Psyché, par exemple.
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