‹ Étude et enseignement de la langue française à l'étrangerChapitre 59 sur 147 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

conversation 9 conviennent mieux aux études de mé-

1 W^ r > « f 1 n • Exercices

moire des Etrangers, h Athaue de Hacme est, sans demémoire contredit, un chef-d'œuvre du premier ordre ; mais nous sommes intimement convaincu , pour en avoir fait Texpérience, qu'un élève qui a appris et récité aveo toute la pompe qu'ils comportent ces beaux, ces magnifiques vers :

Oui, je viens dans son temple adorer l'Etemel. Je viens, selon Tusage antique et solennel , etc. etc.

en tire moins de profit que de ceux-ci, dont le mérite est des plus modestes :

On peut bien quelquefois se flatter dans la ue ! J'ai , par exemple , hier mis à la loterie , Et mou billet enfin pourrait bien être bon.

Je conviens que cela n'est pas certain : oh ! non^ Mais la chose est possible, et cela doit suffire. Puis, en me la donnant, on s'est mis à sourire, Et l'on m'a dit: a Prenez, car c'est là le meilleur. » etc. etc.

Ce n'est pas que nous conseillions de se borner, dans le choix des morceaux à apprendre par cœur, à ceux qui se rapprochent de la langue parlée. Notre opinion à cet égard est que l'on doit y mettre de la gradation et de la mesure : préférer, au début des études, les extraits les plus simples, et réserver ceux de haute littérature pour l'enseignement supérieur.

L'usage de bien des maîtres est de ne faire apprendre que des vers à leurs élèves ; ils n'ont pas l'air de se

Î2Q PEUXIEME PARTIE.

"" ; douter qu'un peu de bonae prose né serait aucunement

Exercices i r r

demémoire, à dédaigner. Nous osons ne point être de cet avis. Nos

et dictées. ^ ^

élèves doivent un jour, comme le bon M. Jourdain, s'exprimer en prose et non en vers. Notre habitude est d'adopter en cette circonstance comme en mainte autre ua moyea terme, dont nous nous trouvons bien : nous faisons alterner les morceaux de vers et de prose. Les maîtres de langue française ont, du reste, souvent l'occasion de remarquer que les Étrangers ne goûtent pas si fort notre poésie : ils la trouvent un peu trop collet monté.

Les librairies sont encombrées de Choix de poésies ^ de Chrestorrunhies ^ d! Ornements de la mémoire^ etc., dont les auteurs, se reproduisant les uns les autres, semblent s'être donné la parole de ne fournir d'extraits que de nos chefs-d'œuvre, en prose et en vers. Cette tendance uniforme n'a point, en France , l'inconvénient qu'elle offre à l'Étranger. Nous en avons déjà donné la raison. Les maîtres de langues doivent, malgré cela, posséder ce qu'il y a de mieux en fait de compilations de ce genre; mais ils ne doivent pas s'y borner. Il faut utiliser dans le même but nos lectures courantes. Nous nous sommes souvent félicité d'avoir fait apprendre des passages tirés des feuilles périodiques ou quotidiennes. Les feuilletons.de Jules Janin, par exemple, dans le Journal des Débats^ le plus littéraire des journaux de l'Europe, contiennent souvent, malgré les oh ! et les ah ! dont ils sont émaillés, des endroits délicieux, éminemment français, et d'un style des plus pratiques. Nous nous souvenons d'y

Page 1