‹ Étude et enseignement de la langue française à l'étrangerChapitre 8 sur 147 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les instituteurs qui s'occupent de l'enseignement des langues étrangères, s'accordent assez généralement à reconnaître que les familles où ces langues sont pratiquées fournissent à leurs classes plus de mauvais élèves que de bons. Lancés au milieu de condisciples dont le plus grand nombre ne connaissent pas les éléments de la langue qu'ils étudient, ces petits jeunes gens .qui gazouillent quelque peu cette langue se croient presque tous des esprits supérieurs. Témoins dédaigneux des pénibles efforts de leurs camarades pour articuler des mots qu'eux-mêmes ils prononcent, pour ainsi dire, en se jouant, ils se laissent gagner par une funeste présomption. Ils se prélassent sur le piédestal où leur vanité les a hissés, n'écoutent que pour la forme les instructions des maîtres, et ne suivent point les progrès de l'enseignement. Aussi qu'arrive-t-il immanquablement? Ce qui advint au lièi^re luttant de vitesse avec la tortue. Ils finissent par se voir dépassés, et même par oublier ce qu'ils ont pu apprendre dans la maison paternelle. La jeunesse apprend très-vite les langues; mais, quand la pratique lui fait défaut, elle les oublie avec la même rapidité; elle oublie jusqu'à l'idiome maternel. Un vieux général. Finnois de naissance, nous racontait un jour que , placé dans une institution militaire à Saint-Pétersbourg, il reçut, après deux ans d'absence, la visite de sa mère, qui fondit en larmes en entendant son fils répondre en russe, langue qy'elle ne comprenait aucunement, aux questions qu'elle lui adressait dans leur langue commune, l'allemand. Cet exemple, auquel on pourrait en ajou-

Praniers exercices.

; — ter bien d'autres, nous prouve quel soin il faut appor-

exercices. ter, daus la jeunesse, à l'étude de toute langue, si Ton veut qu'elle soit pour nous, dans l'âge mûr, un instrument d'une utilité réelle.

moyen attrayant poule enaclgnei* aum pctita enfants le français,, on toute antre langue.

Dans le chapitre précédent, nous avons indiqué un exercice dont les mères et les institutrices peuvent tirer un grand profit pour Tenfance. Mais, en soi, cet exercice n'a rien d'attrayant, et il faut le pratiquer avec sobriété, sans toutefois le négliger. Il a le précieux avantage de faire penser, dans la mesure de leurs facultés naissantes , ces petites têtes d'élèves à peine échappés au maillot, et, à ce titre, il réclame toute notre attention. En voici un autre qui, de prime abord, conquerra le suffrage des mamans et de leurs enfants.

C'est chose connue que l'enfance n'accorde guère d'attention qu'à ce qui frappe ses yeux. Le moyen en question repose sur ce principe. On prend une de ces gravures coloriées qui se fabriquent exprès pour le jeune âge. On écrit au-dessous un petit dialogue ou une petite narration bien simple, qui se rapporte à la scène représentée, et on les lit à l'enfant fragment par fragment, en y joignant la traduction, et surtout, ce qui est une tâche facile, en attirant son attention sur l'image. Nous choisissons, par exemple, une scène champêtre représentant une maison villageoise , en-

Moyen attrayant

pour

enseigner

le français

aux petits

enfants.

tourée d'arbres dont le pied baigne dans un limpide et frais ruisseau. Le toit est rouge, et les contrevents sont peints en vert. Sur le seuil de la porte, la fermière jette à ses poules du grain, qu'elle prend dans son tablier. Une petite fille, assise auprès d'un tas de sable, en remplit un petit vase, dont elle répand le contenu de l'autre côté d'elle. Son frère, plus âgé qu'elle de quelques années, fouette une toupie. Des oiseaux, aux vives couleurs, gazouillent sur les branches des arbres les plus rapprochés, tandis qu'un gros chat, couché au soleil sur le rebord extérieur d'une fenêtre, jouit de l'existence à sa manière. Plus loin, une grosse Margot, aux bras rouges , trait une vache, qui, de son regard impassible, la regarde faire. En voilà plus qu'il n'en faut pour intéresser un petit auditoire. Voici une partie des petits entretiens que nous écririons au bas d'une pareille gravure ;

Cette paysanne s'appelle N. -^ C'est elle qui nous apporte chaque semaine du lait et des œufs. — Elle a une robe gros bleu. — Son bonnet blanc est bien propre. — Comme elle sourit en donnant à manger à ses poules. — J'aimerais à être à sa place. — Les poules sont bien gentilles, mais le coq me ferait un peu peur. •— Sa crête est si rouge, et il bat si fort des ailes.

Voilà un petit garçon bien heureux. — Il fouette sa toupie. — Il a de beaux cheveux bouclés. — Sa blouse est verte, et sa ceinture est noire. — Il sort de l'école, et a bien appris sa leçon. —Quand un enfant est sage, il a plus de plaisir à jouer. — Le petit garçon tient dans sa main une belle pomme rouge. — Sa maman la lui a donnée pour sa bonne conduite.

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