CHAPITRE PREMIER
Les règles et préceptes contenus dans la Grammaire ~ sont la théorie de la langue; les exercices de lexico* grammaire. graphie et de syntaxe en sont la pratique.
Ici se présentent au choix des maîtres plusieurs moyens, qui mènent au même but, mais qui isont loin d*ètre paiement recommandables.
Nous rejetons tout à fait , comme souverainement nuisibles, les exercices connus sous le nom de çacographie ou cacologie. Mettons-nous, 8*il vous plaît, à la place de Télève. Nous voulons lui enseigner lo/thogtriphe : c'est une preuve qu'il ne la connaît pas. Gomment peut*il seulement nous venir à la pensée de mettre sous ses yeux des mots mal orthographies? Nous voulons lui enseigner à former sa phrase, en observant les règles de concordance^ de dépencluncr et de construction^ qui montrent l'emploi et Tarrangement des signes dont on se sert dans notre langue. Comment pouvoijs-nous alors avoir la malencontreuse idée de lui laisser même entrevoir des phrases où un adjectif masculin est accolé à un substantif féminin, où un verbe est au singulier avec un sujet pluriel , où un régime indirect est à la place d'un complément direct , où enfin la place respective que les mots doi vent occuper dans la proposition est ridiculement intervertie? Est-ce ainpi que Ton procède dans les arts, les sciences, les métiers eux-mêmes? Un peintre, après avoir indiqué les règles de la peinture à son élève, ne s'avisera jamais de lui donner des jours mal pris à corriger, une perspective défectueuse à rétablie selon les règles de l'optique. Un chimiste ne suivra
""■ point des procédés analogues. Un menuisier montrera
gTunmaire. à SOU apprenti des meubles dont toutes les parties sont d'équerre , et se gardera bien de lui en faire voir d'abord d'une construction manquée. Et nous aussi, suivant les règles de la raison et du bon sens le plut vulgaire , nous ne soumettrons à notre élève que des phrased bien orthographiées. Et les moyens ne nous font point défaut pour parvenir au but que nous avons en vue. Us sont de deux sortes, pour l'enseignement du français aux Étrangers. Voulons-nous, par exem* pie, exercer notre élève sur la formation du pluriel dans les substantifs, au lieu de lui donner à corriger des phrases comme celles-ci , qui sont le comble de l'horreur :
Les oiseavs soDt les habitant de l'air.
Il est plus facile à rhomme d'influer sur la nature
des animais que sur celle des végétais.
Ces enfant se livrent avec joie à leurs jeu^y
nous leur donnons les mêmes phrases, mais présen* tées ainsi : *
Les (oiseau) sont les (habitant) de Pair.
Il est plus facile à l'homme d'influer sur la nature des (animal) que sur celle des (végétal).
Ces (enfant) se livrent avec joie à leurs (jeu) .
En isolant, au moyen de la parenthèse, les mots à orthographier en conséquence des règles posées, dans la grammaire, nous évitons ce qu'offrent de hideux et de nuisible les cacographies ; du reste, les maîtres un
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peu eiqpérûneiités les ont, depuis longtemps déjà, re- ~ léguées au nombre des moyens qui détournent du but, grammaire. au lieu d'y conduire.
Le second moyen qui se présente au maître enseignant à rÉtranger, et que nous regardons comme infiniment supérieur atout autre, c'est de donner à Télé ve, dans sa langue maternelle, des exercices à traduire en français. Ces exercices ne seront pas une vaine com-» binaison de mots vides de sens , de phrases insigni-!> fiantes et plates , prises au hasard , dans le seul but d'amener la reconnaissance et l'application d'un pré* cepte. Extraits de bons auteurs, d'une compréhension facile, ils renfermeront toujours une pensée profitable. Une maxime de morale , un fait historique , une date célèbre, un proverbe, un bon mot ingénieux , en feront ordinairement la matière.
Les exercices, une fois corrigés, dohent ^tre mk au net dans un cahier spécial.
Une matière à d'amples observations, mais que nous ne pouvons presque qu'indiquer ici, c'est la ponctuation. Dans plusieurs langues , elle est plus mécanique que raisonnée ; toutes les phrases se ponctuent d'après un unique et même système. En français , elle doit avant tout être logique. « Les principes de cet ce art, dit Beauzée, sont nécessairement liés à une mé- « taphysique très-subtile que tout le monde n'est pas « en état de saisir et de bien expliquer. » L'importance d'une simple virgule est telle, que son absence ou son emploi opère un changement de sens souvent très-considérable. Si je dis:
Delà 'grammaire.
Les Allemands qui sont braves, honnéteSy c<mrayeux ,
OU bien :
Les Allemands, qui sont braves^ fionnétes^ Courageux,
ai--je émis une idée absolument identique ? Non , su-* rement. Les trois adjectifs ^/*^re^ ^ honnies y coûta-geux y ne qualifient^ en premier lieu, que quelques individus de la nation allemande; c'est comme s'il y avait : Ceux des Allemands qui sont ^ etc. En second lieu, au contraire, Tusage de la virgule fait rapporter à tout le peuple allemand les qualifications de ma phrase incidente. « Il y aurait, dit l'Encyclopédie, au- « tant d'inconvénient à supprimer ou à mal placer « dans l'écriture les signes de la ponctuation , qu'à « supprimer ou à mal placer dans la parole les repos « de la voix. Les uns, comme les autres, servent à dé- « terminer le sens ; et il y a telle suite de mots qui « n'aurait, sans le secours des pauses ou des ca- « ractères qui les indiquent, qu'une signification incer^ i< taine et équivoque, et qui pourrait même présenter if des sens contradictoires, selon la manière dont on y « grouperait les mots.
« On rapporte que le général Fairfax, au lieu de « signer simplement la sentence de mort du roi d'An- « gleterre Charles !•% songea à se ménager un moyen « pour se disculper, dans le besoin, de ce qu'il y avait « d odieux dans cette démarche, et qu'il prit un détour « qui, bien apprécié, n'était qu'un crime de plus. Il ce écrivit sans ponctuation j au bas de la sentence : Sr